Il est temps pour le Grand Narbonne d’en finir avec ses ambiguïtés et contradictions concernant Orano Malvési…

     

Nous avons sur le territoire du Grand Narbonne, avec Orano Malvési, une des cinq usines au monde de raffinage et de conversion du yellowcake sous la forme de tétrafluorure d’uranium. Elle est de ce fait la porte d’entrée du potentiel de production d’électricité décarboné dont dépend en partie l’avenir climatique de notre planète. Toutes les études disponibles montrent en effet que la baisse du réchauffement climatique ne peut pas être assurée sans une combinaison optimale associant énergies renouvelables (ENR) et énergie nucléaire (EN). Or, tout se passe, ici, comme si nos élus, sous la pression de groupes antinucléaires militants, s’efforçaient de masquer cet atout industriel pourtant décisif de toute politique environnementale et climatique nationale ; alors même qu’il conviendrait au contraire de le promouvoir par un affichage clair et sans ambiguïté dans la stratégie de développement durable de ce territoire. Il est donc temps, me semble-t-il, de sortir enfin de postures « anti » nucléaire ou « anti » ENR qui depuis trop longtemps empêchent un débat sérieux sur ces questions ; comme il est temps aussi pour le Grand Narbonne d’en finir avec des positions politiques opportunistes, sources de contradictions programmatiques nuisibles à ses intérêts économiques et environnementaux. L’impératif climatique est en effet pour demain ; il ne peut donc souffrir d’être enfermé ainsi dans de pareilles postures.

Quelques éléments d’analyse. *

Quels objectifs :

Rappelons d’abord que l’objectif de dépasser le moins possible un changement mesuré par une hausse de 1,5°C de la température moyenne de la planète, s’il est inscrit dans l’Accord de Paris, n’est pas atteignable. C’est en réalité une base juridico-morale à la revendication de réparation des pays pauvres en direction des pays riches pour les dégâts liés au changement climatique de ce niveau. Nous serons plutôt à 2°C, à la condition cependant d’opérer de grandes transformations, dès maintenant, dans l’économie, la technologie, l’organisation sociale, les relations internationales et la culture. Un objectif qui sera très difficile à atteindre ; ce pourquoi les promesses faites lors de l’Accord de Paris (2015) nous mettent plutôt sur la trajectoire de 3°C… si elles sont tenues.

Quelles priorités :

La priorité est donc à la décarbonation des systèmes électriques – qui dépendent à l’échelle mondiale majoritairement du charbon et du gaz. Et, deuxième impératif, la production d’électricité décarbonée doit augmenter de manière considérable au niveau mondial, pour alimenter en électricité des centaines de millions de personnes qui en sont dépourvues, augmenter leur consommation dans de nombreux pays pauvres et pour se substituer aux énergies fossiles dans de nombreux usages : transports, contrôle thermique des bâtiments, procédés industriels.

La France dans ce contexte :

Dans ce contexte, les seuls pays qui atteignent le seuil de décarbonation compatible avec les objectifs climatiques, sont la Norvège, la Suède et la France. Et la France avec un mix nucléaire/hydraulique/ éolien/solaire/biomasse où les deux premiers sont majoritaires. Aucun autre pays n’y parvient, même l’Allemagne qui a déjà dépensé un minimum de 300 milliards d’euros pour installer de l’éolien et du solaire.

L’option qui fait reposer le système électrique français sur un socle nucléaire – avec un pourcentage qui peut varier entre 50% et 75% du total – permet d’engager dès maintenant la décarbonation de l’économie et de la vie quotidienne à un coût raisonnable. Elle autorise une visée de très long terme (plus de 1000 ans) en ressources et en indépendance avec la perspective des réacteurs à neutrons rapides utilisant le stock actuel d’uranium appauvri. Elle économise les espaces naturels et des ressources minérales car elle utilise moins d’acier, de béton et d’autres matières premières que la voie ENR. En revanche, elle suppose le maintien à haut niveau des compétences et de la surveillance de la sûreté et une gestion rigoureuse des déchets nucléaires ultimes, notamment avec leur enfouissement géologique.

De quoi parle-t-on vraiment ? :

Finalement, la question du nucléaire en France surtout tourne autour de l’accident majeur avec dissémination massive de radioactivité. Si on le considére inéluctable, alors il faut exiger une sortie du nucléaire rapide et à n’importe quel coût. Toute autre attitude est incohérente, il faut donc viser l’édification d’un système électrique 100% ENR. Ce qui veut dire accepter de dépenser des centaines de milliards d’euros dans les 15 ans à venir pour opérer ce remplacement. Et donc de multiplier tous les projets éoliens et solaires existant, y ajouter les investissements massifs pour des technologies de stockage/destockage d’énergie et d’électricité dont la démonstration à l’échelle nécessaire n’existe pas encore, et croire l’on parviendra à décarboner toute l’économie avec une production d’électricité réduite.

L’avenir du nucléaire s’écrira surtout en Chine, Etats-Unis, Russie et Inde.

En conclusion, ce qu’on peut dire, indépendamment du choix français, est que l’électricité à base et nucléaire continueront leur croissance à travers le monde, très probablement de conserve, mais avec des mix très différents selon les pays. Et qu’avec moins de 1% de la population mondiale, la France ne peut déterminer l’avenir d’aucune technologie. Celui du nucléaire s’écrira surtout en Chine, Etats-Unis, Russie et Inde.

* Ces éléments d’analyse sont tirés du remarquable texte « Nucléaire renouvelables ? le vrai débat », publié par Sylvestre Huet (Blog Le Monde) et disponible en format PDF en cliquant sur : (ici)

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