Contre-Regards

par Michel SANTO

Aurès 1935, à la découverte du temps perdu.

   

Thérèse Rivière.

   

Le pavillon populaire de Montpellier consacre une très belle expo aux photographies de Germaine Tillion et Thérèse Rivière : Aurès 1935. Cette exposition prend place dans une thématique consacrée à la photographie documentaire et est à plus d’un titre un bel évènement culturel.

D’abord car elle est consacrée l’Algérie, ce pays grand comme quatre fois la France, à la foisonnante géographie mais dont l’iconographie est si peu visible.

Ensuite car les photographes sont deux jeunes femmes. Envoyées en 1935 dans les Aurès pour une mission photo par le Musée d’Ethnographie du Trocadéro (qui deviendra le Musée de l’Homme), leurs destins seront par la suite diamétralement opposés. Internement psychiatrique de Thérèse Rivière pendant vingt-deux ans  ; vie séculaire et engagée de Germaine Tillion, résistante, déportée, morte centenaire en 2008 et dont la dépouille est transférée au Panthéon en 2015.

Enfin, consacrer la programmation d’un lieu culturel à la photographie documentaire est tout simplement une merveilleuse idée, car la photographie est devenue indispensable pour l’écriture et la compréhension de l’histoire moderne. C’est elle qui rend compte de certaines réalités sensibles que l’écrit ne peut restituer, qu’elles soient de l’ordre du visible : corps, visages, regards, vêtements, … ou de l’invisible : liens entre les hommes, liens à leur environnement, tangibles dans les photos de groupe.

Ces préambules faits, on retiendra l’essentiel, à savoir que ces photos sont un magnifique témoignage sur les populations berbères de l’Aurès, les Chaouia. Sociétés agropastorales traditionnelles pauvres à la forte cohésion mais fragilisées par les changements induits par la colonisation (l’Algérie est alors territoire Français). Des photos prises juste avant que tout ne change, et que ne s’installe la « clochardisation » (le mot est de Germaine Tillion) des populations.

Ces photos à la fois spontanées et travaillées, racontent autant l’histoire des populations que celle du regard porté sur elles. Celui des deux jeunes femmes est empreint d’une évidente empathie humaine, mais aussi des codes de l’ethnologie et de l’esthétique de leur temps : les photos sont intenses, concises, à la fois dans les informations qu’elles capturent, et dans l’esthétique des cadrages et des poses.

En fin d’exposition, une bien trop courte section est consacrée au superbe travail photo (en couleur) de Claude Cornu, instituteur dans les Aurès de 1958 à 1960.

 

Claude Cornu.

Aurès 1935, une exposition qui sort des sentiers battus se tient au Pavillon Populaire de Montpellier jusqu’au 15 avril, et en plus c’est gratuit.

 

Vous pouvez agrandir l’image en cliquant dessus. Tous les billets écrits par Jakin Guran-Izan sont disponibles en cliquant sur Jakin Guran-Izan, en rouge, en haut et à gauche.

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Commentaires (1)

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    VIALLE Jean-Pierre

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    Merci pour cette suggestion de ballade et de découverte

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