Contre-Regards

par Michel SANTO

Un vin chilien partenaire officiel du Tour de France: les vignerons audois en colère. Mais pourquoi?

tdf_currentlogo

Depuis 2015, la cuvée Bicicleta du groupe chilien Cono Sur a été choisie par Amaury Sport Organisationl’organisateur de la Grande boucle– et ce jusqu’en 2017 comme le vin officiel pour figurer sur les étapes du Tour lorsque celui-ci fait étape à l’étranger –parce que la loi Evin empêche de le faire en France-. Cette année le vin chilien pourra donc faire sa promotion en Suisse, Andorre et en Espagne. Et non sur les routes de France, comme le laisse entendre Frédéric Rouanet, le président du syndicat départemental des vignerons de l’Aude, dans un cinglant communiqué de presse:

« C’est avec une profonde stupéfaction et une grande déception que nous avons appris que le vin officiel du Tour de France jusqu’en 2017 est Chilien. Cette situation est intolérable, d’autant plus que la retransmission mondiale du Tour de France assure une promotion inédite de notre pays à travers le monde, en constituant une véritable vitrine de notre patrimoine culturel et économique. Face à cette humiliation, nous avons étudié avec précision la carte des étapes du Tour de France 2016 et nous bloquerons celui-ci sur tout le territoire français à des points stratégiques. Nous appelons les autres régions productrices de vin à rejoindre notre mouvement. »

Non seulement les vins chiliens ne seront pas promus dans la caravane du Tour de France lorsqu’elle traversera nos vignobles audois et d’ailleurs, mais ce patrimoine cher à Frédéric Rouanet sera, comme chaque année, filmé et vue du ciel, par des millions de téléspectateurs. Une promotion gratuite de notre merveilleux patrimoine et de l’apport des viticulteurs, notamment, à son entretien, son embellissement…

J’ajoute que personne n’a interdit aux « vignerons » français de négocier un contrat de sponsoring pour être partenaire officiel du Tour de France. Il est vrai que cela représente un investissement d’environ 1,5 millions d’euros. La seule question qui est donc posée est celle de savoir pourquoi aucun  opérateur français n’a cru bon de présenter une offre de partenariat à la société organisatrice du Tour.  J’ai beau tourner dans tous les sens le communiqué de monsieur Rouanet, je n’en comprends ni les arguments ni la cible et encore moins son appel à bloquer certaines étapes du Tour (une contre publicité pour nos vins et nos vignobles…)

201602231963-full

Frédéric Rouanet président des vignerons audois/Photo DDM

Sur un plan plus anecdotique, je note que sur l’étiquette de la cuvée Bicicleta du groupe Cono figure une bicyclette rouge, qui n’est pas sans me rappeler la campagne de communication lancée par le groupe californien Gallo, premier producteur mondial de vins, qui s’était mis en tête de lancer un cru français à l’assaut des gondoles américaines. Ce groupe s’approvisionnait dans l’Aude, justement, où il avait signé un accord avec la cave des Sieurs d’Arques à Limoux. Ce vin rouge, vendu 10 dollars la bouteille, portait l’étiquette « Red Bicyclette » : on y voyait un cycliste coiffé d’un béret, portant une baguette de pain… Le vieux cliché du Français vu de l’étranger. Mais une opération qui, elle, s’est terminée devant les tribunaux… En effet, chaque année, de grandes quantités de vin de pays d’Oc, rebaptisés Pinot, étaient vendues en vrac par les caves au négociant Ducasse, puis par l’intermédiaire du metteur en marché elles parvenaient au négociant américain Gallo, qui les commercialisées sous son étiquette « red bicyclette » Pinot noir. Et ce alors que les quantités dépassaient largement la production de vrai pinot du Languedoc-Roussillon, qui ne s’élevait à l’époque qu’à quelque 50.000 hectolitres/an…


Photo: Frédéric Rouanet, source La Dépêche (ici)

Mots-clefs : , , , , , ,

Rétrolien depuis votre site.

Désormais, 3 façons de réagir !

Commentaires (1)

  • Alphonse MARTINEZ

    |

    Absolument d’accord avec vous Michel ,j’ajouterais que si cette action publicitaire est dommageable pour nos agriculteurs elle est sans doute profitable pour les Chiliens qui ont compris que les clients il faut aller les chercher. La guerre économique n’est pas une vue de l’esprit, ça existe , en tous cas au delà des frontières de l’Aude ,même nos politiques n’ont pas compris cela . J’ai déjà écrit, en citant de nombreux exemples , que nos élus ne savent qu’acheter et n’ont pas encore trouvé le bon coté du levier pour promouvoir les entreprises régionales ,y compris notre énorme potentiel viticole. Alors si les viticulteurs ne se bougent pas ,qui va les aider ?

    Reply

Laisser un commentaire

Articles récents

Alzonne ! Dans ce petit village de l'Aude, un "fait divers" bouleversant…

Alzonne ! Dans ce petit village de l'Aude, un "fait divers" bouleversant…

      Alzonne ! Dans ce petit, paisible et discret village du département de l’Aude, une mère de famille nombreuse (35 ans !) a été homicidé. Son conjoint, présumé innoce[Lire la suite]
Il s’agit de se mouvoir dignement dans un monde incertain !

Il s’agit de se mouvoir dignement dans un monde incertain !

Sylvain Tesson est écrivain et voyageur. De l’Himalaya aux steppes d’Asie centrale, de la Sibérie aux grands espaces mongols, il a parcouru le monde. Cet été, il nous embarque sur Fran[Lire la suite]
Élection d'Alain Perea à l'Assemblée Nationale et ses conséquences au Grand Narbonne, et ailleurs !

Élection d'Alain Perea à l'Assemblée Nationale et ses conséquences au Grand Narbonne, et ailleurs !

  Alain Perea, élu député, libère donc ses mandats de maire de Villedaigne et de Vice-Président du Grand Narbonne. Question ! quelle sera la proposition que présentera Jacques Bascou au [Lire la suite]