Contre-Regards

par Michel SANTO

Chronique du Comté de Narbonne.

 

 

 

 

 

 

 

Samedi 5 Mai de l’an 2012

Mon oncle !

Hier, la lecture d’une de nos deux gazettes locales m’a particulièrement réjouit. Réjouit et navré devrais je plutôt dire. Enfin, je ne sais ! Navré, par la pauvreté du style du nouvelliste envoyé en cette périlleuse mission de devoir rendre compte de la visite  du nouveau roi de Septimanie, le sire Triste Bouquetin, venu en terres narbonnaises et en conséquente délégation y poser la première pierre d’un nouveau studium dédié aux affaires immobilières ; comme je le fus tout autant par son indigeste et apologétique  poulet, que ne renierai point un quelconque et besogneux préposé aux écritures d’une officine comtale. Mais lecture réjouissante, aussi, par sa désespérante et persistante démonstration des réciproques attirances entre gens de gazettes et gens de pouvoir, dans l’allégeance ou la détestation, sans exclure cependant, par une de ces étranges alchimies indifférentes à la logique, l’une et l’autre à la fois. A cet égard, le destin de ton ami de la Natte, me semble tout à fait emblématique de cette perverse fraternité. Pardonne moi ces paradoxes, mon oncle, mais il faut bien en faire, n’est ce pas, quand on réfléchit ? A propos de ton ami, je dois en confidence te dire que, depuis son adoubement au Château, sa plume gazetière nous manque. Il avait du talent, le bougre ! quoique l’on puisse, de son usage penser en ces temps où le duc de Lemoyniais régnait. Faut-il donc convenir, depuis, à lire les fades et fastidieuses gazettes, que mensonges et contre vérités n’existeraient point en ce vénérable Comté ; que le sire Labatout et son parti de la rose, par la grâce d’une improbable divinité,  en seraient éternellement protégés ? Ce que je te rapporte souvent, dans le secret de ma correspondance, suffit pourtant à en démontrer la puérile inanité. Ainsi donc, mon oncle, concluons, à titre provisoire, que, de talents, nos gazettes n’en disposent ; et que, de complicité comtales, les soupçons en témoignent. Jacques de Molénat, un nouvelliste indépendant de mes amis, dans une publication parisienne fort connue, l’établit lui même sans conteste en relevant que nos gazettes comtales, des réclames des marquisats et comtés, ont un besoin vital, et disposent, de ce fait, pour leur influence, d’un efficace et complaisant levier.

A ce propos, te souviens-tu, mon oncle, de ce que ton ami Honoré fait dire, dans sa grandiose comédie humaine, à un de ses pittoresques personnages? : « – Blondet a raison, dit Claude Vignon. Le Journal au lieu d’être un sacerdoce est devenu un moyen pour les partis ; de moyen, il s’est fait commerce ; et comme tous les commerces, il est sans foi ni loi. »

Ah ! mon oncle, terminant cette lettre ce dimanche soir, une dépêche vient de m’être apportée annonçant l’élection de François de Gouda au trône de France. La Lumière vient donc de triompher des Ténèbres, pour parler à la manière du petit marquis de Gag Bang. Que la joie demeure en ces crédules esprits, mon oncle ; jusqu’à ce que dame Fortune, à défaut de Cassandre, s’en vienne les réveiller.

Bonne nuit, mon oncle ! 

Rétrolien depuis votre site.

Désormais, 3 façons de réagir !

Commentaires (2)

  • Avatar

    raynal

    |

    Et le bon peuple s’esbaudit….

    Habemus praesidens…Ave Gouda Imperator…!

    Joie, joie, pleurs de joie…

    Il ne nous manque plus que l’ineffable Jack pour nous ciseler une formule définitive et immortelle, mais faisons lui confiance, il va s’y mettre…Ces gens là ne deçoivent jamais !

    Moi, je relis Ronsard..

    ” Vivez si m’en croyez, n’attendez a demain

      cueillez dès aujourdh’ui les roses de la vie ”

    Et puis cela aussi…(Ce n’est pas de Ronsard)

    Oublions qu’ici bas tous les reves s’éffeuillent

    Et qu’il est une épine aux roses que l’on cueille…

    Je souhaite a nos nouveaux et heureux élus les épines les moins acérées possibles.

    A toi.

    Reply

  • Avatar

    Michel Santo

    |

    Epatant!

    Reply

Laisser un commentaire

Articles récents

Scène de la vie narbonnaise : Elle était assise sous la véranda de ce bistrot du centre ville…

Scène de la vie narbonnaise : Elle était assise sous la véranda de ce bistrot du centre ville…

        Elle était assise sous la véranda de ce bistrot du centre ville où je m’étais installé pour y boire une tasse de café noir. Je l’observais, élégante et rêveuse, caress[Lire la suite]
Le temps n'est pas loin où vont revenir les langueurs universelles, les croyances à la fin du monde…

Le temps n'est pas loin où vont revenir les langueurs universelles, les croyances à la fin du monde…

    Depuis des mois, je ne lis plus que des correspondances, carnets, journaux d’auteurs : Flaubert, Gide, Malaparte, Renard, les Goncourt … (dernier achat chez mon bouquiniste : Les car[Lire la suite]
"Franchement, Michel ! à quoi bon tout ça !", me disait aussi une petite voix…

"Franchement, Michel ! à quoi bon tout ça !", me disait aussi une petite voix…

    Recommandant la lecture quotidienne d’une ou deux « pensées » de La Rochefoucauld ou de La Bruyère pour exercer sa lucidité et ne point être dupe de certaines postures social[Lire la suite]
Qui pense encore à nos 13 soldats morts il y a quatre jours à peine ?

Qui pense encore à nos 13 soldats morts il y a quatre jours à peine ?

        Qui pense encore à nos 13 soldats morts il y a quatre jours à peine dans une opération de combat menée contre nos ennemis djihadistes ; qui pense encore à leu[Lire la suite]
Scènes de la vie narbonnaise à l'entrée du passage de l'Ancre et du cloître de la cathédrale Saint Just-Saint Pasteur

Scènes de la vie narbonnaise à l'entrée du passage de l'Ancre et du cloître de la cathédrale Saint J

        Lundi dernier, était-ce le matin ou l’après-midi, je ne sais plus. Pour quelles raisons me suis-je retrouvé devant l’entrée du passage de l’Ancre, je l’ignore. Et[Lire la suite]
Narbonne ! Municipales2020 : Moderniser la piscine municipale et son Palais des Arts des Sports et du Travail…

Narbonne ! Municipales2020 : Moderniser la piscine municipale et son Palais des Arts des Sports et d

    Il faut bien le reconnaître, le Palais des Arts des Sports et du Travail a toujours fait l'objet d'un rejet esthétique, culturel et politique de la part des élus de droite et de gauche [Lire la suite]
  
2006-2019 © Contre-Regards
Conçu par OnEric Studio
 
%d blogueurs aiment cette page :