Contre-Regards

par Michel SANTO

Chronique du Comté de Narbonne.

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Jeudi 22 novembre de l’an 2012

Quelle chienlit chez les oupséistes, mon oncle ! Lundi, leur cocoeheh ( !!! ) carillonnait dans un cahot d’ horions et de louanges mêlés la déroute du sieur Couillon et le triomphe du sieur Flipé , quand ce jour même j’apprends, en lisant les dépêches du soir, le déni du premier et sa volée  de copieuses et hargneuses hostilités envers l’abominé Flipé. La confusion des esprits est à son comble et abondamment étalée dans ce qui n’est plus qu’une lamentable et pathétique farce, mon oncle ! Des troupes sans autres chefs que leurs casques errent hébétées dans ce brouet politicien concocté par de sots personnages animés par leurs seuls intérêts . Quel spectacle ! Quelle vulgarité dans ce déballage de rage et de fureur. La civilisation est un fin vernis sous lequel bouillent de noires passions , me disais tu au temps de mon apprentissage. Et tous les matins que Dieu donne, je m’étonne encore de pouvoir toujours en chérir l’ éclat et sa beauté. Un miracle quotidien parfois terni par des paroles entendues à  la table d’un estaminet mais aussitôt effacées par la beauté d’un geste et la grâce d’une bienveillante civilité. A cette aune, mon oncle, celles ouïes depuis hier entre affidés de Couillon et Flipé ont des accents d’égoutiers. Comment demain alors incarner je ne sais quelle destinée pour un royaume et des sujets qui se savent en danger ? Il est vrai cependant, me diras tu, que les rosiens furent à Reims eux aussi sur le point d’exploser après qu’avec Gospin le pouvoir de l’Etat leur fut de quelques temps confisqué par le mol Chiraton  ; et l’un des leurs, en Gouda fleurdelysé, n’ habite-t-il point désormais le palais de l’Elysée, ses amis de la Cour en tenant fermement toutes les clés ? Dans cette engeance, l’amitié et la fraternité sont servies en échange d’annuités et de charges grassement rémunérées. Aussi attendons nous, mon oncle, à un sursaut de  fausse dignité qui cependant ne réglera rien des vraies raisons de cet assourdissant tumulte. Sans chef et surtout sans idées clairement partagées, que faire en effet dirait un maître sibérien à ces soldats perdus à l’âme fracassée ? Ah, mon oncle, de cette histoire, du tragique ou de la comédie on ne sait ce qu’il faut en retenir. Sinon cette éternelle loi, qu’en politique, gouverner un parti ou un Etat c’est dissimuler ; mais qu’il est, dans ce domaine comme dans la vie en général, des accidents imprévisibles où se dévoilent la vérité de leur être tendue vers le désordre et la mort. Loin de vomir d’hypocrite manière cet art de la dissimulation , il faut aussi savoir l’aimer . J’attache ainsi, comme toi, du prix aux bonnes manières et aux élégantes vêtures ; les civilités sont de saines apparences et concourent au bien vivre en nos violentes sociétés. Il suffit de passer une heure tous les matins auprès d’un parent en fin de vie pour s’en convaincre. Hier, en pleine crise, c’est d’un mouchoir humide que je lavais son visage crispé par la douleur. Dans sa détresse, muet, c’est de sa seule dignité dont il se souciait… Je te quitte mon oncle, et termine ce matin cette lettre commencée hier soir. Vers onze heures, j’irai au plus près de cette existence qui désespérément s’accroche à la vie: son unique espérance dans laquelle il peut s’asseoir et reposer…

Chronique du Comté de Narbonne.

      

Dimanche 18 novembre de l’an 2012

Mon oncle,

Mon ami le sieur de la Lumière, qui préside, comme tu le sais, aux destinées du très flamboyant, mais hélas si peu lu – deux lecteurs seulement, lui même et sa femme – « Courrier de Cucugnan », est de retour parmi nous. Enfin !  plus précisément dans ses chères Corbières ; qu’il ne quitte  jamais… Mais pouvait-il, invité au château par François de Gouda pour assister à sa grand messe gazetière, lui faire l’affront d’une aussi cruelle et ostentatoire absence ? Au risque de fielleux commentaires de  confrères parisiens accrédités auprès de la Cour, m’assurait-il. A la vérité, mon oncle, cet innocent et pitoyable aveu de vanité, qu’il me fit pourtant le plus sérieusement du monde, n’est pour rien dans sa surprenante décision d’entreprendre ce long et douloureux voyage. Elle tient seulement, et tout entière, dans cette missive du sieur Grabas – il officie au cabinet du seigneur des Terres d’Aude- qui opportunément lui rappelait les subsides alloués par le « parti » rosien à sa bucolique, mais insuffisamment servile était-il précisé, publication. Car c’est ainsi que la liberté d’informer, dans nos provinces, est généralement financée, mon oncle ! Dans cette Aude, belle et pauvre , si nos seigneurs décidaient de retirer leurs placards publicitaires des gazettes locales, elles finiraient par tomber, comme ici, dans les charrettes de l’éminent Cocolin, désormais poubellier en chef du Comté. A cela, tu le sais bien, s’ajoutent des liens et des pressions psychologiques à la trame occulte et infinie autrement plus efficaces. Ainsi le fils de la Lumière, notoirement affligé d’une profonde et incurable bêtise, est-il censé s’occuper de culture, depuis peu,  auprès du petit Comte de Carcassonne ! Souviens toi aussi de ces généreuses et très intéressées invitations acceptées par le vertueux Patrick de la Natte, alors au « Tirelire », pour accompagner le sieur Labatout dans son pompeux séjour au royaume de Tolède et  feu le roi de Septimanie dans celui inutile et fort munificent en terres américaines ! Que d’articles aussi plats qu’ élogieux s’ensuivirent ! Et quel bel office désormais au Comté à veiller sur les écrits de ses anciens associés gazetiers. Mais c’était sans compter sur l’esprit de résistance de son remplaçant au « Tirelire » narbonnais, le sieur Manuel Decuel, aussi discret qu’entêté à ne point se laisser berner. On ne froisse pas impunément la dignité d’un nouvelliste en le mettant ainsi grossièrement sous tutelle, mon oncle ! Mais je m’égare ! Je te disais donc que la Lumière était revenu de la Cour et qu’il en rapportait ce que je pressentais dans ma dernière chronique. Comme sa manche de chemise et sa cravate, la politique économique et  financière de Normal le premier tirent à présent sur sa droite. Dupin et Fressoz , bons journalistes, en disent l’essentiel, et te conseille vivement leur lecture. Quant à la scène politique comtale, je ne t’ étonnerai pas en ne t’en disant rien pour le moment. Labatout dort d’un sommeil bébélien pendant que son opposition s’écharpe dans la plus grande confusion animalière. Le sieur Granel en vient même à proposer qu’une chèvre et une seule conduise sa liste au prochain renouvellement comtal. Ce qui n’est pas très flatteur pour le pauvre bougre qui sera désigné et encore moins pour ce noble animal qui n’en demandait pas tant. Que d’ânes , mon oncle ! Que d’ânes ! De la tour Aycelin je les entends parfois braire , et ils n’ont pas de pires insultes que de s’appeler hommes ! C’est dire…

Je te souhaite de bons jours, cher parent. Il est l’heure du repos et m’en vais méditer sous les volutes d’un excellent havane que m’offrit tantôt notre ami de la Brindille. Je ne goûte cet exotique cigare, il le sait, qu’en solitaire. Comme Jean Jacques ses promenades… Bien à toi!

 

 

Chronique du Comté de Narbonne.

Unknown  

Mercredi 13 novembre de l’an 2012

Le royaume vit une étrange situation, mon oncle ! Le Roi et son premier ministre se sont dissous dans l’opinion. Aux yeux des Français, ils semblent ne plus exister. Le nantais couaque pendant que ses ministres piaffent, et le premier des hollandais ne sait plus à quel saint se vouer. Ses amis à contrario le disent affuté et réactif aux difficultés du pays. Qui au demeurant sont les mêmes qu’hier et qui  l’obligent à remiser ses promesses ; tout en jurant devant, mais devant qui, mon oncle !? de ne rien céder à ses engagements du passé. Et cela dit sur ce ton bon enfant, rond et mouillé, où percent des lueurs d’ironie teintées de roses et d’agressives pensées. Il est vrai cependant que le mariage pour tous est programmé ! Car il faut bien le reconnaître, notre Roi à du talent, mon oncle ! Et puis, il est si gentil au dire des gazetiers. Cynique bien sur, mais si gentil ! Il est d’ailleurs des signes qui ne trompent pas : sa cravate éternellement de travers et sa manche de chemise, la droite, toujours trop longue n’expriment-ils pas cette naturelle et atavique bonhomie de celui qui jadis présidait en terres corréziennes ? Cet après midi, on me dit qu’il réunit 300 ou 400 nouvellistes au château. Mon ami, le rédacteur en chef du « Courrier de Cucugnan », qui tire à deux exemplaires, a lui aussi été invité. C’est dire l’importance que le Roi accorde à cette grande fête gazetière ! Il va fixer un cap pour les uns, baratiner pour les autres ; et comme à l’accoutumée les avis seront partagés. Mais je ne sais pour quelles raisons, mon oncle, mon intuition me dit que cette orgie de communication ne changera rien au climat de doute et de suspicion régnant sur nos concitoyens. Trop de déni du réel ne peux en si peu de temps être rattrapé. Comment expliquer au peuple rosien qu’il lui faudra accepter de payer pour la compétitivité de nos fabriques, ce qui jusqu’à hier était tout simplement nié ? Enfin ! attendons les jours qui viennent, nos gazetiers nous expliqueront ce qu’il convient d’en penser. Voilà pourquoi, je ne les lis point, mon oncle ! Un célèbre bouffon prétendait que les nouvellistes ne croyaient pas les mensonges des hommes politiques, mais qu’ils les répétaient, ce qui était pire ! Il en est quand même de sérieux et demain sera l’occasion d’en apprécier le nombre.

Je t’embrasse… 

Chronique du Comté de Narbonne.

 

 

      

 

 

 

 

Jeudi 8 novembre de l’an 2012.

 

Mon oncle, te souviens tu de ces foules délirantes à qui François de Gouda  promettait , dans un vacarme d’éclatants concerts de tambours et sous d’épaisses pluies d’innocents confettis, de réenchanter le rêve français ? C’était avant qu’il ne soit adoubé, dans ce temps de passions et d’illusions collectives où la grandiloquence et le ridicule de la formule passaient pour le signe d’un esprit habité par une France, son histoire et son destin, divinisée. Ah ! ce François, dit le Normal, qui ne l’est pourtant point, usant de tous les procédés d’une  rhétorique enflammée ; et ces masses infantilisées tombant en pamoison, comme aux pieds d’un aimé pourtant d’apparence banale et au port d’épicier, ce qui l’obligeait à hausser son menton de petit homme replet et forcer sur sa voix mal posée. Le temps n’était pourtant pas au romantisme d’un avenir radieux sans efforts et sacrifices, me disais-tu ! Il faudrait bien un jour stopper et réduire les déficits publics : les fabriques du Roi et les biens de l’église ayant été déjà vendues. C’est aux dépenses de la Cour et aux bourses des français qu’il faudrait s’attaquer, ne manquais tu pas de me préciser ! Nenni ! semblait te répondre en écho l’ambitieux aspirant au pouvoir qu’était alors François, pas encore premier. Et tu t’offusquais que ne soit fait appel à la lucidité et au courage plutôt qu’aux chimères d’un désir de changement malignement flatté. Te souviens-tu de ce que je te répondais ? Sur cette ruse de la raison qui souvent dans l’histoire revêt les brillants habits du mensonge ? Le cynisme est au cœur du politique, ajoutais je, et, te faisant douter de mon sérieux, précisais que l’élection d’un Roi rosien, comme dans le passé, était sans doute la meilleure des options pour faire accepter aux versatiles sujets de notre beau Royaume des idées et des réformes qui furent si mal considérées, du temps du feu roi Tarkoly. Je te rappelais ainsi la manière dont le sieur Guéguérovoy avait imposé la financiarisation de notre économie en 1983 et les ventes de biens d’Etat orchestrées par le sieur Gospin entre 1997 et 2002, notamment. T’en souviens-tu, mon oncle ! Aujourd’hui, c’est le traité Tarkoly-Tankel, honni hier, que la Cour a adopté, et qui adoptera demain ce qu’elle vilipendait avant hier encore : l’augmentation de sept milliards d’euros de la TVA. Désormais aussi, les évacuations musclées de camps de nomades roumains se font dans le silence gêné des belles âmes ; peut-être même  que les 35 heures de  dame Baudy passeront un jour prochain à la trappe. Manolo Valsez savoure dans son coin ce grandiose retournement de veste : c’est son programme qui en effet est mis en place par son concurrent rosien. On comprend pourquoi Tarkoly voulait en faire son ministre !… Stupéfait, le peuple s’étrangle, ses représentants frôlent l’indigestion (de chapeaux) ; et François, dans de complaisantes et dévouées gazettes détenues par des amis banquiers, feint de s’étonner qu’il n’y ait plus de respect pour son honorable fonction ! On croit rêver, mon oncle ! Mais qui pouvait croire une seule seconde qu’il en irait autrement ?  Aussi, dans les lucarnes et les gazettes, s’apprête-t-on à saluer le courage du Roi et couvrir ses mensonges. Ne dit-on pas après tout que les choses sont bien autres qu’elles ne paraissent ; et l’ignorance, qui n’avait regardé qu’à l’écorce, se détrompe dès qu’elle va au-dedans. Comme le dit ton ami Balthazar : « Le mensonge est toujours le premier en tout, il entraîne les sots par un l’on dit vulgaire, qui va de bouche en bouche. La vérité arrive toujours la dernière, et fort tard, parce qu’elle a pour guide un boiteux, qui est le temps. »

Ici, mon oncle ! le ciel se couvre et le vent forcit. Boneil et Sophie ne président plus la section rosienne du Comté. Nous ne verrons plus quotidiennement leurs visages enfantins et réjouis de fonctionnaires comtaux reposés et détendus dans les colonnes du « Dépendant » ; leurs diatribes sur jouées sur ces fleurs qui scandaleusement fanent en hiver vont nous manquer : ils étaient si rigolos ! Plus sérieusement, à la crèche de Mila, dans l’indifférence générale, on exécute sa directrice en l’envoyant précipitamment,  à la veille d’une retraite méritée, dans un placard qui ne serait pas doré ; ce qui scandalise les parents tandis que Labatout se tait. Voilà le genre de petite histoire qui en dit long sur l’idée qu’on se fait de la grande, mon oncle ! Et qui déchire les voiles  de prétentieuses et fausses humanités…

Je t’embrasse ! Porte toi bien en ces temps chahutés, et reste à couvert…

 

 

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