Je n’aime pas cette idée que Lilian Thuram me voit et me pense en « blanc » plutôt qu’en frère.

 

     

De la pointe de mes orteils jusqu’à celle de mes cheveux, je suis blanc. Incontestablement blanc. Mais avec des nuances cependant. Deux mois passés dans ma cabane au bord de mer et des randonnées quotidiennes tout au long de l’année donnent à ma peau cette teinte brune que nos sociétés associent aujourd’hui au rêve de liberté, de grands espaces, de plaisirs et de bonne santé. Et puis, est-on « blanc » comme l’est cette feuille de papier, cette robe de lin, cette aube de communiant ? Il n’empêche, je suis né génétiquement, selon l’expression courante, « blanc » et suis donc condamné à le rester pour le restant de mes jours. De cet hasard historique (qui puis-je ?), je n’en ai jamais tiré, et n’en tire, « philosophiquement », aucune gloire ni aucun privilège intellectuel ou social ; et ma « blanchitude » ne m’a jamais, pour autant, protégé, enfant et jeune ado, des quolibete et des injures de certains de mes camarades aux patronymes authentiquement gaulois. Le racisme n’est en effet pas que de « couleur ». Enfin ! je pensais jusqu’ici que la seule chose qui importait dans ce monde imparfait était le respect de tous les êtres humains peuplant cette planète, dans leurs différences de nature, si je puis dire, et dans le seul partage des valeurs universelles de liberté, d’égalité et de fraternité ; celles-là même qui composent notre emblème républicain. Je pensais, tout aussi naïvement, que la couleur de ma peau ne faisait pas de moi, nativement, un « dominant » ; qu’elle ne déterminait en rien ma « pensée » jusqu’à la fin de mes jours – pensée qui serait forcément elle aussi « blanche » et dominante ; et qu’elle me conduirait nécessairement à légitimer, ici et maintenant, sans en avoir conscience, domination, discrimination et racisme, envers les « Noirs », surtout, comme le prétend un ancien et talentueux joueur de l’équipe de France de football, dans un ouvrage récent. Disant cela, je n’exempte en rien, évidemment, les « peuples » et sociétés, majoritairement « blancs »,(notamment !), des crimes perpétrés dans un passé plus ou moins proche sur divers continents. Je n’ignore pas non plus les pensées, les attitudes et les actes à caractère raciste, que l’actualité de mon quotidien ne manque pas de me signaler, autour de moi ou partout ailleurs. Mais qu’on veuille m’enfermer, au motif de la pigmentation de ma peau, dans une « communauté » dont la pensée, l’imaginaire et les actes seraient consubtantiellement « racistes », cela, je ne puis l’admettre. Pour tout dire, je n’aime pas cette idée – elle me révulse – d’un Lilian Thurand, me voyant et me pensant en « blanc » plutôt qu’en frère…

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