RCN 0 – Oyonnax 70 ! J’en ris à présent…

 

     

Finalement, j’aurai passé la plus grande partie de mon existence dans le monde d’avant, songeais-je ce matin en apprenant la défaite humiliante du R.C.N – 70 à 0, à Oyonnax –, le club longtemps emblématique de ma petite ville – petite ville qui fut aussi, soit dit en passant, la capitale d’une grande province romaine.

Ce monde était alors celui de moyennes et petites cités de province encore ancrées dans un environnement rural où les grandes équipes de rugby étaient celles de joueurs, faux amateurs et semi-professionnels, nés « au pays » pour la plupart d’entre eux. Ils exerçaient à plein temps un métier dans un service public ou tenaient une boutique de sport, un bistrot. C’était un temps aussi où des colosses aux forts accents du Sud-Ouest, vêtus de lourds pardessus et fumant de gros cigares dirigeaient la Fédération Française de Rugby ; et où l’esprit de clocher, pour ne pas dire le patriotisme local, raillé aujourd’hui, transcendait toutes les autres vertus sportives. Dans ce monde-là, le RCN brillait. Il était le vivier de grands joueurs qui firent sa gloire et celle de l’équipe de France. Il collectionnait les victoires et les honneurs. Son image passait les frontières régionales et donnait à la ville de somptueux éclats, éclats que lui refusait son modeste statut économique et social. Il rendait fier l’adolescent et le jeune adulte que j’étais alors, expatrié dans la grisaille et l’anonymat de la grande métropole parisienne. Ce monde-là, cette culture, ses traditions, qu’incarnait à sa façon le R.C.N, ne sont plus depuis fort longtemps. On en trouve cependant des échos dans les archives municipales ou les livres d’histoire. Il surgit parfois, aussi, bien vivant, magnifié, dans nos mémoires. On l’habite alors un temps avec un peu de nostalgie. Celle qui marque nos visages et brume nos yeux durant de brefs moments. Sans regret toutefois ! On ne peut vivre éternellement en effet dans le culte du passé. Un culte où trop souvent suintent dans les mots, les gestes et les idées trop de ressentiment. Comme sur la scène politique, notamment, où s’exposent aujourd’hui, de surcroît, haines et peurs en tout genre. 70 à 0 donc, vendredi soir, à Oyonnax ! Oui, et alors ! me disais-je en regardant le petit Milo, curieux et plein de vie, jouer avec ses voitures et feuilleter des livres dans le salon. L’innocence même, la promesse d’un monde à venir. 70 à 0 ! Oui, j’en ris à présent…

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