Contre-Regards

par Michel SANTO

Trois petites variations sur l’égalité.

 

 

 

 

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Gil Jouanard est un ami ! Nous nous sommes rencontrés à Montpellier dans les années 80-90. Il dirigeait alors le Centre Régional des Lettres. C’est un peu grâce à lui que j’ai découvert C.Bobin et C.Juliet, à l’époque peu connus. Il écrit des textes courts, dans une belle prose poétique, au gré de ses voyages, de ses humeurs, de ses rencontres. Il écrit comme on creuse, et avoue avoir mis beaucoup de temps à « reconnaître la veine riche… » Il lui arrive aussi, comme dans ces trois extraits ( Le jour et l’heure. Verdier, juin 1998 ), de régler ses comptes avec certains travers de notre époque, qu’il n’aime guère, sans quitter ce « parler artificiel, fait pour n’atteindre qu’une chose à la fois » page 45. Lectures…  

 

                                                                 .°.

 

 

« …S’opposer au leurre du «  métissage culturel », c’est se refuser à devenir l’otage de la standardisation, et du rabotage des aspérités culturelles aux fins d’insertion dans un moule rétrécissant. J’aime allant à Bamako, voir et entendre autre chose que ce que je peux entendre à Vilnius. Je m’enthousiasme, chez autrui, pour ce qui le différencie de moi, et plus la différence entre lui et moi est grande, plus son identité requiert mon attention. J’éprouve une nausée d’angoisse prospective en voyant le monde entier parcouru par des espèces de grandes gigues coiffées de casquette de joueurs de base-ball posés devant derrière. Je n’ai rien contre eux ; mais leur globalité me donne envie de fuir…  Montpellier, ce 7 décembre 1995 » Page 31 

 

« Les moyens de communication ayant logiquement pris le pas sur tout effort de vraie exigence vis à vis du contenu, le mot clef de la société humaine s’est trouvé fondé à partir de la racine signifiant « moyen », « médiocre », médium, utilisé de surcroît dans sa seule forme plurielle de média. Tout se met à ressembler partout à tout ; les vêtements, la cuisine, les divertissements, les mœurs, et bientôt la langue ; Le paradoxe est grand : c’est au moment où l’individualisme a atteint son plus haut degré d’expression que s’accomplit l’avènement de ce monde de vie standard. C’est donc chacun pour soi, mais tous pareillement. Montpellier ce 4 décembre 1995 » Page 30 

 

« …On ne me fera jamais croire que deux individus nés dans un même contexte socio-économico-culturel, mais dont l’un comblera son appétit cérébro-affectif en suivant les péripéties des jeux télévisés, tandis que l’autre prendra son plaisir dans le creusement perpétuel de son doute et de ses convictions sont égaux. C’est insulter ce qui a de grand dans tout individu que de laisser aller à prétendre le contraire. Quant à moi, je ne veux de mal à personne, et n’en ferai jamais que par inadvertance, en le regrettant ma vie durant ; mais je n’admettrai jamais qu’il puisse y avoir la même égalité spécifique entre cette masse inerte de pantins articulés et Frantz Schubert ou John Cowper Powys. Est-ce une affirmation réactionnaire ? C’est en  tout cas violemment anti-fasciste. Car le commencement du fascisme, c’est l’affirmation de l’égalité de tous devant la sottise et devant la lâcheté. Montpellier, ce 8 décembre 1995. » Page 32

  

 

 

 

 

 

                                

                                 

 

 

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