đ…đšđ›đ„đž : 𝐋𝐞 𝐜𝐚𝐝𝐞𝐚𝐼 𝐝𝐼 đœđšđŠđŠđąđŹđŹđšđąđ«đž.

Le mantra de GĂ©dĂ©on Ă©tait simple, brutal : « S’il y a des problĂšmes avec la police, c’est parce qu’il y a des policiers. » Il en avait fait son programme. Un jour, il ferait tomber l’édifice, et son symbole : le commissaire Bluzier.

Le mantra de GĂ©dĂ©on Ă©tait simple, brutal : « S’il y a des problĂšmes avec la police, c’est parce qu’il y a des policiers. » Il en avait fait son programme. Un jour, il ferait tomber l’édifice, et son symbole : le commissaire Bluzier.

Ce jour arriva.

Gédéon et sa troupe hétéroclite firent irruption. Bluzier ne tenait pas une matraque. Il tenait des clés.

« Pas mon bureau », dit-il d’une voix sourde. Il posa le trousseau sur le bois. Il ajusta sa valise de voyage. « Rideau », conclut-il dans le couloir, et il passa le seuil.

GĂ©dĂ©on n’eut qu’à tendre la main. Le commissariat lui appartenait.

Il comprit la cruautĂ© du geste bien trop tard. Bluzier ne fuyait pas. Il venait de leur refiler la gestion du bazar. Rien n’est plus cruel que de confier le pouvoir Ă  ceux qui n’en veulent que pour le dĂ©truire.

Sa bande ? Des cabossĂ©s, des repentis, des illuminĂ©s. Pas pires que les citoyens, simplement plus transparents dans leur misĂšre. MĂȘme peur panique de la libertĂ© non encadrĂ©e.

Ils se tournÚrent vers Gédéon, leur nouveau maßtre, comme des orphelins.

« Et maintenant ? Tu prends le bureau ? Qui commande ? » chuchotaient-ils. Des voix d’enterrement. Des yeux de chiens mouillĂ©s.

L’atmosphĂšre se dĂ©chira. La femme de mĂ©nage chantait La Marseillaise en sanglotant. Marcel brĂ»lait des contraventions avec un hurlement vite Ă©teint. Les disciples rĂ©pĂ©taient en boucle : « GĂ©dĂ©on
 GĂ©dĂ©on
 » Une priĂšre de rĂ©signation.

GĂ©dĂ©on descendit les marches, le trousseau de clĂ©s toujours dans la main. LĂ©o l’attendait sous le rĂ©verbĂšre.

« C’était la fĂȘte, lĂ -haut ? » demanda LĂ©o.

GĂ©dĂ©on laissa tomber les clĂ©s dans sa poche. « Une veillĂ©e funĂšbre. » Il fixa le ciel froid. « Ils ont cru qu’ils allaient respirer. Ils ne font que chercher qui va maintenant leur dire d’inspirer et d’expirer. »

« Il savait que l’ordre n’est pas le travail du chef », dit GĂ©dĂ©on, amer, « mais la demande du subalterne. C’est pour ça qu’il a gagnĂ©. Il m’a donnĂ© ce que je voulais : le vide. Je me suis retrouvĂ© devant vingt hommes qui rĂ©clament qu’on le remplisse, vite. »

« Tu aurais pu les laisser mettre le feu. Un beau geste. »

« Mettre le feu ? » rĂ©pĂ©ta GĂ©dĂ©on. Il sourit. « Ils sont trop obĂ©issants pour la destruction. Trop soumis au dĂ©cor. La cage est vide, mais ils n’en sortent pas. »

« Tu préviens le commissaire ? »

« Non. Certainement pas. » GĂ©dĂ©on enfila ses gants. « Qu’il dĂ©couvre le tas. Qu’il voie l’anarchie stĂ©rile que la libertĂ© produit chez des esclaves volontaires. C’est ça, la vraie punition. »

Les deux hommes s’éloignĂšrent, laissant une victoire qui portait le goĂ»t de la dĂ©faite.