Contre-Regards

par Michel SANTO

Il faut trouver 6 M€ pour « fouiller » l’exceptionnelle nécropole romaine découverte sur la ZAC « les berges de la Robine », Narbo Via !…

   

   

Le Conseil Municipal informel de Narbonne du jeudi 28 juin 2018  a été consacré à la seule question de savoir si les fouilles archéologiques sur la parcelle déjà explorée où a été mis au jour une nécropole d’une « richesse » exceptionnelle devaient être poursuivies. Et à cette question, il fut répondu positivement (et pacifiquement, pour une fois !), majorité et opposition confondues dans un même élan consensuel. Reste cependant, à arrêter le plan de financement de ces fouilles complémentaires, évaluées à 5,9 millions d’euros (HT), une question, ou plutôt un problème autrement plus compliqué qu’une vague déclaration de principes. Car si l’État semble prêt à financer 50% de ces fouilles, le groupement Alenis-LRA (Languedoc-Roussillon-Aménagement), l’aménageur de cette ZAC, lui, doit trouver les 3 millions d’euros (j’arrondis !) qui manquent. En effet, comme le rappelle le président de la Chambre Régionale des Comptes dans son rapport de 2015, l’aménagement de la « ZAC Les Berges de la Robine » lui a été concédé en avril 2013 à ses risques et périls, pour une durée de 12 ans (soit jusqu’en avril 2025), de sorte qu’en toute logique c’est à Didier Aldebert, le PDG d’Alenis, d’assumer et de prendre sa part de risque [1] [2] dans une affaire où la Région Occitanie s’est déjà prononcée favorablement pour financer la sienne (la valorisation de cette nécropole apportant une valeur ajoutée considérable à son musée antique Narbo Via, en cours de réalisation par son opérateur Languedoc-Roussillon-Aménagement) Sur ce projet manifestement d’intérêt général le Conseil Départemental et la Ville devraient aussi être sollicités par le PDG d’Alenis pour boucler ce tour de table dont on peut espérer qu’il sera finalement aussi consensuel que celui fait le 28 juin en mairie de Narbonne sur la poursuite de ces fouilles. Ce que l’on pourra vérifier très vite, notamment à l’occasion des débats du prochain, et dernier, Conseil Municipal, juste avant la trêve estivale…

[1] D’autant que le diagnostic archéologique préalable aux travaux d’aménagement avait révélé l’existence d’une importante nécropole du Haut-Empire. On peut dès lors s’étonner qu’un « provisionnement » à la hauteur de ce risque ne soit pas inscrit dans ses comptes (700 000 euros seulement !) … Il est vrai que si cela avait été fait le prix des terrains vendus aurait été plus élevé…

[2] S’il existe bien une clause résolutoire dans le contrat de concession concernant son retrait éventuel dans l’hypothèse où des fouilles dépassant les 700 000€ prévus seraient constatées et imposées, le concessionnaire Alenis doit cependant apporter la preuve, pour l’activer, que ce dépassement ne permettrait pas d’assurer l’équilibre financier sur l’ensemble du projet d’aménagement de la ZAC…

Fake news, post-vérité… ou l’extension du domaine de la propagande

 

Propaganda. mdmove1962/VisualHunt, CC BY-NC-SA

 

Dans son très intéressant article : « Fake news, post-vérité… ou l’extension du domaine de la propagande » [1], Patrick Chastenet, Professeur de science politique à l’Université de Bordeaux ,après avoir défini ce qu’il entendait par fake news , à savoir, au sens large, non  seulement des fausses nouvelles mais des informations volontairement falsifiées et trompeuses, indépendamment de la nature du media utilisé, montre en quoi ils ont « partie liée avec la manipulation, ce qui les inclut – en tant que simple technique – dans un phénomène beaucoup plus vaste et par ailleurs millénaire : la propagande… utilisée par le tyran Pisistrate dès le VIe siècle av. J.-C… »

Patrick Chappert-Gaujal transmue l’Aspirateur en « objet » d’art…

Samedi, 17h 30, sur le « parvis » de terre battue de l’Aspirateur une foule exceptionnellement nombreuse d’artistes, de collectionneurs, d’hommes et de femmes politiques (de tous bords et statuts) d’amis, d’amateurs d’art en général et de celui de Patrick Chappert-Gaujal en particulier, venue des quatre coins de la région (et de bien plus loin encore), attendait avec impatience la fin du discours de Didier Mouly (heureusement bref !) pour se précipiter dans le ventre de cet équipement d’acier et de béton aux formes étrangement magnifiées par cet évènement, afin d’y découvrir (ou de retrouver) quelques unes de ses emblématiques pièces.

La Région Occitanie ne peut pas se défausser ainsi du « Clos de la Lombarde »…

Ne tournons pas autour du pot, serait-il antique ! Couvrir le « Clos de la Lombarde » pour mettre à l’abri, conserver et présenter au public le seul patrimoine antique visible de Narbonne, relève d’abord de la responsabilité de la Région et de sa présidente madame Delga. Et ce pour une raison simple : la décision prise par George Frêche, alors président de l’ex-Languedoc-Roussillon, de créer un musée régional de la Narbonne antique dans cette ville.

Aux Bernardins, le Président de la République a-t-il « bafoué » la laïcité ?

         

Hourvari ! Pétage de câbles, dirait plutôt mon petit-fils, sur les réseaux sociaux depuis la diffusion, hier, sur la « toile », non pas du discours d’Emmanuel Macron prononcé devant la « conférence des évêques » aux Bernardins, mais d’une « petite phrase », comme d’habitude sortie de son contexte.

«Nous partageons confusément le sentiment que le lien entre l’Église et l’État s’est abîmé, et qu’il nous importe à vous comme à moi de le réparer. » Et les chefs de meute de brandir les deux articles de la loi  de 1905 pour nous expliquer que les liens avaient été rompus depuis ; qu’Emmanuel Macron par cette entame de discours voulait les rétablir, reconnaître les cultes et légitimer le communautarisme… Bref, le Président  bafouerait la laïcité et saperait les fondations de notre République.

Je ne vais pas me lancer dans une longue analyse de ce bout de phrase présidentiel, mais tout «bêtement» indiquer que le lien évoqué par Emmanuel Macron n’est évidemment pas juridique, contrairement à ce que suggère intentionnellement ses détracteurs, mais social et politique (entendu au sens large du terme), comme l’Église doit, elle aussi, être comprise dans le sens classique de la «communauté des croyants» et non comme une institution « reconnue » (la  «reconnaissance» renvoyant à un statut juridique ou à des privilèges normatifs – rompus depuis 1905.)

Rien donc qui remette en question la laïcité, bien au contraire, dans le discours présidentiel. Un discours très clair au contraire sur la seule norme qui s’impose à tous, sans discussion ni aménagement : la loi de la République.

Je le cite :

«Je ne demanderai à aucun de nos concitoyens de ne pas croire ou de croire modérément. Je ne sais pas ce que cela veut dire. Je souhaite que chacun de nos concitoyens puisse croire à une religion, une philosophie qui sera la sienne, une forme de transcendance ou pas, qu’il puisse le faire librement mais que chacune de ces religions,de ces philosophies puisse lui apporter ce besoin au plus profond de lui-même d’absolu. Mon rôle est de m’assurer qu’il ait la liberté absolue de croire comme de ne pas croire mais je lui demanderai de la même façon et toujours de respecter absolument et sans compromis aucun toutes les lois de la République. C’est cela la laïcité ni plus ni moins, une règle d’airain pour notre vie ensemble qui ne souffre aucun compromis, une liberté de conscience absolue et cette liberté spirituelle que je viens d’évoquer. » 

Au fond, quand on lit attentivement ce texte, sans préjugés ni parti pris idéologique, on comprend quelle est la véritable intention du Président de la République : sortir les « catholiques » d’une instrumentalisation  à des fins électorales.

En effet, d’un côté, une partie de la classe politique (à droite et à l’extrême droite) a surjoué l’attachement aux catholiques ; et, ce faisant les a réduits « à cet animal étrange qu’on appelle l’« électorat catholique » … De l’autre (à gauche), les catholiques ont été relégués «par méfiance acquise et par calcul au rang de minorité militante contrariant l’unanimité républicaine. »

Ce qui lui permet d’affirmer, rejetant l’une et l’autre posture, que s’il était prêt à «écouter» l’Église sur les sujets sociaux (l’accueil des migrants…… ou éthique (PMA, fin de vie, etc. ), «l’État et l’Église appartiennent à deux ordres institutionnels différents, qui n’exercent pas leur mandat sur le même plan.» De sorte que cette dernière ne pouvait avoir qu’une voix questionnante et non injonctive.

Et de terminer son propos par cette remarque : «Nous devons, une bonne fois pour toutes, admettre l’inconfort d’un dialogue qui repose sur la disparité de nos natures, mais aussi admettre la nécessité de ce dialogue car nous visons chacun dans notre ordre à des fins communes, qui sont la dignité et le sens. »

Jean Pierre Denis, le rédacteur en chef de « la Vie » (excellent hebdomadaire !) ne se trompe d’ailleurs pas sur le sens général de ce discours, qui promet aux catholiques des «lendemains», disons, pour être charitable, moins oecuméniques…

Il y aurait bien d’autres commentaires à faire sur ce discours, notamment sur des points passés sous silence et qui pourtant prêtent plus à polémique que «le bout de phrase» abondamment jetée par les médias sur  les réseaux sociaux… Mais voilà, nous vivons, hélas, une époque où nous ne prenons plus le temps que de lire les gros titres, sans prendre celui de réfléchir aux textes qu’ils annoncent !

PJ : le discours du Président de la République est en lien ici  (format PDF)

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