Contre-Regards

par Michel SANTO

Archives de l’auteur

Siné et les loups.

Avec l’ affaire Siné, un vieux monsieur qui vient de se faire virer de Charlie Hebdo pour avoir écrit des lignes indignes sur Jean Sarkozy, remonte à la surface un antisémitisme à prétention sociale. Celui d’une certaine gauche qui amalgame le Juif à l’argent, à la banque et au capitalisme, et Israël à ” l’extermination” des palestiniens, l’Amérique impérialiste de Busch et l’oppression des musulmans.  Une “gauche” qui n’hésite plus à s’afficher dans les colonnes de nos grands quotidiens et dans les commentaires de ses lecteurs. Et qui, dans notre histoire, n’est pas sans titres de bassesses. Ainsi Proudhon, le père de l’anarchisme français, écrit-t-il dans ses Carnets (1858 ) à propos de la «race juive»: «Demander son expulsion de France, à l’exception des individus mariés avec des Françaises; abolir les synagogues, ne les admettre à aucun emploi […]  Le Juif est l’ennemi du genre humain. Il faut renvoyer cette race en Asie ou l’exterminer» Et le jeune Marx lui‑même, d’assurer, dans un discours douteux dans La question juive écrite en 1844 alors qu’il séjournait en France: «L’argent est le dieu jaloux d’Israël, devant qui nul autre dieu ne doit subsister» Quant à Jaurès , pourtant déjà acquis à la cause dreyfusarde, il déclare encore, en juin 1898, non sans ambiguïtés : «Nous savons bien que la race juive, concentrée, passionnée, subtile, toujours dévorée par une sorte de fièvre du gain quand ce n’est pas par la fièvre du prophétisme, nous savons bien qu’elle manie avec une particulière habileté le mécanisme capitaliste, mécanisme de rapine, de mensonge, de cor­ruption et d’extorsion. Mais nous disons, nous : ce n’est pas la race qu’il faut briser; c’est le mécanisme dont elle se sert, et dont se servent comme elle les exploiteurs chrétiens.» En pleine crise identitaire et dans un climat d’antisarkozisme haineux, la tentation du bouc émissaire juif ressurgit donc.Et pour la plus grande joie des émules de Maurras et de Drumont, elle vient d’une gauche radicale et intellectuelle qui, malheureusement encore, bénéficie d’un statut d’instance de légitimation idéologique. Sombre temps, les loups arrivent…
 

La lumière de Nicolas de Staël.

                                                                                                                       

Le ciel est bas. Couleur d’acier. L’atmosphère lourde et chargée d’humidité vous colle l’esprit
 à même la peau.Comme les premières paroles d’un matin ordinaire échangées autour d’un premier café, elle vous renvoie dans un temps trouble et sans âme. Un temps de peurs et de fantasmes à se réfugier dans l’écoute du concerto numéro 5 de J.S.Bach ou à se tourner vers la lumière d’un Nicolas de Staël. Pierre-Henri Thoreux , lui consacre un joli petit texte dans son blog. Allez voir!  

Besson! un Chardonne qui aurait “fait 68″…

 Un extrait de la dernière chronique de Patrick Besson , dans Le Point de cette semaine. C’est vif et vrai. Stylé et plein d’humour : ” Cohn-Bendit : sur quel ton il s’est adressé à notre président. Il l’a pris pour un CRS de 1968. Ou alors c’est un ex non répertorié de Carla. Le trémolo de l’indignation dans la culotte du dalaï-lama. Ayant abandonné la lutte des classes depuis plusieurs décennies, Cohn-Bendit est obligé de trouver de nouveaux prolos pour faire entendre sa voix de stentor qu’il adore. Tibétains de tous les pays, unissez-moi. Il va chercher un combat de gauche au bout du monde, tellement il ne veut pas en trouver un chez nous. Ça le démoderait de lutter contre les conditions de vie et de travail des ouvriers et employés européens. Lui ferait perdre son aura dans les médias. Ses complicités dans les journaux. On pourrait le confondre avec Besancenot, Chevènement ou Aubry. Ce qui ne serait pas moderne. Dany, c’est le styliste de la révolution. Comme Lagerfeld, pas comme Stendhal. “
Besson, lui, est  un sceptique amusé,un virtuose du paradoxe. Chaque phrase de sa prose pourrait servir de citation: ” Le maigre est méchant car il a faim et il envie le gros parce que l’autre a bien mangé.”  Comme un Chardonne qui aurait ” fait 68 “…

La nasse d’Axel.

Pour Axel Kahn, généticien et essayiste qui a beaucoup travaillé sur l’éthique dans les sciences: «La morale universelle, c’est de limiter la manifestation des inégalités physiques. La morale sportive, c’est que le meilleur gagne. Au regard de la morale universelle, la morale sportive est donc immorale.”  Pris dans la nasse du moralisme journalistique, Il aurait pu développer cette lumineuse pensée en ajoutant qu’elle était aussi, la morale sportive, anti-égalitaire et donc anti-démocratique. Pour ne pas dire ” essentiellement ” (au sens philosophique du terme) fasciste… Aux jeux olympiques de la pensée molle et bien pensante, suggérer ainsi l’abolition de toute compétition sportive au motif qu’il y aurait des gagnants et des perdants c’est, à coup sur et facile, s’assurer le soutien des bobos avachis et des joggers du dimanche. D’autres, et peut-être les mêmes, y verront aussi la promotion d’un clonage reproductif social et démocrate à partir d’un même standard physique, intellectuel et social. L’égalité des conditions, posée en soi, pour tous et en tout domaine, c’est assurément, grâce à la suppression de tout ” système compétitif ” ou l’instauration d’une ” reproduction sociale clonée “, démocratique et imposée (!!!) , la fin des inégalités. Et celle, accessoirement, de notre humanité…

Valet de nuit…

J’ai pris l’habitude de ne jamais lire un ouvrage l’année de sa parution. Une façon comme une autre d’échapper au temps des médias. Celui de l’actualité fabriquée à la va-vite par des petits-pères-la vertu à la fatuité sans limites. Celui aussi de la critique de bazar et de ses connivences douteuses. Ainsi, qui se souvient de Michel Host et de son roman, Valet de nuit, publié chez Grasset, qui lui valu pourtant le prix Goncourt en 1986, et dont j’ai entrepris la lecture hier ? Pour tomber sur ceci, page 79 : « Maman ne rit plus, et je ne sais ce qu’elle lit, ni même si elle lit. Nous recevons le Monde et le Figaro chaque matin. Il arrive que je trouve sur la console de l’entrée plusieurs exemplaires encore revêtus de leur bande de livraison. Ils iront directement à la poubelle. Pourquoi n’avons-nous pas résilié nos abonnements ? Négligence, sans doute. Ou désir inconscient de nous relier au monde extérieur par de fragiles signes de papier. S’il est quelque chose que maman et moi partageons vraiment, c’est l’opinion que nous nous faisons des nouvelles. Le terme désigne avec une impropriété absolue la répétition lassante et prévisible de faits ignobles dont les auteurs, authentiques crapules ou paranoïaques solennels portés au pouvoir par l’imbécillité des peuples, ne s’y maintiennent que par le concours naturel de l’intérêt et de la lâcheté. » Cet après-midi, le ciel est lumineux et le temps est à la plage. Je m’y rendrai vers les 17 heures. Le soleil aura perdu de son intensité et les « vacanciers » auront pliés leurs parasols. Seul, ou presque, en attendant d’être rejoint par mon habituelle et silencieuse mouette.En compagnie de laquelle, jusqu’à la tombée du jour, je poursuivrai ma lecture…