Il n’y a pas de silence!
Bruit, tumulte, tapage, mugissement parfois, tintamarre, cacophonie, cancan souvent, scandale, tollé, rumeur toujours. Et toujours chaque été ! Existe-il un coin de plage, une terrasse de café, un village, un hameau où l’on puisse enfin regarder le monde et les autres dans le silence et la douceur estivale ? Où faut-il donc aller pour ne plus subir ce terrorisme sonore qui désormais se hausse du col en prenant des airs d’animation culturelle. Comment fuir la semaine bavaroise de Narbonne, les tambours brésiliens de Saint Affrique et la multitude d’intermittents du spectacle qui prolifèrent jusque dans les burons les plus perdus du pays d’Aubrac et qui hantent nos soirs d’été de leur nullité musicale ? Je rêve d’une ville sans festival, d’un bistrot sans musique, d’une mer sans pédalos, d’une radio sans « primaires » et d’un ciel sans nuages. Et si cet éden existe ailleurs que dans la lecture ou l’écriture, comme dans l’instant présent, dîtes le moi !
Quatre petits carnets de différents formats sur mon bureau. J’y note idées, impressions, propos ou réflexions récoltées dans la rue, à la radio, chez des amis ou dans une librairie. Dans les livres et les journaux aussi… En vrac ! Comme ceux-ci lus ce matin, non datés :
.°.
Ce matin, ce poème de Cavafy. Pour retrouver un peu d’élan..
À la taverne de la mer (1897)
À la taverne de la mer est assis un vieil homme aux cheveux blanc,
la tête inclinée sur un journal étalé devant lui,
car personne ne lui tient compagnie.
Il sait tout le mépris que les regards ont pour son corps,
il sait que le temps a passé sans plaisir aucun,
et qu’il ne peut plus offrir l’antique fraîcheur de sa beauté passée.
Il est vieux, il ne le sait que trop, il est vieux,
il ne le voit que trop, il est vieux,
il ne le ressent que trop à chaque fois qu’il pleure,
il est vieux, et il a le temps, trop de temps pour le voir.
C’était, c’était quand, c’était hier, encore.
Et on se souvient du « bon sens », ce menteur !
et comment le fameux « bon sens » lui a préparé cet enfer
lorsqu’à chaque désir il répondait
« Demain, demain il sera temps encore ».
Et il se souvient du plaisir retenu,
de chaque aube de jouissance refusée, de chaque instant perdu
qui se rit maintenant de son corps labouré par les ans.
À la taverne de la mer
est assis un vieil homme
qui, à force de penser, à force de rêver,
s’est endormi sur la table…
En Norvège, le Mal a pris le visage lisse et pâle d’un jeune homme blond aux yeux bleus. Celui d’un ange ! Qui pouvait le reconnaître, paisible et solitaire néo rural nordique devant ses seuls écrans à passer en boucle des jeux vidéo où l’on tue en masse ? A entendre la bêtise sur nos ondes et dans la bouche de ceux qui en font métier dans les caves politiciennes, l’explication serait toute simple : fondamentalisme chrétien, protestantisme radical… A laquelle le MRAP, en spécialiste de l’hystérisation politique des conflits communautaires ajoute le FN de Marine Le Pen et les idées de l’extrême droite européenne. Ce serait si rassurant en effet que d’avoir devant soi un Hitler de rechange pour capitaliser nos angoisses et nos peurs devant ce qui ne peut, et ne sera, jamais compréhensible. Cet au-delà de la raison objectivante ! Cette folie, ce délire de la pensée ! Ce Mal qui gît tapi comme un Golem dans tous les recoins de nos sociétés. Tragiquement banal et odieusement sanguinaire ! Et que nulle explication ne pourra jamais en prévenir l’expression ni en saisir les racines…