Contre-Regards

par Michel SANTO

Le maire de Montpellier, Philippe Saurel, veut fédérer toutes les intercommunalités! C’est à dire?

saurel

Philippe Saurel, le maire de Montpellier est venu à Limoux pour évoquer le grand chantier du Pôle Montpellier Méditerranée, nous dit-on dans la Dépêche du Midi du 6 décembre. Un projet qui consisterait à « regrouper un maximum d’intercommunalités pour totaliser dans une méga structure en continuité géographique sur le Languedoc-Roussillon une population de 500 000 habitants, et pesant de tout son poids dans le concert des futures régions. » Une association de fait , de type 1901 ou de toute autre forme pour fédérer des interommunalités, si je comprends bien – mais qui, dans tous les cas de figure, ne pourrait évidemment pas posséder un statut de collectivité territoriale – et qui reposerait sur cinq piliers : le développement économique , l’amélioration de la qualité de vie : santé alimentation, numérique, l’innovation,  les transports et l’enseignement supérieur. Un projet qui me ramène dans le temps où, à la Région Languedoc-Roussillon, j’avais élaboré le concept de Multipole Technologique Régional, pour en devenir ensuite le Délégué Général opérationnel, parallèlement à mes fonctions de DGA, concept qui n’était que la déclinaison dans les domaines de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et des Transferts de technologies, d’une stratégie d’aménagement du territoire fondée sur les caractéristiques propres à la géographie urbaine et démographique très singulière de notre région. J’en rappelle très succinctement les grands traits.

Contrairement à Toulouse, par exemple –  pas choisi par hasard! -, l’actuelle capitale régionale Montpellier ne concentre pas le tout ou presque du potentiel démographique et économique du Languedoc-Roussillon. De par l’histoire , son système urbain est étalé sur une bande littorale, où chaque ensemble territorial, de l’agglomération perpignanaise en passant par la grappe Narbonne-Béziers, la métropole montpelliéraine, jusqu’à l’agglomération nîmoise, pèse d’un poids démographique sinon à peu près égal du moins sans « écart » significativement important, comme dans la plupart des autres régions françaises métropolitaines. De plus, ces ensembles ne sont séparés, sur un bandeau linéaire de 200 kilomètres seulement, que par des étangs ou des fleuves sur des distances ne dépassant pas quelques kilomètres, à peine … Cette réalité toute simple m’avait conduit, non  pour des raisons idéologiques ou politiques, à contester l’idée même d’une Technopole de Montpellier qui, selon l’expression de l’époque avancée par les équipes de Georges Frêche – n’est ce pas François Delacroix? – « percolerait » vers les autres ensembles urbains régionaux. Ce qui supposait que toutes les ressources économiques, universitaires et de recherche soient concentrées sur Montpellier. Le temps ayant fait son oeuvre, plus personne n’oserait aujourd’hui, ouvertement, avancer une telle proposition. Encore que!…

J’ajoute, mais en faire l’exposé ici serait trop long, que c’est sur ces fondements stratégiques que, dans les domaines universitaires comme de la recherche, notamment, ont été programmés et réalisés, dans le cadre des Contrats Etats-Régions et du Programme Intégré Méditerranéen , dont j’avais la responsabilité à l’époque, des investissements lourds, non seulement sur Montpellier, mais aussi, en s’appuyant sur chacune des spécialités territoriales, sur Narbonne autour de l’Inra, à Alès avec l’École des Mines, Nîmes et son ERIEE, Perpignan, son université et ses laboratoires de recherche etc… J’avais même, avant que n’apparaissent les Schémas de Cohérence Territoriale, proposé que soit établi sur ce bandeau littoral métropolitain un Schéma Urbain Régional  afin d’éviter qu’il ne se développe de manière équilibrée et harmonieuse… Trop tôt, sans doute! Je voudrais ici, sans insister et en incidente, pour conforter ces analyses qui ne datent pas d’hier, si je puis dire, rappeler qu’en 1970 déjà, R. Dugrand, et R. Ferras … s’interrogeaient sur la pertinence d’une capitale linéaire: Sète, Nîmes, Montpellier (Soc. languedocienne de géographie, Montpellier, 1970). Aujourd’hui, ils prolongeraient sans aucun doute leurs réflexions sur cette notion de « capitale linéaire » en y intégrant la partie comprise entre  Sète et… Perpignan!

Alors, pour en revenir à Philippe Saurel et à son Pôle Montpellier Méditerranée, qui irait jusqu’à une fédération des intercommunalités régionales, la question se pose de savoir si c’est bien une forme de relance de cette stratégie Multipolaire et coordonnée, qui avait été engagée avant que Georges Frêche et ses successeurs ne s’installent aux commandes de la Région, ou s’il s’agit, plus conjoncturellement, d’un simple outil de communication au service d’une stratégie politique qu’il entend conduire à son profit, et celui de Montpellier, notamment en vue des prochaines régionales?

141127110515778840

Je dois dire tout de suite que les notions accolées de Pôle et de Montpellier ne me semblent pas correspondre à la réalité Multipolaire régionale exposée ci-dessus. Pour être encore plus précis,  voudraient-elles exprimer une volonté de recentralisation, ou, si l’on préfère, de polarisation sur la capitale – provisoire – de la toute aussi provisoire région Languedoc-Roussillon, que l’on ne s’y prendrait pas autrement… Un concept doit correspondre à son objet, à sa substance si l’on préfère. Alors de deux choses l’une. Ou bien le projet de Philippe Saurel n’est rien d’autre qu’un avatar de la stratégie technopolitaine frêchiste, sorti opportunément pour s’imposer dans le cadre des futures régionales, y compris et surtout contre les candidats du PS, son ancien parti. Ou le fond de sa stratégie d’aménagement est celle de la Multipolarité, et il lui faut changer de concept.

Il importe donc, avant d’aller plus loin, au plan politique et institutionnel, dans la direction proposée par Philippe Saurel, que soit clarifiée cette question. Et si, par hypothèse, il s’avérait que cette deuxième voie était sincèrement la sienne, alors il conviendrait de le suivre. Lui, ou … un autre!

L’heure de la clarification me semble  venue. À Philippe Saurel de préciser sa pensée, et sa stratégie…

Mots-clefs : , , , , , , , , ,

Rétrolien depuis votre site.

Désormais, 3 façons de réagir !

Laisser un commentaire

Vous devez être connecté pour publier un commentaire.

Articles récents

Municipales : Mais quel jeu jouent donc les "radicaux de gauche" sur Narbonne ?!

Municipales : Mais quel jeu jouent donc les "radicaux de gauche" sur Narbonne ?!

      Petite suite à mon billet d’hier sur le petit « mundillo » politique narbonnais. Peu d’observateurs l’ont relevé, mais, parmi les soutiens de madame Granier-Calvet, fig[Lire la suite]
Dans le petit "mundillo" politique narbonnais, les cartels s'organisent…

Dans le petit "mundillo" politique narbonnais, les cartels s'organisent…

      J'avais  prédit que madame Flautre, la conseillère municipale EELV d'opposition, élue sur la liste "J'Aime Narbonne" conduite alors par Jacques Bascou, prendrait du large e[Lire la suite]
La défiance sociétale et démocratique des "jeunes" s'aggrave…

La défiance sociétale et démocratique des "jeunes" s'aggrave…

      L’édition 2018 de l’enquête sur les valeurs (la cinquième édition depuis 1981 permet d’analyser les orientations fondamentales des Français. Olivier Galland — sociologue, d[Lire la suite]
Pour les 100 ans de l'OIT, Emmanuel Macron lance aussi son offensive politique et idéologique sur le flanc gauche de l'échiquier politique français…

Pour les 100 ans de l'OIT, Emmanuel Macron lance aussi son offensive politique et idéologique sur le

    En 2017, La République en marche a pris le pouvoir avec le seul appui du MoDem. Dans la foulée de la nomination d’Édouard Philippe à Matignon et des élections législatives, le centre[Lire la suite]
Dans l'ex Languedoc-Roussillon aussi des élus de la droite et du centre soutiennent Emmanuel Macron…

Dans l'ex Languedoc-Roussillon aussi des élus de la droite et du centre soutiennent Emmanuel Macron…

    Dans un contexte de crise profonde au sein du parti Les Républicains (LR), crise que les élections européennes du 26 mai (8,48 %) ont mis clairement au jour (démission de Laurent Wauq[Lire la suite]
N’aurais-je plus le choix qu’entre mourir sous les eaux de la Méditerranée, le « feu » de fanatiques islamistes ou celui, ionisant, des déchets nucléaires (de Malvési) ?…

N’aurais-je plus le choix qu’entre mourir sous les eaux de la Méditerranée, le « feu » de fanatiques

  Semaine éprouvante ! À lire la presse locale je n’aurais plus le choix qu’entre mourir sous les eaux de la Méditerranée, le « feu » de fanatiques islamistes ou celui, ionisant, des déchets[Lire la suite]