Transfuge !

Transfuge !

Serge Griggio m’a offert le dernier livre de Gilles Moraton : « Transfuge » (Maurice Nadeau, 2025) .

Il savait qu’il me toucherait. Nos origines identiques : prolos du sud, familles espagnoles trempées de communisme, ascension rude vers les livres. Narbonnais aussi. Mais plus jeune : 66 ans.

Transfuge est son récit.
Autobiographique. Court. Tranchant. Pas de plainte. Pas d’auto-analyse.

Le titre trompe. On s’attend au prolo monté vers l’intelligentsia. Lui déteste le mot. Il en fait un cri d’amour pour l’autodidaxie.

« Cette expression, je l’ai tout de suite détestée. Elle recouvre l’abandon, la trahison, la saleté morale. »

Moraton ne veut pas être adoubé. Il avance seul. Il célèbre les livres. L’apprentissage par soi.

Sa vie saute d’un métier à l’autre : garçon de café, tailleur de vignes, vendeur d’encyclopédies, manutentionnaire d’huîtres, puis bibliothécaire. Rien de droit. Beaucoup de poussière et de sueur.

« Le transfuge n’a pas intérêt à se rater, il sera piétiné plus vite. »

Des éclats d’humour traversent le texte. Le père, photo de Staline sur le frigo, dit : « La télévision va creuser la tombe du communisme. »L’enfant rit, comprend sans le dire.

Un jour, la bibliothèque de Lézignan. Un refuge.

« Je lisais parce qu’enfin le monde ne se limitait plus au village. »

Lire devient vivre.

Rien à voir avec Édouard Louis ou Annie Ernaux. Moraton écrit sec. Juste. Sa langue chante sans folklore. Cent quatre-vingt pages denses, pleines d’âmes simples et de blessures nues.

Un livre vrai. La littérature y rend justice aux vies qu’on ne raconte jamais. « Aux vies sans histoire ». Un vrai bijou.

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