Voyager aussi dans une salle de lecture de la Médiathèque du Grand Narbonne !…

 

Revenant du jardin de la Révolution où j’avais déposé quelques livres dans la « boîte » réservée à cet effet, et passant devant la médiathèque, l’envie m’a pris d’aller feuilleter quelques journaux dans la salle réservée aux lecteurs de gazettes, hebdomadaires et revues de toutes sortes. J’y ai cédé sans doute aussi parce que je venais d’affronter un vent fort et glacial et que ladite salle, de très belles dimensions, est pourvue de sièges très confortables et que la lumière y abonde par de larges panneaux vitrés.

Ce matin, le silence était parfait. Seul un homme occupait tout l’espace. Il lisait ligne à ligne un des deux quotidiens locaux. J’ai remarqué qu’il tournait les pages de la droite vers la gauche. Quant à moi, je parcourais les pages littéraires de la presse nationale. Moins pour m’informer de l’actualité éditoriale, d’ailleurs, que pour le plaisir de lire quelques « signatures » dont j’apprécie les goûts et le style. Par souci disons thérapeutique, aussi. Les informations générales, les indignations et les bavardages sur les questions politiques du moment ont en effet le pouvoir néfaste d’aggraver des « remontées acides » que mon médecin tente, par un ultime traitement, de bloquer définitivement. J’étais bien, vraiment très bien dans ce silence ouaté. Et comme souvent, dans ce genre de circonstance, je pensais à la peine et à l’ennui de ceux qui d’aéroports, en avions et hôtels, courent après des bonheurs éphémères et lointains dont la réalité démentira l’œuvre de leur propre imagination. Je terminais la chronique de Christiane Rancé, dans la dernière page de « la Croix », quand je l’ai aperçu, assis là, tout au bord de son fauteuil, sur ma droite, ce jeune homme ultramarin aux longs cheveux tressés. Il fixait son smartphone qu’il avait placé devant lui sur un minuscule support en bois coloré de sa conception – le tout reposant sur une petite table ronde. Aucun son ne sortait de son « mobile » ! Sa concentration était extrême. Il tenait ses mains croisées. Où était-il en ces instants ? Quelles images regardait-il avec tant d’attention ? Un paysage, des parents, des couleurs, une enfance ? On projette toujours sur les autres ses propres désirs. Ou bien une banale et inutile vidéo ? L’hiver est bien là, désormais. On se réchauffe comme on peut. Christiane Rancé partirait bien à l’instant pour Florence, nous dit-elle dans son très beau texte. Pas moi ! Je n’avais pas aimé alors y séjournant, en décembre précisément, ses maisons et ses palais, lourds, massifs, froids. Florence est une ville dont les formes et l’architecture résument tous les pouvoirs. Sous un ciel d’acier et le froid, elle pèse sur les âmes et les corps. C’est l’été, dans sa lumière, en remontant par la basse ville et le long de l’Arno, loin des foules qui peuplent son centre, ses églises et ses palais, qu’elle peut se laisser prendre, se faire aimer ; dans la contemplation de la Vénus de Botticelli, aussi, comme nous y invite Christiane Rancé ; tant il est vrai en effet qu’on ne voyage pleinement qu’en imagination…

Illustration : Figure allégorique dite La Belle Simonetta, vers 1485, tempera et huile sur bois de peuplier, Francfort-sur-le-Main, Städel Muséum. En ce moment, exposée au musée Jacquemart André.

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