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Les selfies de la honte !

 
 
 
Sa.23.4.2023
 
Peut-on se photographier – ou se faire photographier – tout sourire au mémorial de la Shoah de Berlin, ou à Auschwitz jouant un funambule sur des rails et un site qui symbolisent la déportation et la mort de millions de personnes. Oui, si l’on en croit les responsables du Musée d’Auschwitz, qui ont relayé ces images, tout en appelant leurs auteurs et les futurs visiteurs à la décence et au respect de la mémoire des victimes. Ainsi, selfies et photos légères, où l’on se met en scène et au centre d’un lieu envisagé sous le seul angle d’un décor, semblent, pour les « jeunes » générations, en tout cas, une pratique médiatique banale ! Soi d’abord, et au premier plan toujours, sur un fond de réalité physique ou historique neutre. Comme s’il fallait en effacer les traces, la mémoire : trop lourdes à porter dans ce monde de l’instantané, du fluide et du léger. Et laisser l’oubli faire son œuvre, comme l’océan laisse à marée basse des bateaux nus et désarmés dans la vase.
 
 
 
 

Conversation de bistrot autour de l’info-divertissement…

 
 
Ma.18.4.2023
 
Conversation de bistrot !
 
La novelisation de l’info, politique surtout, a besoin de personnages clivants et transgressifs, disais-je à mon voisin de zinc. Et ceux qui font métier de scénariser l’info-divertissement se foutent de la représentativité ou de la compétence de leurs interlocuteurs, croyez moi. Pire, voyez-vous, ces qualités sont à leurs yeux de gros défauts synonymes de baisses d’audience et de pertes financières. Non ! Les profils recherchés par ces marchands de fadaises sont du type, façon de parler, de Sandrine Rousseau. Vous ne l’aimez pas ? C’est vrai, elle ne représente électoralement personne et débite des sottises, mais on lui tend toujours micros et caméras matins, midis et soirs. C’est une personnalité marginale et clivante, et cela suffit ; et elle en jouit de surcroît ! Notez que, dans cet écosystème, éditorialistes et journalistes, font bon ménage aussi avec les stars du monde des spectacles : cinéma, théâtre et autres arts du vivant. Ce qui n’a évidemment rien de surprenant. Leur métier est un art du travestissement qui les prédispose naturellement à ce jeu d’illusions et d’apparences. Les « comiques » n’éditorialisent-ils pas avec succès dans les journaux radios et télés ? Des façons de faire qu’on observe aussi sur les réseaux sociaux. Comment vous n’êtes pas sur Facebook ? Vous y verriez alors des « amis » sociologues, philosophes, écrivains d’intention ou reconnus, hauts fonctionnaires à la retraite… critiques du capitalisme et du « néolibéralisme », ou pas d’ailleurs, se lâcher en outrances et bêtises. Ça paye en like, disent-ils. Ce qui démontre, s’il le fallait, que, sur ce média social, en tout cas, l’intelligence et le savoir s’accommodent de ce genre de méthodes. Ah ! que je vous dise, les martinets ne volent plus en solitaire. Il était 8 h 30, 9 heures peut-être, je les ai vus tournoyer en nombre, dans un ciel encore en partie nuageux. Dans les jours qui viennent, ou ce soir, qui sait, ils raseront en bandes filantes les toits de la ville. Je les verrai alors de ma terrasse foncer à hauteur d’homme dans ma direction pour, au dernier moment, s’élever en criant dans les airs. Quel spectacle fascinant ! Vous voulez un autre café ?
 
 
 

Quelques images d’André Téchiné dans « Les âmes sœurs »…

 
 
 
 
 
Di.16.4.2023
 
Un moment de cinéma.
 
J’ai vu les âmes sœurs d’André Téchiné hier après midi. Au début du film, on découvre David, un soldat blessé lors de l’explosion de son véhicule blindé au Mali, dans un lit d’hôpital, aux Invalides. Il est dans le coma ! Quand il ouvre ses yeux, il doit faire face au vide de sa mémoire. Au cours de son traitement, le psychiatre qui le suit, lui confie un ordinateur portable. Il ajoute cependant : « Ne regardez pas les actualités, c’est trop déprimant ; ni du porno… ». Quelques plans plus tard, on voit David, assis sur son lit, devant son écran. Il sourit, puis rit, rit. Il regarde, et nous regardons avec lui, une scène d’un film de Charlin Chaplin. J’ai souri, moi aussi. Ainsi, en quelques images, quelques images d’une grande douceur, André Téchiné nous montre la violence du réel et ses formes hallucinatoires dans l’actualité et le porno. La perte collective de notre mémoire et la vertu libératrice du rire aussi. D’un rire à l’état pur, sans mots pour en dégrader la nature.
 
 
 
 

Tout et rien demeurent !

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Ve.14.4.2023
 
Moments de vie.
 
En me promenant l’autre jour sur la plage des Ayguades, je contemplais le paysage qui m’entourait. Un paysage magnifié par le sommet neigeux du Canigou ; un paysage splendide dont je connais les plans et les lignes. Les courbes et les couleurs aussi. De l’écume brillante à mes pieds, jusqu’à la brume bleutée qui couvre les formes alanguies des Corbières Maritimes. J’avançais ainsi, giflé par un vent grisant. Tout avait changé de ce que j’avais connu dans ma jeunesse. Tout et rien ! Les grandes masses colorées, la même lumière, demeurent. Mais la présence de petits moulins blancs et de toits ocre de constructions récentes, au loin, en modifie l’équilibre et le sens. Comme les idées que j’avais sur le monde dans ma vie de jeune adulte. Et qui, avec le temps, ont pris le large. N’en reste à présent qu’un vague sentiment d’humanité commune, que nuance l’expérience vécue des vices et des travers des hommes. Vingt ans n’est pas le plus bel âge de la vie ! Cependant, subsiste, purgé de ses chimères, un fond de nostalgie pour ce passé. Léger ! Comme un ciel voilé des ors cuivrés du crépuscule au-dessus des Pyrénées.
 
Illustration : Plage des Ayguades.@michelsanto
 
 
 
 

Sur la promenade des Barques, ils marchaient vers la mer…

 
 
 
 
 
 
 
Ma.11.4.2023
 
Assis à la terrasse
d’une boulangerie
qui fait pâtisserie
 
je vois de ma place
sous des voutes vert d’eau
un couple jeune et beau.
 
Ils échangent un sourire.
    Pour eux.
 
Et marchent vers la mer.
 
 
Photo : La promenade des Barques de Narbonne.
 
 
 
 
 
 

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