Contre-Regards

par Michel SANTO

Révolution touristique, Cucugnan crée un spot de sieste au pied du château !

     

Je m’oblige à regarder les JT et les publicités qui les suivent pour ne pas me couper définitivement de cet “esprit public” modelé quotidiennement par leurs créateurs. Certains m’en feront évidemment le reproche et me conseilleront d’aller voir un de leurs amis psychothérapeutes pour m’en éloigner le plus vite possible. L’inconvénient, si tant est qu’eux mêmes n’en soient pas les “victimes”, en serait toutefois de ne rien comprendre aux désirs et comportements massivement stéréotypés qui animent notre vie sociale. J’ai particulièrement noté, ces temps derniers, de nombreuses séquences documentaires sur ces “usines” à fabriquer des “corps de rêve” où de jeunes gens et de jeunes vieux dégoulinant de sueur grimacent sur des appareils de musculation aux formes arrondies et des tapis roulant aux carrosseries “design” défilant à des vitesses hallucinantes. Une industrie florissante qui voit naître à sa périphérie des salons de détente aux soins les plus divers, nous dit-on. Massages, bronzage, épilage ; bains, isolement intégral dans des bulles en plastique etc. Certes, l’arrivée des beaux jours et du temps des plaisirs de plage (pas que !) est avancé par leurs usagers, mais à bien observer le profil, réel ou rêvé, de ces “esclaves du beau”, on comprend vite le modèle imposé auquel inconsciemment (ou pas) ils se réfèrent. Le désir d’un Nespresso après l’effort, notamment, comme les supplices qu’ils s’imposent, n’étant en effet que l’imitation de celui de George Cloney, de son corps, de son charme, vantant cette marque de café… La suite, vous la connaissez, comme les réclames qui suivent ces JT : régimes alimentaires, crèmes miracles et gommages anti-cellulite, présentées par des stars du cinéma ou de la télé ; des images, des images qui sculptent nos cerveaux et nos corps : un formatage social  de nos désirs  orientés. Mais bon, je dis là des évidences ; des banalités, si l’on veut, mais dont l’intérêt, par un effet de miroir inattendu et saisissant, est de donner à l’initiative prise par les animateurs de la MJC de Cucugnan dont j’ai pris connaissance ce matin,  une véritable portée  révolutionnaire (n’ayons pas peur des mots). Ces derniers ont eu, en effet,  la merveilleuse idée d’ouvrir un “spot de sieste”. Ainsi les amateurs de temps long  pourront emprunter un hamac à l’accueil et du château et l’installer dans un des arbres pré-équipé. Ils pourront bénéficier d’une paire de jumelles pour découvrir la nature environnante, et dormir s’ils le souhaitent. Lire aussi, bien entendu, écrire peut-être, perdre du temps pour gagner de la distance et de la profondeur ; penser à la futilité de ces courses éperdues à la poursuite d’images de soi construites par des marchands d’illusions ; “Ralentir, ne rien dépenser” comme nous le propose cette  audacieuse avant-garde cucugnanaise, oui ! Et qui mériterait qu’on lui décerne le prix de la plus innovante “communication” touristique – à tout le moins régionale. Étonnamment, écrivant ces quelques lignes, je me sens plus léger : c’est l’heure de ma sieste !

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