
Ce matin-là du mois d’août, j’étais assis sur un banc du jardin de la Révolution, à l’ombre, et lisais des pages, un peu au hasard, du texte de Francis Ponge « Le parti pris des choses » que je venais de trouver sous un petit tas de brochures religieuses dans la boîte à livres ouverte aux curieux et lecteurs de passage.
De ma place, je pouvais voir sur la pelouse une jeune femme allongée sur une chaise longue aux couleurs de la « Ville ». Les yeux clos, elle tenait dans sa main droite la poignée d’une petite valise roulante. Le corps relâché, sans doute attendait-elle l’heure du départ de son train pour rejoindre la gare toute proche ; ou bien celle d’un ami qui viendrait la chercher pour l’amener chez lui – chez elle ou chez eux.
Nous étions seuls, ou presque. L’aire de jeux des enfants était vide, comme la plupart des bancs, d’ailleurs; Nous baignions dans une grande et douce quiétude. Quittant mon livre, mon regard s’attardait parfois sur la passerelle aux décors japonisants qui, désormais, enjambe un bassin à jets multiples. Tout le square s’animait alors des souvenirs du jeune collégien qui le traversait deux fois par semaine pour aller déjeuner chez sa grand-mère, rue Michelet. Le jardinier lui même, qui râtissait avec beaucoup de délicatesse le gravier des allées semblait attentif à ne pas troubler ces réminiscences d’un passé attachées aux « choses » de son quotidien. Le silence, l’immobilité des arbres et des végétaux, étaient des « tableaux-vivants » dans lesquels j’ajoutais des personnages et des visages connus d’autrefois. Ils faisaient la perfection du moment.