Contre-Regards

par Michel SANTO

Où est l’Occitanie ? Jean Cau.

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Cette page (84 et 85) de Jean Cau dans “La Grande prostituée (Traité de morale II)” publié à la Table Ronde en 1974. Jean Cau qui, dans cet ouvrage, annonce les “Exorcismes spirituels” de Philippe Muray.

 

Où est l’Occitanie ?

Je ne soupire pas, en ce moment, après l’Occitanie perdu et, lorsque je vois trois ou quatre mille jeunes bourgeois étudiants et quelques troubadours  cagneux  gravir les pentes de Montségur, célébrer l’ancêtre Cathare et remuer les cendres d’un passé  englouti, la comédie est trop ridicule pour que j’en sois l’un des acteurs. Ces jeunes gens ne parlent même pas la langue dont mon père, ma mère, n’importe lequel de mes cousins paysans étaient encore aujourd’hui capable d’être l’Homère ou le Saint-Simon. Ils miment. Ils sont les marionnettes de l’Idée agitées, par en dessous, par des manipulateurs politiques. L’Occitanie n’est pas une vérité qu’on réveille, une abstraction qui, à partir de sa définition, se réincarnerait. Là où elle existe, en 1974, c’est là où elle se meurt. Dans ma famille, par exemple, où nous étions occitan ssans le savoir, sans le vouloir, en réalité vécue et non en vérité décidée. Enfin, l’Occitanie était paysanne et la ville, dans ses cuves d’acier, de verre et de béton, l’a dissoute avec ses acides. Les journaux, la radio, la télévision, ont étouffé ses cris. Un bourgeois toulousain, aujourd’hui, est moins étranger à Paris que dans le village proche de la Montagne Noire ou des Corbières. Le citadin, voici le bâtard universel et uniforme.

Enfin la réalité, lorsqu’elle est morte dans en sa chair, ne renaît pas en vérité. Son avatar est alors théâtre. Il ne s’agit pas, si je suis grec, en 1974, de construire un temple à Zeus ou à Apollon sur une colline des environs d’Athènes et au milieu des résidences secondaires. Les Dieux meurent. Comme les hommes. Comme les civilisations. Ah ! mais voilà bien pourquoi je me gratte la tête lorsque je considère mon siècle. Nos Dieux meurent, cette fois, sans héritiers. Le Grand Pan avait passé le relais à l’autre champion — au Christ et l’on pouvait imaginer que celui-ci le passerait à X et qu’ainsi, de siècle en siècle, la galopade humanité…

Stupeur ! La torche — on dit aussi le témoin ! — tombe à terre et personne ne la ramasse ! Alors s’ouvre un gouffre qui n’eût été franchi que par l’élan  ininterrompu, car c’est par Dieu que se prouve Dieu ; par un Dieu que se récuse un autre Dieu. Si l’élan est brisé, l’abîme qui est là, devant nos yeux, se révèle soudain infranchissable et notre panique en élargit sans cesse largeur et profondeur. Hier dans l’élan aérien de la course, c’était ruisseau à franchir. Course stoppée, c’est un abîme devant lequel nos jambes tremblent. Alors ?…

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Commentaires (5)

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    pfister thierry

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    Il s’était créé une thébaïde dans une bergerie de Peyriac-de-mer, du côté du Doul.

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    • Michel Santo

      Michel Santo

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      Oui, oui ! J’étais allé lui rendre visite. Hélas, seul son neveu était ce jour là présent …

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    • Michel Santo

      Michel Santo

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      Ciel ! Je viens de relire ce texte et que de coquilles à corriger !

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    pfister thierry

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    “Un seul être vous manque et tout est dépeuplé” que, parodiant Lamartine, Jean Giraudoux a transformé, dans “La guerre de Troie n’aura pas lieu”, en “un seul être vous manque et tout est repeuplé”. Le choix est libre.

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    Clergue Guy

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    J’ai passé une soirée dans cette bergerie inoubliable

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