Toulouse et Montpellier ne partagent pas leur croissance en emplois avec leurs territoires environnants…

       

Signé le 6 juillet 2017 le Pacte État-métropoles marque un tournant dans la réforme territoriale en reconnaissant aux métropoles un rôle de moteurs de croissance qui engage leur responsabilité vis-à-vis des territoires avoisinants, d’une part, tout en affirmant la volonté de l’État de favoriser les coopérations entre les territoires dans une « logique d’alliance » et de renforcement mutuel, d’autre part. En regard de ces deux objectifs, dans une note d’analyse très fouillée, Cécile Altaber et Boris Le Hir, pose donc la double question de la capacité des métropoles à se développer et à faire rayonner leur dynamisme sur les territoires voisins.

« La dynamique métropolitaine est évidente »

Bilan ? « La dynamique métropolitaine est évidente », confirment les auteurs qui en veulent pour preuve la croissance de l’emploi observée dans les zones d’emploi englobant les douze métropoles étudiées : 1,4 % par an en moyenne, contre 0,8 % sur l’ensemble du territoire, sur la période 1999- 2014. Mais attention à ne pas généraliser. « Ces grandes villes connaissent chacune des fortunes diverses », soulignent Cécile Altaber et Boris Le Hir. Si les zones d’emploi de Bordeaux, Montpellier ou Nantes ont vu leur poids dans l’emploi national augmenter sur la période étudiée, celles de Nice ou Rouen par exemple ont enregistré une croissance de l’emploi inférieure à la moyenne nationale.

L’analyse confirme également que la périphérie est plus dynamique que le centre : le taux de croissance de l’emploi est systématiquement plus élevé dans les couronnes périurbaines que dans les pôles sur la période étudiée. Les moteurs de cette surperformance des métropoles : les secteurs de l’industrie manufacturière, des services aux entreprises, du commerce de gros et du transport de marchandises. Des secteurs qui expliquent plus de la moitié de l’écart de croissance de l’emploi salarié total entre les métropoles et l’ensemble du territoire sur la période 2004-2010, alors qu’ils ne représentent qu’un peu plus du tiers de l’emploi.

« Mais l’effet d’entraînement reste à démontrer »

Si la dynamique propre aux métropoles n’est donc plus à démontrer, qu’en est-il de leur capacité à entraîner dans leur sillage les régions et territoires avoisinants ? En réalité, il est peu sensible et se serait atténué dans les années 2000, quand la croissance de l’emploi dans les zones périphériques a décroché par rapport à celle des aires urbaines métropolitaines.

Entre 2009 et 2014, si l’emploi salarié dans les zones d’emploi des douze métropoles étudiées a augmenté de 0,65 % par an, par contre, au niveau national, ce taux n’était que de 0,13 %. Et dans les zones d’emploi entourant les métropoles et dans celles de la région, ce taux est quasi nul, voire négatif ! Avec ce constat : « la surperformance métropolitaine est largement due à un fort effet local », analysent les auteurs. Pas ou peu d’effet structurel, donc !

Faut-il conclure pour autant à l’absence d’effet d’entraînement des métropoles sur les territoires voisins ? Certaines métropoles sont dans une dynamique partagée, typiquement Lyon, Nantes ou Aix-Marseille qui s’inscrivent dans une logique de co-développement avec leurs territoires proches. D’autres, à l’inverse, se développent en isolat : leur dynamisme propre n’est pas partagé avec les territoires qui les entourent. C’est le cas de Lille, Toulouse ou encore Montpellier. On observe aussi des métropoles à dynamique inversée, là où les territoires avoisinant la métropole enregistrent une croissance de l’emploi plus forte que celle de la métropole, à Grenoble par exemple. Et puis il y a les territoires en difficultés, quand l’emploi diminue simultanément dans la métropole et les territoires alentour.

 

Une étude* fort intéressante qui casse bien des clichés habituellement présentés comme autant d’incontestables « vérités »  par les élus de ces métropoles et leurs agences de communication.

 

*Disponible en intégralité : (ici)

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