Contre-Regards

par Michel SANTO

Penser le tourisme autrement, en Narbonnaise (notamment !)

     

Je lis « ici ou là » des bilans et des prévisions sur l’évolution du tourisme, dans l’Aude et la Narbonnaise, qui ne laissent pas de me surprendre. Dès le mois de septembre, par exemple, je vois des élus se précipiter dans les médias pour y commenter favorablement des chiffres : augmentation du « nombre de nuitées », etc. – auxquels les lecteurs ne comprennent en général rien – , et souvent présentés, évidemment, comme la réussite de leur politique d’animation et l’excellence des services offerts par les professionnels du secteur – j’exagère à peine… Bref ! un constat statistique et politique très éloigné de celui résultant de ma seule perception « sensible », pour le dire vite. Que pendant la première semaine du mois de juillet, les rues de Gruissan village, pour ne prendre qu’un exemple, aient été quasi désertes – bars fermés à 19 heures et restaurants rideaux baissés : n’est ce pas Denis ? – ne serait donc que le produit d’un malencontreux hasard, comme l’appréciation d’un ami loueur de chalet – le sien – sur sa difficulté à trouver des clients pour des périodes d’une ou deux semaines complètes, serait celle d’un mauvais coucheur de « gaulois ». Non ! n’étant pas le seul à faire ce genre d’observations, je dois dire ici la satisfaction éprouvée ce matin à la lecture de cette phrase du jeune président de l’Agence Départemental du Tourisme, Sébastien Pla : « le département ne peut plus miser sur le traditionnel séjour estival de trois semaines. C’est fini ! On peut faire une croix dessus… ». La confirmation d’un « ressenti » largement partagé, pour une fois clairement énoncé. Alors que dire de plus, sinon que le « touriste » est désormais de plus en plus nomade : outre qu’il « commerce » désormais en ligne, à la moindre contrariété, ou désir de changement, il saute d’une destination à une autre en tapant sur son clavier de smarphone… C’est donc à un bouleversement de l’offre, en qualité et réactivité, qu’il convient de s’attaquer. Et ce tout en prenant enfin conscience du fait que « les ailes de la saison » (les mois hors juillet et août), ne sont plus des « ailes » (un bonus en quelque sorte !). Elles s’étalent en réalité sur toute l’année, ou presque, et doivent donc être plutôt perçues comme le « corps » de toute politique touristique (Les ailes couvrent entièrement le corps, pour faire image.) Ainsi, de saisonnière, si je puis, dire, cette activité touristique doit être considérée par les acteurs publics, aux premiers rangs desquels les communes et agglos, comme un des aspects, permanent, de leur politique générale. Autrement dit, le « souci touristique » devrait être intégré dans l’exercice quotidien de chacune de leurs compétences : urbanisme, culture, patrimoine, environnement etc. Un changement de point de vue, de perspective, qui me semble nécessaire à toute réflexion préalable sur les moyens…

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Commentaires (7)

  • S.A.

    |

    Bonjour,
    D’habitude, je suis en désaccord avec vos articles mais pour le coup, vous soulevez ici un lièvre.
    Ayant travaillé dans le tourisme ces derniers étés, je peux assurer que la saison 2018 a été catastrophique ! Fréquentation de juillet quasi nulle et août n’a pas réussi à payer les pots cassés… les « professionnels » ont sorti l’excuse de la coupe du monde de foot. Il en est tout autre malheureusement… les petits villages ou villes des Corbières sont délaissés par la promotion au profit des stations balneaires qui ne séduisent guère les touristes. En bref, l’été 2019 aura besoin d’une serieuse promotion pour balayer l’image de l’été déroulé.
    Cordialement.

    Reply

    • Michel Santo

      Michel Santo

      |

      Vraiment ! aucun autre de mes billets ne trouve grâce à vos yeux ? 😇 Merci en tous cas pour votre commentaire de ce jour ; et votre fidélité … Bonne soirée !

      Reply

  • Jean-Pierre VIALLE

    |

    On « vend » les plages, les monuments, les châteaux cathares…mais à qui ? On ratisse large ….les familles, les seniors,…on jette le filet et tout ce qu’on peut attraper est bon à prendre….et s’ils s’échappent rapidement du filet, s’ils le contournent et l’évitent, pourquoi le font-ils ? Quel est le pouvoir d’achat de nos touristes, combien « laissent-ils » par famille ? Qui sont nos concurrents ? Quelles sont nos forces et nos faiblesses par rapport à eux? Autant de questions qui ne me semblent pas posées ou en tout cas qui mériteraient une véritable stratégie commerciale, une étude de nos forces et de nos faiblesses, climatiques, en matière d’équipement, en termes de complémentarités…Combien de questionnaires de « satisfaction »
    de perception de notre territoire, distribuons nous ?
    Il faut sortir de cette approche de « cueillette ». Pas facile!

    Reply

  • Alonso

    |

    Peut être que si les activités et l’entretien de certains sites étaient un peu plus d’actualité les touristes resteraient plus longtemps. Depuis 35 ans, je n’ai jamais vu une station aussi morte. Entre les menhirs et le Grazel, trois ports déserts et des restaurants vides. Toutes les activités sont transférés aux plages des chalets.

    Reply

    • Marius

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      Chalets défigurés de manière anarchique, quais rives droite impraticables tellement encombrés par certains restaurants sans gène, circulation en vélos gênante et très dangereuse car absence de pistes cyclables, comportement de certains restaurateurs inadmissible (voir tripadvisor) … l’image touristique de Gruissan se dégrade !
      Vivement qu’une vraie prise de conscience naisse.

      Reply

  • Gwenaelle

    |

    Que je suis d’accord ! Professionnelle du tourisme dans le département et la région, les chiffres ne sont pas bons … je réfléchis à un virage à 180 degrés afin de répondre au mieux aux attentes des consommateurs et les attirer dans notre beau département .
    Une stratégie marketing doit être mise en place pour dépoussiérer une image de tourisme de masse sur la cote ( vive la mission Racine ;-)) et ne pas laisser penser que l’intérieur du département n’est que culture . Gérer notre département comme une entreprise avec les entreprises.

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