Contre-Regards

par Michel SANTO

Articles marqués avec ‘Camus’

À Narbonne, comme ailleurs, des librairies indépendantes de centre-ville menacées…

Le 10 janvier, je recevais un courriel de Martin Guillemot, le propriétaire de la librairie  L’An Demain, située au 4 rue Cabirol à Narbonne, qui m’informait de sa fermeture pour un mois. La raison, un long temps voyage à Taiwan pour y retrouver sa fille – elle y vit avec son compagnon, étudie et travaille depuis deux ans. Réouverture donc le 19 février. Mais pour une courte durée, hélas ! (le local et le fonds de commerce sont déjà en vente.)

Le maître et l’élève (Une relecture du « Premier homme » d’A.Camus)

Sans titre-2


Qu’il me soit permis de dédier ces quelques lignes a une institutrice (Pardon! Une professeur des écoles) qui m’est particulièrement chère et qui se reconnaîtra.

C’est une bien belle histoire que je voudrais vous conter ici. Une histoire si belle et si émouvante qu’on pourrait croire à un conte de fées, et pourtant, j’en témoigne, elle est parfaitement authentique.

Il était une fois, donc, puisque les contes commencent souvent ainsi, un enfant qui vivait difficilement un début de vie aléatoire dans un beau pays brûlé de soleil, de l’autre coté de la mer. Cet enfant était orphelin de père, pupille de la nation. Son père avait été tué en 1914 dans les premières semaines de la guerre, il était mort, là bas, dans un pays de boue et de grisaille, sur les coteaux de la Marne, loin, très loin de son ciel gorgé de lumière. On l’avait arraché a ses champs et ses vignes et on l’avait envoyé mourir là sans qu’il ait très bien compris pourquoi.

Lundi de Pâques ! Mystères des martinets …

Martinet-noir--Louis-Eloyve

Lundi de Pâques, 8 heures 30. Un rituel : mes premières tasses de café devant ma fenêtre à observer le ciel. Bas aujourd’hui. Nuageux, sombre. Cela fait deux ou trois jours que j’attendais les martinets . Ils sont enfin là !

Martinet aux ailes trop larges, qui vire et crie sa joie autour de la maison. Tel est le coeur. Il dessèche le tonnerre. Il sème dans le ciel serein. S’il touche au sol, il se déchire. Sa repartie est l’hirondelle. Il déteste la familière. Que vaut dentelle de la tour? Sa pause est au creux le plus sombre. Nul n’est plus à l’étroit que lui. L’été de la longue clarté, il filera dans les ténèbres, par les persiennes de minuit. Il n’est pas d’yeux pour le tenir. Il crie, c’est toute sa présence. Un mince fusil va l’abattre. Tel est le coeur.

 René Char : Le Martinet ( Fureur et Mystères ).

Des fleurs au coeur de l’hiver, qui, dans l’hiver du monde, préparent le fruit….

 amandier_fleurs.jpg

«Quand j’habitais Alger je patientais toujours dans l’hiver car je savais qu’en une nuit, une seule nuit pure et froide de février, les amandiers de la vallée des Consuls se couvriraient de fleurs blanches. Je m’émerveillais de voir ensuite cette neige fragile résister à toutes les pluies et au vent de la mer. Chaque année, pourtant, elle persistait juste ce qu’il fallait pour préparer le fruit.»

Dans ce texte de 1940 : l’Eté, Camus associe la fleur d’amandier à la force de caractère, qu’il définit ainsi : «Je ne parle pas de celle qui s’accompagne sur les estrades électorales de froncements de sourcils et de menaces. Mais de celle qui résiste à tous les vents de la mer par la vertu de la blancheur et de la sève. C’est elle qui, dans l’hiver du monde, préparera le fruit.»

Une force de caractère qu’il nous demande de ne pas oublier, de toujours mobiliser; une force propre à vaincre «l’esprit de lourdeur» et ses vertus gémissantes.

C’est au retour d’une petite randonnée dans le massif de la Clape, hier, par vent violent, pluie et grésil mêlés, que cette méditation de Camus m’est vaguement revenue à l’esprit.

Devant mon clavier, une branche d’amandier. Je l’ai ramassée au pied de son arbre … 

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