Cette année a bien commencé. Je passe sur les premiers jours, que j’ai déjà oubliés…

     

4 janvier.

Cette année a bien commencé. Je passe sur les premiers jours, que j’ai déjà oubliés ; pas tout à fait cependant : il a fait froid, le vent était violent – il soufflait par rafales. Un temps à rester chez soi, au chaud ; à n’en sortir que pour acheter ce qu’on appelle désormais des « biens essentiels » : pain, café et de quoi manger. Les autres, accessoires, mais nécessaires : musique, film, séries, livres sont à ma portée : dans mes bibliothèques – la grande, en bois, et la virtuelle, sur le cloud d’Amazon – et sur « Netflix ou en rediffusion sur Arte notamment. Je n’ai donc pas de raisons, disons objectives, d’aller les chercher ailleurs : librairies, salles de cinéma, médiathèques. Quant à celles, subjectives, qui, me serine-t-on, devraient me conduire à y rechercher la présence d’autrui, voire celle de la foule, je n’en discuterai pas ici le sérieux… Je disais donc que, ces derniers jours, il faisait très froid dehors et qu’il faisait bon chez moi : au chaud ! Ce matin encore, jusqu’à tard dans mon lit, j’ai lu les premières pages du « Venises », de Paul Morand. Pour m’arrêter, et m’attarder longuement sur ce passage : « Je me rends compte de ce que cet état d’esprit peut avoir, aujourd’hui, de surprenant ; le misérabilisme se portait peu en 1900. J’entendais, hier, à Genève, Marcuse dénoncer le bonheur « comme objectivement réactionnaire et immoral » ; le bonheur du début du siècle était radical, avec ses restaurants à trois francs et sa foi dans le progrès. C’était une époque heureuse, où personne n’avait mauvaise conscience, où ceux qui avaient mal ne criaient pas. Le mot de culpabilité, on ne le trouve pas dans les vieux dictionnaires ; les démocrates-chrétiens commençaient à peine à enter le remords social sur les repentirs de la religion. Je ne pensais qu’à m’amuser en m’instruisant, ce qui, dès la sortie du lycée, fut pour moi une seule et même chose. » Ainsi lisant, je trouvais dans ce texte de Morand étincelant d’idées et de style de quoi penser notre époque. C’est en effet dans ces moments proches d’un rêve éveillé où circulent dans mon esprit images, souvenirs de lecture, comme j’ai souvent pu le constater, que, de façon paradoxalement irrationnelle, se cristallise nombre d’aperçus – ou de vérités – sur moi-même et le monde. Mais il était tard et il me fallait sortir : je ne peux en effet concevoir un repas sans pain frais ! Entre-temps, le soleil avait gagné sur les nuages et le vent était tombé. Un ciel parfaitement bleu couvrait la ville ; une ville triste, coincée entre une fin de dimanche trop longue et un après-midi de lundi laborieux. La vie peinait à trouver son rythme « naturel – façon de parler – et les rues étaient vides et les boutiques fermées. J’ai croisé de rares passants, masqués : ils présentaient des regards aussi vains que stériles. Un quidam aux cheveux ébouriffés de chaque côté de son crâne pelé promenait ses deux chiens aux gueules muselées. La mendiante assise près de la grande porte d’entrée du Monoprix m’a souhaité – c’est une habitude chez elle de toujours me saluer –, une « bonne année »… Plus tard, sur le comptoir de la boulangerie, j’eus la curiosité de tourner les pages du journal local daté du 2 janvier. La première dame du département y présentait ses voeux sous un titre au lyrisme de midinette : « Ensemble rallumons les étoiles » ; et au final grammaticalement ténébreux : « Meilleurs vœux pour cette année nouvelle, qu’elle soit plus douce que la précédente et vous préserve ainsi que vos proches. » – Sur le chemin du retour, une planche à repasser démantelée gisait au pied d’un container réservé aux déchets ménagers.

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Commentaires (2)

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    Anna

    |

    C’est gai Narbonne l’hiver …

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      Michel Santo

      |

      Tous les lundi du monde sont gris ! Non ?

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