Jeudi matin , sur France Info : «Un ministre, en 2014 ou en 2015, n’est pas quelqu’un qui est payé pour lire des livres chez soi. C’est vrai que c’est important, mais je pense que ce que les Français, les auteurs et les artistes attendent de moi, c’est que je défende leurs intérêts. Un ministre de la Culture doit défendre la culture et non sa culture.» Sur le fond, elle n’a pas tort. On ne demande pas au ministre des transports de savoir conduire un TGV, comme à celui de la Défense de piloter un Mirage. Mais à suivre son raisonnement on pourrait en conclure que, pour défendre la Culture, il n’est pas nécessaire d’en posséder et d’en entretenir quelqu’une, la sienne ou celle que l’on présente en général comme commune.
Je voudrais vous dire tout simplement combien je suis heureux d’être parmi vous et combien je suis ému de l’honneur que vous m’avez fait en me décernant ce prix Nobel de Littérature. C’est la première fois que je dois prononcer un discours devant une si nombreuse assemblée et j’en éprouve une certaine appréhension. On serait tenté de croire que pour un écrivain, il est naturel et facile de se livrer à cet exercice.
Avoir le sens de la littérature, c’est pouvoir dire « je » sans se prendre pour le centre du monde. Ainsi, dans la célèbre entame de Proust : « Longtemps je me suis couché de bonne heure », le mot important, c’est « longtemps ». Dans « longtemps », il y a les ancêtres, tous les autres dont nous venons. Dans « longtemps », il y a le Temps lui-même. Alors seulement « je » peut-il prendre son envol, y compris en allant se coucher. Il est en perspective. La tour de contrôle donne son feu vert vers les constellations merveilleuses. C’est bien pourquoi les jurés du Nobel ont eu raison de poser la couronne sur la tête rêveuse de Patrick Modiano.
Il faut lire Modiano la nuit! Dans ce temps où tout se confond, comme dans une chambre où brille une lampe. On y éprouve un sentiment de présence et d’absence tout à la fois… Le temps flotte! Des ombres passent et repassent. Une vague qui sans cesse roule vers l’infini…
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