Contre-Regards

par Michel SANTO

Narbonne ! Le sort en est jeté, vraiment, pour Jean-Paul César ?

 

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C’était un 11 janvier 49 avant JC que César, Jules, franchissait le Rubicon*. Jean-Paul, lui, qui de César ne porte que le nom, n’aura pas à faire ce long détour géographique, pour passer de l’Office de Tourisme de Fleury, qu’il dirigeait, à l’Établissement Public Intercommunautaire qui, depuis le 1 janvier de cette année, va gérer la compétence « Tourisme » des neuf offices et syndicats des communes membres du Grand Narbonne, à l’exception de celles de Gruissan, Narbonne et Leucate.

Il devrait occuper les fonctions d’adjoint au directeur de cet établissement communautaire. Mais ses mandats politiques, adjoint au maire de Narbonne et conseiller communautaire du Grand Narbonne semblent poser un problème d’incompatibilité avec ses nouvelles fonctions. C’est du moins ce qu’affirme Didier Codorniou son nouveau Président-patron, qui, sur la foi d’une lettre du préfet de l’Aude, considère que non seulement César devrait démissionner de son mandat de conseiller communautaire, ce qui est certain, mais qu’il devrait aussi abandonner celui de conseiller municipal et d’adjoint au maire de Narbonne. Une offre qui l’obligerait à sacrifier sa carrière politique, qui ne fait que commencer, ou son office professionnel, déjà bien avancé. Une situation Cornelienne pour l’intéressé. Embarrassante aussi pour les élus de la majorité et de l’opposition du Grand Narbonne, au point de les entendre tous, publiquement, regretter le sort ainsi fait à César ; mais voir les mêmes s’en réjouir plus tard dans le « secret » de conversations de couloir ou lors de papotages dînatoires. Sur le fond juridique de cette affaire, si je puis y mettre mon grain de sel, je ne suis pas toutefois  aussi sûr que le préfet et Didier Codorniou que le dit César soit obligé d’abandonner, en sus de  son mandat d’élu communautaire, qui lui ne fait aucun doute, celui d’adjoint au maire de Narbonne. Qu’un élu de la ville de Narbonne devienne salarié de l’Office intercommunautaire, soit « antinomique** » est en effet loin d’être avéré. Et pour cause, en application du code électoral –  comme celui du tourisme, je ne vais pas développer ici – monsieur César ne serait inéligible au conseil municipal de Narbonne que dans le cas où la Commune de Narbonne serait du ressort de l’établissement public du Grand Narbonne qui va devoir gérer la compétence « tourisme » . Or, le Conseil Communautaire du Grand Narbonne a défini le périmètre des compétences de ce nouvel établissement public à caractère industriel et commercial  à l’ensemble des communes du Grand Narbonne, hormis, précisément, les communes classées de Narbonne, Leucate et Gruissan qui disposeront de leurs propres offices de tourisme et donc de toutes leurs compétences. Bref, la chute politique annoncée de César n’est pas du tout certaine comme d’aucuns le prétendent. La pièce est en effet loin d’être jouée pour les Brutus de toute obédience…

*  Selon les historiens Plutarque, Suétone et Appien, ces paroles « le sort en est jeté », que je reprends dans le titre de ce billet, furent prononcées ce jour là, et dans cette circonstance, par Jules César.

** Ce dernier terme énoncé par le représentant de l’État n’est pas une catégorie juridiquement identifiée.

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Commentaires (8)

  • MARTINEZ

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    Bonne année Michel et merci de m’avoir éclairé de cet évènement d’une importance capitale comme l’inoubliable partie de carte dans la « Trilogie » de Pagnol. César tu me fends le coeur !

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  • Coumel

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    Je sais bien que nous sommes dans le midi et qu’il n’est pas le seul dans cette belle région, mais la simple déontologie devrait empêcher ce monsieur d’être ainsi juge et partie de politiques publiques qu’il va devoir gérer et combattre ou dénoncer ou soutenir par ses votes.
    Enfin !

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  • Seguin Dominique

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    Sur le plan strictement juridique, vous n’avez pas tort , mais c’est deontologiquement condamnable et malheureusement fort répandu !

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    • Michel Santo

      Michel Santo

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      J’ajoute deux autres exemples sur ce même territoire. Le premier est celui d’un maire et conseiller communautaire du Grand Narbonne, nommé PDG salarié de la société d’économie mixte de cette même communauté d’agglomération. Le second, celui d’un maire et vice président du Grand Narbonne, directeur aussi du syndicat mixte gérant le parc naturel régional de la Narbonnaise… Rien en droit de contestable devant les tribunaux administratifs, mais de quoi s’interroger sur le plan déontologique et éthique, en effet !

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  • Robert

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    Bonsoir,
    J’ai eu l’occasion de lire un autre article ou vous voliez au secours de Monsieur César (exemplarité de ce Monsieur plutôt violent) Ce personnage ne prend pas autant de gant quand il s’agit de desinguer un individu, un projet ou une association. La déontologie et lui ça fait 2. Conclusion, votre plume ne sert pas toujours les intérêts de la raison (il y en a t’il en politique?) ni de l’éthique (même constat) puisquelle se met au service d’un personnage qui en manque cruellement.

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    • Michel Santo

      Michel Santo

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      Bonjour ! Tout d’abord vous dire que si ma plume, comme vous dites, était au service de quiconque cela se saurait dans ce petit coin de France, notamment. Dans ce cas précis, à rebours de ce que j’entends ou lis (c’est le sens de mes contre-regards), je me fonde sur une analyse strictement juridique pour avancer l’idée que JP César, pour rester salarié de l’EPIC en charge du Tourisme de compétence Agglo devra démissionner de son mandat d’élu communautaire, mais devrait pouvoir conserver celui d’adjoint au maire de Narbonne. Ce qui n’est pas évidemment déontologiquement satisfaisant, loin de là (voir le commentaire de Dominique Seguin et mes réponses), mais assez banal dans ce monde des collectivités locales, hélas… Sur un plan politique, ensuite, mes billets sur de nombreux aspects de la pratique municipale du maire de Narbonne et de sa majorité à laquelle appartient monsieur César témoignent suffisamment de ce que je peux en penser pour ne pas répondre au procès que vous me faites de ne point servir, en l’occurence, la raison et l’éthique. Je note de surcroît, toujours dans cette affaire, que politiquement et paradoxalement, c’est le schéma proposé par Monsieur Codorniou qui pourrait sauver JP César d’une démission obligée de son mandat d’adjoint ( voir le croquis du jour de Denis Carrière!)…

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  • avé

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    qu’on le veuille ou nom, Mr César va vite revenir d’ou il ce dit « venir » de la Rue…. MDR
    C’est pas avec les points et la force que l’on gagne en politique, et ca il a du mal a le comprendre le bougre… De plus il s’entoure de colabo en qui il donne toute la confiance, mais quel idiot…. ils vont le manger

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