Chroniques

« Chez Michèle » n’est plus ; ne sont plus aussi un peu de Cox et de notre histoire commune…

 

 

 

 

C’est fini ! « Chez Michèle », n’est plus. Michèle Sanchez et Jean Louis Santacruz ont cédé leur kiosque. Il était temps pour eux de « prendre leur retraite ». Je le savais depuis quelques jours et n’en pensais ni ne disais rien. Un peu nostalgique toutefois.Et puis hier après midi, j’ai vu les serveurs de la « Rotonde », le café situé de l’autre côté du boulevard, prendre possession du lieu. Ils allaient et venaient, agités, tout de noir vêtu. On aurait dit les employés d’une société de pompes funèbres pressés d’en finir avec l’histoire commerciale d’une famille, et, avec elle, d’un emblème cher à la mienne et à d’autres, nombreuses, aussi.

Michèle et Jean Louis étaient les héritiers de l’antique « baraque » créée en 1946 par Augustine – une Rives, la mère de Michèle – , sur les « anciennes » Barques. Et c’est devant elle, enfant, que mon grand père – Antonio, surnommé « el portillo », ai-je appris plus tard – me donnait rendez-vous tous les dimanches matin. Le rituel était toujours le même. Antonio échangeait d’abord quelques mots en espagnol avec Augustine pendant qu’elle préparait le churro épais et bien gras qui m’était promis, puis il m’accompagnait jusqu’aux Halles, où il retrouvait ses amis et moi mes parents. Je dois préciser ici qu’Augustine et Antonio venaient du même village situé entre Orihuela et Murcia : Cox ; que tous deux et leur famille, comme beaucoup d’autres, habitaient aussi le vieux quartier de Bourg. C’est dire l’importance symbolique que revêtait à mes yeux ce « kiosque » aujourd’hui très moderne, et qu’animaient jusqu’à hier Michèle et Jean Louis. Il figurait aussi l’histoire de jeunes gens et de familles entières poussées par la misère qui s’installèrent ici dans les années 20 juste après la fin de la « première guerre mondiale ».

Écrivant ces quelques lignes, me revient à l’esprit ce jour de 2007 où Carmelo Fulleda, le maire de Cox d’alors, et Tayo, son adjoint, étaient venus, à ma demande, avec des amis, prendre un café « Chez Michèle ». Ce même jour où les musiciens de la « Armonica » de Cox nous avaient « régalé » d’un concert dans la splendide salle des « Synodes », pleine à craquer. Dans leurs yeux, brillaient de vifs éclats de lumière venus de très loin. Il y avait là des Vicente, des Morales, des Rives, des Gambin, des Jimenez , des Belmonte , des Sanchez, des Santacruz … Santacruz, Rives, comme Jean Louis et Michèle que je ne verrai plus désormais, à leur place, proposer à leurs clients de vrais churros, fins et légers ; de ceux que l’on trempe dans un grand « crème bien blanc », le matin tard, à la terrasse d’un café d’une « Plaza Mayor » andalouse ; comme nous le fîmes avec mes amis Louis et Jean Pierre, à Sanlucar, un jour de printemps…

Les visiteurs de notre ville l’ignorent, sans doute aussi nombre de ceux qui y vivent, mais les patronymes hispaniques qui « chantent » ici viennent, pour beaucoup, de  deux villages proches : Cox et  Fuente Alamo ; deux villages  voisins : ceux de mon grand père et de ma grand mère paternelle. De sorte que j’aime à dire qu’il y a, ou plutôt qu’il y avait, encore un peu de Cox « Chez Michèle » sur ces nouvelles Barques joliment aménagées. Un lieu de mémoire qui ne figurait pas dans les plaquettes touristiques municipales. Mais c’était le mien ! Le nôtre … Bon vent Jean Louis, bon vent Michèle !

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