Contre-Regards

par Michel SANTO

“Le peuple ne parle pas et c’est d’ailleurs pourquoi nombre de démagogues s’en font les porte-parole.”

Cet extrait de l’article de Frédéric Schiffer : Le peuple, une réalité ou un mot ?

N’ayant jamais serré la main de l’Homme, je n’ai jamais pu davantage savoir ce que pensait ou décidait le peuple, surtout lors d’un vote. Le peuple ne parle pas et c’est d’ailleurs pourquoi nombre de démagogues s’en font les porte-parole.

Ce n’est qu’un terme générique qui recouvre, pour l’occulter, une réalité sociologique variée, irréductible à toute homogénéité — une population divisée en catégories sociales aux intérêts divergents et antagoniques. Les paysans, les ouvriers, les employés du secteur privé, les fonctionnaires, les cadres moyens, les cadres supérieurs, les professions libérales, les retraités, les artisans, les petits commerçants, les petits patrons, les industriels, les banquiers, les smicards, les milliardaires, etc., sont tous citoyens. Or pareil démos ne peut s’exprimer de manière univoque mais toujours dissonante n’étant dans les faits qu’un agrégat de classes, de clans, de coteries, socialement et économiquement hostiles les uns envers les autres. Quand, à l’occasion d’une élection, malgré leur inimitié, ces camps portent ensemble au pouvoir, majoritairement, tel ou tel parti, ou tel ou tel homme, censé représenter le peuple c’est parce qu’ils s’imaginent d’une part qu’ils forment cette entité universelle et, d’autre part, que leurs élus en incarneront l’âme à un degré supérieur — comme si le scrutin allait sonner la fin des conflits et l’avènement de l’intérêt de tous.

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Commentaires (1)

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    Michel Dumas

    |

    Le texte met le doigt à juste titre sur l’aberration du moment.
    S’exprimer n’est pas être le porte parole des réseaux sociaux ou du comptoir du bistrot du coin, ni d’ailleurs d’un groupe ou d’un autre sans être investit de cette mission.
    Il se trouve qu’aujourd’hui, chaque citoyen considère que sa parole vaut celle de l’autre ce qui est d’une prétention sans nom.
    Ma parole ne vaut pas celle de Michel Serres par exemple.
    Mon savoir est très largement inférieur au sien.
    Or aujourd’hui chacun considère que sa parole compte autant que celle d’Emmanuel Macron.
    Ce que pointait hier sur France Inter fort justement Raphaël Enthoven.
    Je rappelle ici que Emmanuel Macron est le seul Président, après De Gaulle, à avoir été élu sur son nom et non sous le nom d’un parti .
    Il est le plus légitime de la 5 ème République après De Gaulle à disposer de cette prérogative.

    Je rappelle à ceux qui prétendent parler au nom du peuple que, s’ils peuvent s’exprimer personnellement en fonction de leur statut du moment, ils n’ont pas à revendiquer une position qu’ils n’ont pas eu l’honneur d’obtenir dans les urnes.

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