Un concentré d’humanité !

Jeudi. Marché de plein vent.

Le Cours Mirabeau a ses matins de tumulte. Ça crie, ça s’agite, ça s’interpelle. Trois marchands de fruits et légumes, postés comme des coqs sur leur tréteau, rivalisent à coups de décibels. « Pas chers, pas chers ! »… « Deux euros la tomate ! » Leurs voix traversent l’esplanade, saturent le quartier, s’engouffrent jusque sur la terrasse du bistrot où je noie mon regard dans un café noir.

Entre eux et moi, un carré d’herbe jadis verte, désormais piétiné, poussiéreux, comme usé par l’humanité qu’il prétend accueillir. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : un petit théâtre du monde, en réduction. Le chaland pressé, l’étudiant distrait, la vieille dame attentive à la monnaie rendue. Tous arpentent ce carré de terre tassée où plus rien ne pousse.

Et sur l’étal du bouquiniste, un peu plus loin, trônent des ouvrages aux titres qui claquent comme des sentences. L’humanité en péril, alerte de Fred Vargas, posé de guingois à côté de Mimie Mathy par Mimie Mathy, sourire solaire sur pull-over géométrique. Et juste derrière, Tolkien et ses hobbits, ces petits êtres qui savent mieux que nous préserver leurs paysages. Tout un symbole, tout un désordre, toute une ironie.

Un marché, c’est ça : un concentré d’humanité, l’écho miniature de nos contradictions. On y vend à la criée les produits de la terre qu’on maltraite, on piétine la pelouse pour acheter trois tomates, on affiche en vitrine l’alerte écologique à côté des légendes féeriques. Et nous, clients de passage, oscillons entre l’envie de croire à l’avertissement et celle de nous réfugier dans le conte.

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Commentaires (1)

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    coupeaux

    |

    malheureusement il est trop tard ami !!le monde se degrade a la vitesse grand V

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