Je l’ai vu s’avancer dans ma direction d’un pas lent et lourd sur la petite voie qui dessert les habitations légères situées en bordure de la plage. Il en revenait et tenait à bout de bras son sempiternel fauteuil en toile d’une couleur indéfinie, rongé par le sel et défoncé par l’inertie d’un corps plein, épais et puissant. Il portait une chemise à manches courtes bleue largement ouverte sur un torse volumineux et gras, qui montrait une bedaine imposante, gonflée et tendue. Elle semblait superbement le précéder. Et grossir au fur et à mesure qu’il progressait.
J’en faisais la confidence à un ami : tout ce cirque médiatique autour du festival de Cannes m’exaspère. Au point que je ne peux plus voir un tapis rouge sans me figurer de pompeuses starlettes aux bras de tragiques barbons ; une croisette aussi où s’exhibe un croustillant mélange de bêtise, de vanités et de puériles mondanités, alliant un ostentatoire luxe à d’insignifiants bavardages.
(Narbonne) La Basilique Saint-Paul vue de la tour sud du Palais des Archevêques
Sa.20.5.2023
De ma terrasse !
Ce clocher de Saint Paul, qui résiste. Ces hirondelles, qui chassent. Ces mousses, qui colorent les tuiles. Cette coulée verte, qui frissonne. Ce yucca, qui plastronne. Ce ciel gris, qui grimace. Ce soleil, qui viendra. Ce silence, sous les toits. La Clape, qui s’étire. Ces mots, qui hésitent. Tout persiste. Le monde gronde. L’horizon écoute.
Il est 10 h 30 et j’admire le somptueux mélia couvrant la totalité du cadre d’une des deux grandes fenêtres de la cuisine. Il ondule pesamment, mais gracieusement, sous la poussée modérément forte d’un vent du Nord plutôt frais. Ses premières fleurs étoilées rose-lilas et ses fruits en forme de boules couleur miel percent sous le vert de son abondante frondaison. Dans quelques jours, il dispersera autour de lui un parfum lilas poudré, puissant et généreux. Un couple d’hirondelles joueuses traverse ce décor à vive allure, au ras des vitres. Elles nichent au-dessous du chéneau. Tous les ans, j’assiste ainsi, heureux, à ce merveilleux spectacle. Rien de change ! Devant moi, sur la table, la tasse de café que je viens de boire et le livre d’Emmanuel Berl que je viens de refermer après avoir lu ses dernières pages : « Présence de morts » *. Qui puis-je ? Quand je l’ai ouvert la semaine dernière, je ne pouvais imaginer qu’il toucherait ma sensibilité récemment blessée par les décès de personnes admirées ou connues, ou pas, d’ailleurs, et que j’en terminerai la lecture aujourd’hui : 8 mai. Avant de refermer ce livre, disais-je, ce livre écrit dans un style élégant, net et précis, je me suis attardé sur ce passage souligné de traits irréguliers tracés au crayon noir en pensant notamment aux innombrables articles et commentaires publiés ici ou là après l’annonce du décès de Philippe Sollers.
« Nous trahissons les morts en les oubliant, et nous ne pouvons pas penser à eux sans les trahir ! Nos fidélités s’avèrent d’autant plus abusives qu’elles sont plus ferventes. Le survivant finit par croire qu’on viole les volontés du mort, quand on résiste aux siennes. Sa piété tourne en idolâtrie ; il se figure adorer un disparu, quand il se prosterne devant ses propres passions. » (page 122)
*Publié en 1956, il a été réédité en 2019, dans la collection « l’Imaginaire » de Gallimard.
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