Chronique du Comté de Narbonne.

Lundi 14 mai de l’an 2012

Me voici de retour après un trop long séjour, à mon goût, à l’Hôtel Dieu de Narbonne où l’on me pria précipitamment de me rendre  afin de soigner une vilaine douleur à la jambe droite. Je n’eus pas le temps de terminer la lettre que je te destinais et te l’adresse en l’état ; à toi de le faire mon oncle ! Un peu fatigué, je m’empresse de tracer ces quelques lignes en espérant qu’ elles te parviendront dès demain. Je t’embrasse !

 

Mercredi 9 mai de l’an 2102

Cher oncle,

Quel calme, ce matin ! la cité semble avoir perdu cette énergie dévorante, égoïste, tumultueuse qui , hier encore, groupait en deux camps violemment opposés les partisans de François de Gouda et ceux du roi sortant. Le peuple a tranché, comme à son habitude, mon oncle, en coupant la tête de Nicolas ! Mais l’humanité ayant fait de grands progrès, les guillotines sont désormais en papiers et les factieux définitivement embourgeoisés ; ce qui, au demeurant, nous en conviendront tous deux, est fort heureux ! Ainsi, voit on, à échéance régulière, cette immémoriale loi du bouc émissaire, purger les passions ; et, de ce fait, la société des hommes retrouver un simulacre d’ordre. Jusqu’à la prochaine crise, mon oncle, qui en cette période troublée ne saurait tarder. Parions donc que François de Gouda, de sa grâce, ne pourra  longtemps jouir ; et que de changements avoir tant promis, le peuple ne constate que nenni ; et ne lui fasse subir un sort identique à celui qu’il combattit. A bien y réfléchir, l’immense avantage de la démocratie et de ses rituels électoraux, mon oncle, est d’avoir substitué un simulacre de guerre civile à la guerre sociale. Rien d’étonnant, de surcroît, dans un pays qui est entré dans les Lumières en décapitant son dernier roi ; souvenir funèbre qui ne cesse de hanter la conscience de nos petits bourgeois qui, le jour, se rêvent en Gavroche habillés par Prada et, le soir, en Trader militant d’Emmaüs. Les vices, les abus, voilà ce qui ne change point ; ils se déguisent en mille formes sous le masque des moeurs dominantes : leur arracher ce masque et les montrer à découvert, telle est la noble tâche d’un esprit libre…

       

Commentaires (1)

  • Avatar

    raynal

    |

    Heureux de te voir reprendre ta place au créneau après cette désagréable parenthèse.

    Tu l’as dit le calme est revenu, nulle tete a la pointe des piques, les vainqueurs restent humbles dans la victoire, les vaincus dignes dans la défaite….Démocratie, j’écris ton nom…

    Cela fait partie de ces moments ou l’on peut se dire que, bon…ça ne marche finalement pas si mal que çela ce système.

    Et puis, Gouda, Gouda…Il n’y a sans doute pas de quoi en faire tout un fromage…!

    Demeure un problème apparement simple a résoudre si on en juge les propos de campagne…J’ai nommé la quadrature du cercle…

    Mais nul doute que le génie organisateur de ces valeureux pourfendeurs de l’imposture saura trouver les solutions là ou personne ne les a encore trouvées…A savoir, si j’ai bien compris,
    depenser plus en économisant davantage et revenir a l’équilibre tout en continuant a creuser le trou….

    Archimède, lui meme, en resterait perplexe.

    Il faut dire qu’affirmer que l’on va embaucher 80000 fonctionnaires de plus, le tout a effectifs constants, donc (il suffisait d’y penser )augmenter sans réduire tout en stabilisant…Voila
    techniquement un exercice de funambulisme dont je suis curieux de connaitre l’issue (meme si j’en ai une vague idée ).

    Mais a coeurs vaillants, rien d’impossible et puis, au cas très improbable ou cela s’avérerait etre un des multiples et ravissants contes que Shéhérazade narrait au calife Haroun el Rachid dans
    les nuits chaudes d’Ispahan,resterait le repli sur les positions préparées a l’avance, stratégie chère a toutes les armées en déroute…L’héritage, le bilan de l’autre, le battu, ce pelé, ce
    galeux d’ou nous  vient tout le mal !

    Rien de nouveau, donc, a l’ouest comme ailleurs sinon que le mur sur lequel nous propulse la vitesse acquise me parait se rapprocher dangereusement.

    Mais, bah…!Il est peut etre, parfois, des déflagrations neccécaires et salutaires…

    Imagine seulement qu’au milieu des débris et des ruines, on retrouve soudain, miraculeusement épargné,cette ultime étincelle commune a tous les hommes et que, faute de mieux, on appela autrefois
    Fraternité !

    Incorrigibles que nous sommes avec cette esperance accrochée au coeur comme une moule sur son rocher !

    Allez, va…

     »Memento magnitudis…Memento moris… »

    Je ne traduis pas  c’est encore plus beau dans la version originale…

    Prends soin de toi et n’oublies pas que tu es unique…

    A toi.

Les commentaires sont fermés

Articles récents

  • 𝐂𝐡𝐞𝐳 𝐋𝐚𝐮𝐫𝐞𝐧𝐭.
    À table. Sur le mur,ses dernières lunettes,monture fuchsia vif,posées sur la tranche d’un petit tableau. Partager : Imprimer(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Imprimer Envoyer un lien par e-mail à un […]
    Aucun commentaire
  • 𝐋𝐚 𝐩𝐚𝐫𝐭 𝐝’𝐨𝐦𝐛𝐫𝐞.
    Chaque seconde apporte son lot de nouvelles. D’images. D’analyses. De commentaires. Puis de commentaires sur les commentaires. Rien n’arrive seul. Walter Benjamin observait déjà que les événements […]
    Aucun commentaire
  • 𝐋’𝐡𝐨𝐦𝐦𝐞 𝐝𝐮 𝐦𝐚𝐭𝐢𝐧.
    Vêtements de maçon. Chaussures de sécurité.Il attend. Une cigarette. Quelques pas.Sur le banc, un sac en plastique jaune. Son casse-croûte. Hier, c’était une glacière. Partager : Imprimer(ouvre dans […]
    Aucun commentaire
  • 𝐋𝐞s 𝐫𝐞𝐬𝐭𝐞 𝐝𝐮 𝐣𝐨𝐮𝐫.
    Je ne sais pasce que mon regard, ce soir,va choisir. Partager : Imprimer(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Imprimer Envoyer un lien par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre) E-mail Tweet […]
    Aucun commentaire
  • 𝐌𝐞́𝐦𝐨𝐢𝐫𝐞.
    Quand elle ne sera plus làQuand je serai partiLà-bas où il peut aussi faire jourUn oiseau doit chanter la nuitComme iciEt quand le vent passeLa montagne s’efface𝐿𝘦𝑠 𝑝𝘰𝑖𝘯𝑡𝘦𝑠 𝑏𝘭𝑎𝘯𝑐𝘩𝑒𝘴 𝘥𝑒 𝑙𝘢 […]
    Aucun commentaire

En savoir plus sur Contre-Regards

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture