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Chronique du Comté de Narbonne.

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Vendredi 5 mars, de l’an 2012.

Je m’étais promis, mon oncle, de ne point perturber ton jeûne intellectuel et spirituel de Pâques, mais une pleine page accordée par Dédé de Navarre, le rédacteur en chef du «  Dépendant » local, à celui qui ne cesse de cultiver un ressentiment de mauvais aloi et une hargne de tous les instants envers l’à-présent candidat officieux-déclaré à la succession du Comte de Labatout,le sieur Lemaillet, m’oblige à t’adresser ce long post-scriptum à ma toute dernière et récente lettre. J’espère cependant que tu ne m’en tiendras point rigueur !

Alain de Pareo, donc, puisqu’il s’agit de lui, je te l’ai déjà dit dans mes derniers courriers, est de ces esprits qui aiment mélanger les genres et les ordres sans qu’ils en aient, en toute innocence, pour les moins philosophes d’entre eux, une conscience aussi claire qu’une épisodique fréquentation de Pascal le leur permettrait. Si la force, ici-bas, l’emporte toujours, en effet, elle n’est ni un argument pour la raison ni une valeur pour le cœur. De ce manque de discernement, de lucidité et d’exigence, il vient d’en faire une nouvelle démonstration avec une atavique délicatesse de taureau en perdition qui dépasse l’entendement  moyen d’un spectateur blasé, comme je le suis, fréquentant depuis de longues années les arènes du pouvoir et ses combats de plein air ; comme ceux de coulisses, d’ailleurs, faut-il te le préciser ! Tu n’en croiras pas tes yeux à la lecture de cet exemplaire du «  Dépendant », que je t’adresse avec la présente, mais voilà que ce Monsieur, tout à la fois petit marquis du Grand Comté, en charge d’âmes du minuscule fief de Villegeigne, et intendant général adjoint du même Grand Comté, après avoir été remercié par son seigneur le comte de Labatout de l’intendance en chef de Narbonne, dépassant toute mesure, s’en prend avec une violence inouï d’animal blessé à son prédécesseur le sieur Lemaillet du parti « oxygéné ». Récemment, je t’informais que ce dernier ambitionnait de conquérir le fauteuil du Comte de Labatout et qu’il avait, lors d’une première apparition, présenté une situation climatique du paysage politique comtal passablement pollué par une gestion qualifiée par lui de légère et incompétente. J’attendais donc logiquement la réaction du Comte… et c’est son ancien intendant qui est sorti du toril tel un « Miura » de mauvaise caste donnant des coups de cornes dans tous les sens. Te souviens-tu, mon oncle, de ce que te disait un de ces matadors jadis rencontré dans cette belle cité de Séville ; et qui vaut aussi dans beaucoup d’autres domaines de notre trop brève existence : quand la noblesse et la bravoure font défaut chez l’adversaire, il faut refuser d’engager le combat ; car on y perd son âme et sa réputation. Il est vrai que nos amis espagnols ont le sens du tragique et de la beauté ; il suffit d’assister à une messe dans la cathédrale de Jerez de la Frontera ou à une prestation de José Tomas dans les arènes de Barcelone pour en prendre l’exacte et profonde mesure. Que de leçons apprises en ces occasions, mon oncle ! Il ne suffit pas, en effet, de porter des habits de lumière ou se de vêtir « d’un humanisme qui place l’homme au centre de ses préoccupations », comme l’affirme notre homme, pour recevoir l’onction du public éclairé de ces sortes de combats. Seuls comptent en effet le choix des moyens, la sincérité des actions engagées, la noblesse des sentiments et le respect de l’adversaire. A cette aune seule sont jugés, du moins chez ceux qui accordent quelques vertus à ces valeurs, les faits, mots et gestes de quiconque prétend incarner les principes d’un art : en tauromachie comme en politique ; comme en d’autres pratiques aussi, beaucoup plus modestes, certes, mais toutes aussi essentielles dans nos vies : je pense, notamment à celles de table que nous  goûtons quelquefois de concert.

Le plus comique, dans cette affaire, si on peut parler ainsi, c’est que notre Alain de Pareo fait passer paradoxalement son seigneur et maître pour son vassal ; lui déniant en quelque sorte, à son seul profit, la responsabilité des politiques engagées depuis son accession au pouvoir du petit et du grand Comté. De sorte que j’en viens à me demander, s’il n’y aurait pas, en réalité, caché sous tant d’outrances et de publicité, à le rendre à ce point si visible, le désir de nuire à l’image et à la réputation déjà , comment dire ? si controversée, du Comte de Labatout. Le notoire engagement du petit marquis de Villegeigne et intendant adjoint du Grand Comté auprès du Prince de Gruissan et son contentieux personnel avec le Comte, donnent, après tout, quelque poids à cette, peut être, fantaisiste, hypothèse. Qu’en penses-tu, mon oncle, toi qui me disais qu’il faisait plein jour à minuit en certaine saison…à Saint-Pétersbourg ? L’illusion règne en ce monde ; comme un vulgaire chiffon rouge conduit la course d’un taureau…

Je te souhaite un bon dimanche pascal, mon oncle ! Adieu !

 

 

Chronique du Comté de Narbonne.

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Mardi 3 Mars, de l’an 2012.

Le temps n’est plus, mon oncle, où le dimanche des Rameaux mobilisait la ferveur du bon peuple. Ce matin là, Saint Just était pleine comme elle l’est à Noël, mais malgré les cloches qui battaient le rappel avec plus de vivacité et d’entrain que de coutume, plus nombreux encore étaient les narbonnais qui se rendaient au marché et aux halles ; des halles toujours remplies, elles, et toujours ouvertes à toutes les envies de table, notamment celle d’y goûter un bon verre de vin chez Bébel , ce comptoir à la mode où se côtoient petites et grandes notabilités locales.

Chronique du Comté de Narbonne.

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Jeudi 29 mars

Ah ! mon oncle, que la semaine passée fut dure et triste au cœur de tout ce que notre beau royaume de France connaît d’esprits paisibles, ouverts et respectueux des plus nobles traditions de respect et de dignité de la personne humaine. Quel drame inouï que cette tuerie perpétrée de sang froid par ce mahométan fanatisé, finalement abattu par une escouade de mousquetaires dépêchée par sa majesté Nicolas ! Les proies de ce sinistre « fou d’Allah » s’appelaient Mohammed Legouad, Imad Ibn Ziaten, Abel Chennouf, Gabriel Sandler, Arie Sandler, Jonathan Sandler et Myriam Monsonego. Deux jours, deux jours durant, la France est restée dans un état de sidération devant cet acte d’une sauvagerie sans nom, aussi lâche qu’ignoble. Et toujours cette même question face à l’absurde, face au mal, mon oncle ; toujours cette même question qui faisait nos disputes à l’annonce d’un meurtre atroce commis dans une de nos provinces : était ce un monstre ? Comme si la conscience se refusait à admettre cette part maudite qui git en tout homme en renvoyant cette sorte d’agissements hors de l’humanité ; ou de les expliquer par de seules et simplistes considérations tenant à sa famille, son état, son éducation ou sa personnalité. Ce serait si confortable, en effet, que d’en appeler à la seule raison du médecin ou du philosophe afin d’en exclure toute responsabilité de la part de son auteur. Non, mon oncle, cet individu a décidé en conscience d’être Mohammed Merah ; cet homme à choisi d’être un tueur : la honte de ceux qu’il prétendait défendre et représenter. C’est aux consciences musulmanes,  celles qui se refusent et refusent encore à quiconque le droit de discuter ce qui serait un sacré intouchable, qu’il appartient désormais de s’interroger. Ce disant, mon oncle, et quoique que l’on puisse exciper des dangers de cette intime conviction, convenons ensemble, à tout le moins, que : « La charité ne doit point dégénérer dans une tolérance aveugle et pusillanime. »

Mais déjà les gazettes nous expliquent qu’il eût fallu passer par les fenêtres plutôt que par la porte, et les « opposants » au Roi qu’il eût fallu faire autrement. Le comte de Labatout, lui, en compagnie de son lieutenant de police, le sieur Plaoui, a joui de ces mêmes circonstances dramatiques pour exposer fort opportunément  aux échotiers du Comté, le jour où était lancé l’assaut contre le domicile du tueur de Toulouse, qu’il entendait répondre au sentiment d’insécurité de ses sujets. Ainsi seront augmentés les effectifs des auxiliaires de police, qui, de plus, seront dorénavant armés, et multipliées les lunettes de surveillances dans toute la cité comtale. Quand je pense, mon oncle, que Labatout, alors prétendant au fauteuil du duc Lamonyais, suspectait ce dernier de vouloir contrôler et mettre en fiches toute la contrée ; de transformer le Comté en un immense camp de surveillance ! Que dire aussi du silence des ligues et sociétés savantes (si peu !), habituellement attentives aux moindres faits et gestes qui attenteraient aux libertés publiques. Ton ami, le président des « archets de la libre pensée », aurait-il donc perdu la voix ? Et notre bon docteur de la « société universelle des colombophiles avisés », serait-il souffrant ? J’ignore ce qui, dans cette conjoncture, du sens de l’à-propos, du télescopage des agendas ou de la manipulation des consciences doit être mis au crédit, si je puis dire, du Comte ; mais ce que je crois, mon oncle, c’est que la décence exigeait que ces affaires de petite police comtale soient exposées en d’autres moments et que nos gazetiers en dénonçassent sinon l’opportunité du moins son caractère outrageusement populiste. Quant à savoir ce qu’en pense Monsieur Patrick de la Natte du haut de sa tourelle de scribe en chef du Comte de Labatout ? Dieu seul sait de quels conflits sa conscience est le siège…

Bonne nuit, mon oncle, qui demain me lirait au petit jour.    

 

 

Le tribunal de la conscience.

 

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Mes pages: Celle ci, de Rémy de Gourmont

 

Ref: Sixtine roman de la vie cérébrale (French Edition) (Remy de Gourmont)- Surlignement Emplac. 919-22  | ajouté : jeudi 23 février 2012 07 h 01 GMT+00:00

 

« Le tribunal fameux, le tribunal de la conscience, avec l’égoïsme pour président et les vices pour assesseurs, n’est-ce pas? Et lui aussi jugeait: au mépris de toute raison, il pesait l’impondérable et sondait l’impénétrable, c’est-à-dire la pensée d’autrui, sans réfléchir que l’on ne peut rien connaître en dehors de soi et que juger les hommes, en somme, c’est juger l’idée qu’on a des hommes. »

Au risque de la stigmatisation!

 

 

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Au risque de la stigmatisation, qui, instrumentalisée pour de coupables raisons politiciennes ou de lâches postures « morales », cet article d’ Abdennour Bidar paru dans le Monde du 23 Mars, reproduit ici, in extenso.De quoi penser! A l’inverse des réactions d’un BHL ou de certains médias, toujours prêts à désigner à la vindicte publique le bouc émissaire de son choix (voir l’article de Dominique Jamet).Cette chronique aussi de Brice Couturier sur France Culture… 

 

« Depuis que le tueur de Toulouse et Montauban a été identifié comme « salafiste djihadiste », c’est-à-dire comme fondamentaliste islamiste, le discours des dignitaires de l’islam de France a été de prévenir tout « amalgame » entre cette radicalité d’un individu et la « communauté » pacifique des musulmans de France. Cet appel au jugement différencié est nécessaire lors d’un événement comme celui-ci, parce qu’il suscite une vague d’émotion et d’indignation si puissante qu’elle risque d’abolir, dans un certain nombre d’esprits fragiles, toute capacité rationnelle à distinguer entre islam et islamisme, islam et violence, etc. Les dignitaires qui se sont exprimés ont donc assumé là une responsabilité indispensable pour la paix sociale, et nous pouvons espérer que leur parole contribue à éviter une aggravation de la défiance et des stigmatisations dont les musulmans de France restent souvent victimes.

Mais tout le mérite de cette réaction immédiate, responsable et nécessaire, ne suffit pas à éluder une question plus grave. La religion islam dans son ensemble peut-elle être dédouanée de ce type d’action radicale ? Autrement dit, quelle que soit la distance considérable et infranchissable qui sépare ce tueur fou de la masse des musulmans, pacifiques et tolérants, n’y a-t-il pas tout de même dans ce geste l’expression extrême d’une maladie de l’islam lui-même ?

Depuis des années, j’analyse dans mes travaux ce que j’ai désigné à plusieurs reprises comme une dégénérescence multiforme de cette religion : ritualisme, formalisme, dogmatisme, sexisme, antisémitisme, intolérance, inculture ou « sous-culture » religieuse sont des maux qui la gangrènent. Cette médiocrité profonde dans laquelle sombre l’islam s’observe certes à des degrés très divers selon les individus, de telle sorte qu’il se trouve toujours des musulmans moralement, socialement, spirituellement éclairés par leur foi, et de sorte aussi qu’on ne peut pas dire que « l’islam est par essence intolérant » ni que « les musulmans sont antisémites ». Ce sont là des essentialisations et des généralités fausses, dont certains usent pour propager l’islamophobie. Néanmoins, tous ces maux que je viens d’énumérer altèrent la santé de la culture islamique, en France et ailleurs.

Il s’agirait par conséquent, pour l’islam, d’avoir dans des circonstances pareilles un courage tout à fait particulier : celui de reconnaître que ce type de geste, tout en étant étranger à sa spiritualité et à sa culture, est pourtant le symptôme le plus grave, le plus exceptionnel, de la profonde crise que celles-ci traversent. Mais qui aura ce courage ? Qui en prendra le risque ? Comme je l’ai souligné aussi à de très nombreuses reprises, la culture islamique est depuis plusieurs siècles enfermée dans ses certitudes, enfermée dans la conviction mortifère de sa « vérité ». Elle est incapable d’autocritique. Elle considère de façon paranoïaque que toute remise en cause de ses dogmes est un sacrilège. Coran, Prophète, ramadan, halal, etc. : même chez des individus éduqués, cultivés, par ailleurs prêts au dialogue sur tout le reste, la moindre tentative de remise en cause sur ces totems de l’islam se heurte à une fin de non-recevoir. La plupart des consciences musulmanes se refusent et refusent encore à quiconque le droit de discuter ce qu’une tradition figée dans un sacré intouchable a institué depuis des millénaires : des rites, des principes, des moeurs qui pourtant ne correspondent plus du tout aux besoins spirituels du temps présent… et dont les musulmans ne se rendent pas compte eux-mêmes, le plus souvent, à quel point leur revendication a changé de nature parce qu’elle se fait au nom de valeurs tout à fait profanes (droit à la différence, tolérance, liberté de conscience).

Comment s’étonner que dans ce climat général de civilisation, figé et schizophrène, quelques esprits malades transforment et radicalisent cette fermeture collective en fanatisme meurtrier ? On dit d’un tel fanatisme de quelques-uns que « c’est l’arbre qui cache la forêt d’un islam pacifique ». Mais quel est l’état réel de la forêt dans laquelle un tel arbre peut prendre racine ? Une culture saine et une véritable éducation spirituelle auraient-elles pu accoucher d’un tel monstre ? Certains musulmans ont l’intuition que ce type de question a été trop longtemps ajourné. La conscience commence à se faire jour chez eux qu’il deviendra toujours plus difficile de vouloir déresponsabiliser l’islam de ses fanatiques, et de faire comme s’il suffisait d’en appeler à distinguer islam et islamisme radical. Mais il doit devenir évident pour beaucoup plus de musulmans encore que désormais les racines de l’arbre du mal sont trop enfoncées et trop nombreuses dans cette culture religieuse pour que celle-ci persiste à croire qu’elle peut se contenter de dénoncer ses brebis galeuses.

L’islam doit accepter le principe de sa complète refondation, ou sans doute même de son intégration à un humanisme plus vaste qui le conduise à dépasser enfin ses propres frontières et son propre horizon. Mais acceptera-t-il de mourir ainsi pour que renaisse de son héritage une nouvelle forme de vie spirituelle ? Et où chercher l’inspiration de ce dépassement ? En tant que spécialiste des pensées les plus profondes de l’islam, ces pensées philosophiques et mystiques d’Averroès (1126-1198) et d’Ibn Arabi (1165-1241), je vois à quel point leur sagesse a été perdue – la plupart des musulmans ne connaissent même pas leurs noms. Il ne s’agit pourtant pas de les ressusciter, ni de les répéter. Il est bien trop tard pour cela. Il s’agit de trouver leur équivalent pour notre temps. A cet égard, il ne suffit donc même pas d’être prêt à admettre enfin qu’il y a une « maladie générale de l’islam », et qu’il faudrait revenir à ces sagesses du passé.

Le défi est beaucoup plus important. Il faut que l’islam arrive à cette lucidité tout à fait nouvelle de comprendre qu’il doit se réinventer une culture spirituelle sur les décombres du matériau mort de ses traditions. Mais, autre difficulté redoutable, il ne pourra pas le faire seul et pour lui seul : rien ne servirait aujourd’hui de vouloir instituer un « humanisme islamique » à côté d’un « humanisme occidental » ou d’un « humanisme bouddhiste ». Si demain le XXIe siècle est spirituel, ce ne sera pas de façon séparée entre les différentes religions et visions du monde, mais sur la base d’une foi commune en l’homme. A trouver ensemble. »

Abdennour Bidar, professeur de philosophie à Sophia Antipolis (Alpes-Maritimes)

 

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