
JusquâĂ peu, jâignorais jusquâĂ lâexistence du chanteur Amir.
Câest lâannulation de lâun de ses concerts Ă Marseille, sous la pression de militants pro-palestiniens, qui mâa conduit Ă mâintĂ©resser Ă son cas. Je cherchais les faits graves qui pouvaient justifier une telle campagne.
Je nâai rien trouvĂ©.
Sinon quâAmir possĂšde la double nationalitĂ© française et israĂ©lienne. Quâil est nĂ© Ă Paris, y a passĂ© une partie de son enfance, avant de vivre en IsraĂ«l puis de revenir en France pour y construire sa carriĂšre artistique.
VoilĂ son crime.
Et voilĂ quâAmir est annoncĂ© Ă Barques en ScĂšne, dans ma ville.
Jâhabite le centre de Narbonne. Je serai aux premiĂšres loges.
Câest dire si les appels Ă son interdiction, pĂ©titions, appels au boycott et indignations militantes, ne me laissent pas indiffĂ©rent.
Heureusement, la municipalité a tenu bon.
Le maire, Bertrand Malquier, a répondu sans détour : « Une poignée de militants autoproclamés bien-pensants ne fera pas la loi à Narbonne. »
Il a raison.
Car cĂ©der serait accepter un principe redoutable : juger les artistes non sur leur Ćuvre, mais sur leur origine, leur nationalitĂ© ou leur identitĂ©. Ce serait assigner les crĂ©ateurs Ă rĂ©sidence et soumettre la culture au contrĂŽle des procureurs idĂ©ologiques.
Cette dérive ne tombe pas du ciel.
Depuis des mois, les intimidations se multiplient. Ă Grenoble, la DJ Barbara Butch a vu lâune de ses prestations interrompue dans un climat de haine et de menaces. Ailleurs, des spectacles sont contestĂ©s, des expositions attaquĂ©es, des artistes sommĂ©s de se justifier.
Toujours au nom dâune cause supĂ©rieure.
Toujours au nom du Bien.
Vouloir interdire un chanteur Ă cause de ce quâil est plutĂŽt que de ce quâil fait, câest piĂ©tiner lâidĂ©e mĂȘme de tolĂ©rance.
à Narbonne, la scÚne restera un espace de liberté.
Câest une bonne nouvelle.
Laissons la musique Ă ceux qui lâĂ©coutent.
Et les procĂšs dâintention Ă ceux qui ne savent plus Ă©couter.