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par Michel SANTO

Nom des Régions ! Un appauvrissement de notre patrimoine immatériel et culturel | Contre-Regard.com

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Battue en finale de Roland Garros par Garbine Muguruza, Serena Williams eut à la remise de son trophée un geste étonnant. La belle Afro Américaine s’adressa au public en français, rendant ainsi un élégant hommage à notre langue. Mais plus que cela, l’experte en adversité semblait dire qu’en dépit de l’hégémonie sans partage de sa propre langue, il en existait d’autres et qu’elles devaient rester vivantes. Ce beau geste était politique, et d’autant plus précieux en son genre que le sport, en dépit son audience mondiale, est rarement le lieu de l’expression des idées.

C’est ainsi à Serena Williams que j’aurais confié la mission de nommer nos nouvelles Régions. On a beaucoup parlé ici d’Occitanie, mais songez qu’au terme des âpres réflexions et des coûteuses consultations menées ici et là, le Languedoc, la Picardie n’existent plus, pas plus que l’Alsace, la Lorraine, la Champagne-Ardennes ! Rayer ces mots est un peu comme détruire des vestiges antiques : la démarche se veut fonctionnelle, mais au final elle appauvrit notre patrimoine – immatériel certes, mais patrimoine quand même. Ces noms qui désignaient des territoires, des entités, des fragments de l’histoire, sortent du lexique officiel pour ne plus être associés qu’à du pittoresque, à des recettes de quiches, de choucroute, de surgelés ou à la plus enivrante des boissons à bulles. D’autres régions, moins adeptes du bûcher, ont gardé leur nom historique : la Bourgogne Franche-Comté ; l’Aquitaine (maintenant Nouvelle), la Normandie et bien sûr la Bretagne.

Ces appellations à la carte et sans homogénéité nationale aucune témoignent d’une absence de vision du territoire au plus haut de l’Etat. Elles disent aussi combien sont bigarrées nos perceptions culturelles : là l’identité s’est dépréciée et on l’efface, ici au contraire on la maintient. Pour Occitanie une troisième variante : on garde l’idée d’ancrage régional mais on le rebaptise, enterrant le vénérable vocable de Languedoc au profit d’un nom moins rural et plus mainstream. Cette jolie cacophonie illustre bien ce qu’est le champ culturel : un milieu où circulent des idées de valeur variable, les plus faibles étant anéanties quand surgissent ces prédateurs que sont les chamboulements historiques.

En illustration un hommage à Serena Williams, par le grandiose Robert Crumb – je ne vois pas comment l’appeler autrement.

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Commentaires (3)

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    BAZAN

    |

    il est inadmissible que Carole Delga suite à une soi-disant consultation bidon dont le résultat était connu d’avance prenne une décision irreversible, en effet
    1 il fallait limiter la consultation aux natifs , et aux résidents de + de 10 ans
    2 différencier les réponses a) par département. b)par anciennes Régions et en tant que vraie politique prendre une décision conforme à l’histoire et au respect de la civilisation autochtone

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  • Avatar

    Didier Jean-Charles LABRO

    |

    Je suis Parisien d’origine et de naissance venu passer ma retraite dans votre belle région et toute cette agitation me fait doucement sourire.
    Il est bien évident que le nom d’Occitanie n’est pas du meilleur choix historiquement parlant, même suivi d’un Pyrénées-Méditerranée trop large et trop imprécis
    Dans mes courriels, j’ai donc pris l’habitude de l’appeler OPM comme d’autres instances l’ont décidé pour PACA sur le versant sud-est de notre France.
    Pas très phonétiquement attrayant, j’en conviens, mais seul Languedoc-Pyrénées s’imposait.
    Alors, pourquoi pas.

    Reply

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