Contre-Regards

par Michel SANTO

La Cranquette, et les songes de certains soirs d’été devant cette maison aux volets bleus…


J’ai longtemps rêvé, certains soirs d’été, devant cette maison aux volets bleus située en plein coeur du vieux Gruissan. Ses occupants, sous la  treille, goûtaient le calme et l’air frais du moment. Je m’imaginais alors les rejoindre autour de leur petite table basse sur laquelle reposaient des verres emplis d’une boisson fraîche. Une main m’attendait pour me conduire dans sa pièce la plus sombre où je m’installais entre les bras du fauteuil le plus profond. J’y demeurais seul, enfin, à méditer sur cette quête d’ailleurs qui toujours me ramène dans les mêmes espaces, les mêmes lieux. Imaginaires souvent ! Trop de lumière, sur soi et sur le monde, me blesse… Je n’appris plus tard que cette maison, devenue magique à mes yeux, était un ancien presbytère. Ma fascination pour elle en fut accrue d’autant. Elle devint ainsi le lieu emblématique de  toute mes espérances, – une image du bonheur ! Inutile de dire que jamais je ne fus invité à en connaître les secrets. Aujourd’hui transformée en un restaurant apprécié par les amateurs de produits frais cuisinés par Julien Privat, cela m’est devenu  possible. Mais sans jamais me faire pour autant oublier la « maison aux volets bleus » de mes rêves… Comment pourrait-elle m’échapper ! Je disais Julien, car je connais ce jeune garçon depuis ses quinze ans quand il vivait avec ses parents dans une bergerie magnifiquement restaurée, tout en haut de la Clape, dominant plaine et étangs. La bonne chère et les « amis » étaient déjà des invités permanents. C’est dire que je me suis senti un peu « chez moi » dans cet extraordinaire endroit aux murs décorés par les moulages en résine et plâtre de Brigitte, sa maman, qui donnent à la salle du rez-de-chaussée, moderne d’esprit, une ambiance chaleureuse, et baroque… ; la gentillesse de Julien ajoutant à la noblesse du lieu cet air de famille qui convient à celui pour qui l’art culinaire n’est pas qu’affaire de cuisson… Dimanche, j’en fais la confidence, jour de mon anniversaire, j’ai choisi dans son menu un tartare de veau en entrée, suivi d’un dos de cabillaud accompagné d’asperges pour finir par une tarte au citron, à la façon de Julien. Ne me demandez pas les petits secrets de ces mets présentés dans de belles et généreuses assiettes, j’en suis incapable. La seule chose que je puisse dire est que loin des tendances à la mode, chaque plat est à l’image de son « créateur » : sincère. Comme cette bouteille du « patron » : l’Ultim de Gilles Troullier. Une très belle Syrah d’altitude (La Tour de Carol)   au nez intense et complexe, un concentré d’arômes et de fruits. Il faisait bon, plus tard, assis sur un banc avec, au premier plan, l’étang sous un beau soleil d’avril, à contempler et s’émerveiller des jeux de lumière sur les gris et les verts de la Clape… tout en pensant à cette étrange « maison aux volets bleus » ; à Julien, et à sa belle « table » ; si accueillante, si fraîche, si vraie… Et rêver d’ailleurs, là, si proche… à portée de cœur !

Mots-clefs : , , ,

Rétrolien depuis votre site.

Désormais, 3 façons de réagir !

Commentaires (2)

  • Aimé COUQUET

    |

    L’âge et la bonne chère (et le vin) rendent poète !

    Reply

    • Michel Santo

      Michel Santo

      |

      Aimé, vous connaissez ma sobriété ! Quand même !…

      Reply

Laisser un commentaire

Articles récents

Les dessous de la rentrée politique de Jacques Bascou...

Les dessous de la rentrée politique de Jacques Bascou...

Rentrée de Jacques Bascou, après celle de Didier Mouly, dans le même journal, où il confirme paradoxalement sa sortie tout en expliquant que ce n’était pas lui qui avait quitté le Ps, mais son parti [Lire la suite]
Oui, la Salle Multimodale et le Parc des Expositions devraient être gérés par le Grand Narbonne…

Oui, la Salle Multimodale et le Parc des Expositions devraient être gérés par le Grand Narbonne…

    Plus on se rapproche des élections municipales, plus la réflexion collective, au sein du conseil communautaire de l'Agglo, comme chez les élus de la Ville de Narbonne, semble pro[Lire la suite]
Le tourisme de masse concourt à l'enlaidissement physique et sonore du monde…

Le tourisme de masse concourt à l'enlaidissement physique et sonore du monde…

            Les touristes sont venus plus nombreux encore que l'année dernière dans le coeur de ma petite ville ; et nos élus de vanter l'excellence de le[Lire la suite]
Après la rentrée des classes, celle de Didier Mouly et de sa multimodale salle…

Après la rentrée des classes, celle de Didier Mouly et de sa multimodale salle…

      Prenons date ! Didier Mouly l'assure dans "l'Indépendant" : la salle multimodale sera pleine 10 mois sur 12 : 300 jours par an. Remplie de quoi ? il n'en sait rien, mai[Lire la suite]
Un salon des seniors,  ricane la camarde…

Un salon des seniors, ricane la camarde…

        À l'exception de ceux de coiffure, ma petite ville n'est pas une ville de salons. Preuve en est son Parc des Expositions toujours vide – il ne fait le plein que p[Lire la suite]
Les "Pompes Funèbres" tenaient leur messe au Théâtre Scène nationale…

Les "Pompes Funèbres" tenaient leur messe au Théâtre Scène nationale…

      J'apprends que les "croque-morts" publics ont tenu leur messe annuelle au Théâtre Scène Nationale. Ne pouvait-on pas trouver équipement plus adapté à cette honorable corpor[Lire la suite]
%d blogueurs aiment cette page :