Contre-Regards

par Michel SANTO

Le carnet de campagne de Marin de Viry.

    imgres  

« Le débat sur la dette de la Nation a une vertu générale : rappeler que les projets de société ont un coût. Quel beau projet de société fut le nôtre, en vérité, auquel nous nous devons d’entamer une période d’au moins dix ans de baisse du pouvoir d’achat, d’érosion du patrimoine privé et collectif, de probables épisodes de contraction de la production nationale, de crédit cher et difficilement accessible, de renforcement du prélèvement économique de l’État sur la moindre ressource privée, d’accélération de notre déclin relatif au niveau européen et mondial, et de gâchis des chances de la génération montante. Trouvez-vous que ce lien entre projet de société et dette soit discuté pendant cette pré-campagne ? Moi pas. Pourtant à titre personnel je fais un rapport assez clair entre d’une part mon capital emprunté ou possédé et d’autre part mon style de vie, mes anticipations, mes priorités. »

Ce souvenir n’est point pâli.

  thumbs_2082_1  
 

Elie.Y est mon médecin. C’est un bon ami aussi. Il l’est devenu depuis mon retour à Narbonne, qui m’a vu naître et grandir. Pendant ma petite adolescence, il était le «docteur» de la famille. Notre différence d’âge est grande, mais à présent nous voilà complices, même s’il persiste à m’appeler «Mon petit!».

Ce matin, je passais par hasard devant son cabinet et, comme à mon habitude en pareille circonstance, y suis entré dans l’intention de le saluer. Sa porte était grande ouverte sur son bureau vide au premier plan duquel trônaient un tas de dossiers médicaux, de journaux et de revues spécialisées, de boîtes de médicaments et d’objets divers. De cette pile informe, s’en distinguait au sommet, par sa belle tranche rouge vif et l’élégance de sa reliure, un livre: «Les Fleurs du mal», dans l’édition Baudoin! Que je ne pus m’empêcher d’ouvrir à la page indiquée par une carte de visite au nom d’une dame J…, notaire de son état, pour y lire ce poème. Un tendre souvenir, une ultime confidence adressée par une ancienne amoureuse à mon cher Elie, sans doute. Un secret à peine dévoilé dont je ne connaîtrai jamais le sens profond mais qu’il me plaît d’interpréter ainsi:

Un privilège de caste: le cumul des mandats.

     

Sénateurs et députés cumulant des mandats vont pouvoir continuer à distribuer une partie de leurs revenus parlementaires aux élus de leur choix. La majorité sénatoriale a supprimé, lundi 11 juillet, un amendement passé quelques jours plus tôt à l’Assemblée par le député René Dosière, qui obligeait les élus qui dépassaient le plafond légal d’indemnités perçues au titre de leurs différents mandats à reverser le surplus à leur collectivité. Et ce après que le Sénat a décidé d’attribuer une prime de 3 531,61 euros aux sénateurs, somme correspondant, selon un document de la questure, « à un rattrapage exceptionnel sur un complément d’indemnité représentative de frais de mandat (IRFM) versé en une seule fois fin juin ».

L’explication de Gérard Larcher, président UMP du Sénat :« . « La démocratie, ça a aussi un prix ! Il faut que des parlementaires soient indemnisés ». Ben voyons ! A ce niveau d’aveuglement on se demande si, au-delà d’un certain seuil de cumuls et d’indemnités on accorde encore du prix à la décence la plus élémentaire. Qu’on en finisse donc avec cette exception politique française du cumul des mandats ! Qui, pour l’heure, hélas !, ne figure dans aucune des propositions présidentielles des très nombreux candidats potentiels. Le signe manifeste d’une caste qui ne craint plus quelque «  nuit du 4 août ». Jusqu’à quand ?

 

 

 

Au café des sports, à Céret.

 ceret


Deux jours dans les Albères. Le premier pour y fuir une fête de la musique devenue tyrannique et vineuse, le second pour me rendre à Céret pour y retrouver l’ami Henri Sicre.

Cela faisait des années que nous ne nous étions pas revus. À la retraite désormais (quatre mandats de député quand même!) et détaché de la «parole» officielle du «parti», nous avons remonté le temps à l’ombre des platanes du «café des sports».

La politique le tient encore, quoi qu’il en dise, même si  la chasse au gros gibier dans ses belles montagnes prend de plus en plus de place dans sa vie. Il ne désespère pas encore, en effet, à 76 ans (!), de faire tomber l’actuel maire « divers gauche » de Céret. «Assez falot, il est vrai !», précisât opportunément le patron du bistrot en posant nos deux tasses de café commandées sur la table. L’un de cette engeance commerçante cérétante qui, pourtant, avait  fait campagne contre Henri: « son musée coûtait trop cher! ».

Ah! l’ingratitude et l’hypocrisie de la vie (!) politique, ces deux mamelles auxquelles s’alimentent les pharisiens qui en font métier, leurs obligés et leurs fidèles. Ne serait-il pas temps d’envoyer les dogmes au pilon, mon cher Henri, lui disais-je. De te débarrasser des mécanismes proprement religieux dont découlent, dans ce pays, les appartenances politiques. D’abandonner une bonne fois pour toutes cette mallette idéologique  que nous fournissent les marchands du temple «démocratique»  ― avec ses grandes dates, ses grands hommes, ses grandes citations… De vivre, enfin! De pratiquer cet athéisme politique auquel j’adhère désormais et  que résume assez bien cette formule de Saint Augustin : « Aime et fait ce qu’il te plaît »…

– Mais Michel, c’est toute ma vie que tu me demandes de revoir! … – Mais non Henri, c’est tous les jours qu’elle se joue, toute ta vie… 

Dieu qu’il faisait beau ce jour là, à l’ombre des platanes de Céret, en compagnie d’un ami si peu vu, hélas, ces dernières années…

 

Le citoyen Regimbart!

GustaveFlaubert

Mes Pages:

FLAUBERT, L’Éducation sentimentale

 

« Tous les jours, Regimbart s’asseyait au coin du feu, dans son fauteuil, s’emparait du National (1), ne le quittait plus, et exprimait sa pensée par des exclamations ou de simples haussements d’épaules. De temps à autre, il s’essuyait le front avec son mouchoir de poche roulé en boudin, et qu’il portait sur sa poitrine, entre deux boutons de sa redingote verte. Il avait un pantalon à plis, des souliers-bottes, une cravate longue ; et son chapeau à bords retroussés le faisait reconnaître, de loin, dans les foules.

A huit heures du matin, il descendait des hauteurs de Montmartre, pour prendre le vin blanc dans la rue Notre-Dame-des-Victoires. Son déjeuner, que suivaient plusieurs parties de billard, le conduisait jusqu’à trois heures. Il se dirigeait alors vers le passage des Panoramas, pour prendre l’absinthe. Après la séance chez Arnoux, il entrait à l’estaminet Bordelais, pour prendre le vermouth ; puis, au lieu de rejoindre sa femme, souvent il préférait dîner seul, dans un petit café de la place Gaillon, où il voulait qu’on lui servît  » des plats de ménage, des choses naturelles  » ! Enfin, il se transportait dans un autre billard, et y restait jusqu’à minuit, jusqu’à une heure du matin, jusqu’au moment où, le gaz éteint et les volets fermés, le maître de l’établissement, exténué, le suppliait de sortir. Et ce n’était pas l’amour des boissons qui attirait dans ces endroits le citoyen Regimbart, mais l’habitude ancienne d’y causer politique ; avec l’âge, sa verve était tombée, il n’avait plus qu’une morosité silencieuse. On aurait dit, à voir le sérieux de son visage, qu’il roulait le monde dans sa tête. Rien n’en sortait ; et personne, même de ses amis, ne lui connaissait d’occupations, bien qu’il se donnât pour tenir un cabinet d’affaires. » (1) Journal républicain d’Armand Carrel, fondé en 1830, et qui joua un grand rôle dans les événements qui préparèrent la révolution de 1848.

 

Articles récents

La branlée du RCNM à Valence fera-t-elle réfléchir les "Socios" et les "autres"…

La branlée du RCNM à Valence fera-t-elle réfléchir les "Socios" et les "autres"…

          "Sucette", le gourou des Socios du RCNM, a beau s'en "beurrer les noisettes", sortir la lame et pointer son équipe en lui retirant son aide financière, [Lire la suite]
Une prison à Perpignan, mais pas à Narbonne, ni à Lézignan...

Une prison à Perpignan, mais pas à Narbonne, ni à Lézignan...

        Fin de l'enfumage médiatico-politique sur l'édification d'une prison dans le Narbonnais d'abord, puis le Lézignanais ensuite. L'État vient de s'engager en eff[Lire la suite]
François Hollande se déplace dans l'Aude sous de tristes auspices…

François Hollande se déplace dans l'Aude sous de tristes auspices…

François Hollande poursuit sa "tournée des popotes" dans les supermarchés et les grands magasins culturels. Parfois des librairies. Il y vend et signe ses "mémoires" quinquennales : "les leçons du po[Lire la suite]
Le Théâtre+Cinéma du Grand Narbonne et la Tempora du même : une mutualisation impossible ?

Le Théâtre+Cinéma du Grand Narbonne et la Tempora du même : une mutualisation impossible ?

        Samedi dernier, nous recevions, Jean-Claude et moi, à Radio Barques, madame  Marion Fouilland-Bousquet, la directrice du Théâtre+Cinéma Scène Nationale, du Grand [Lire la suite]
Les "Socios du RCNM" renversent les tonneaux : "pas un sou au club" !?

Les "Socios du RCNM" renversent les tonneaux : "pas un sou au club" !?

        « Sucette » et Marco, les deux (!?) présidents des « Socios » du RCNM ne font pas dans la guimauve épistolaire. C’est un véritable glaçon en effet qu’ils vien[Lire la suite]
L'amputation nécessaire des Départements couvrant les Métropoles (l'exemple de la Haute Garonne)

L'amputation nécessaire des Départements couvrant les Métropoles (l'exemple de la Haute Garonne)

 Pierre Médevielle, en haut, et Georges Méric… Le précédent gouvernement avait prévu la suppression des conseils départementaux mais, pour des raisons bassement politiciennes – ne pas perdre les voix[Lire la suite]