La Collectivité européenne d’Alsace a décidé de rebaptiser l’ancien collège François-Villon de Mulhouse. Il porte désormais le nom d’Alice Milliat, pionnière du sport féminin.
L’hommage est légitime. Les motifs du débaptême le sont moins.
Selon les élus, François Villon ne constituerait pas un modèle pour les élèves. Il faut reconnaître que le plus grand poète français du XVe siècle avait quelques défauts : bagarres, vols, prison, condamnations. Son œuvre poserait également problème. Écrite dans une langue ancienne, elle serait devenue difficile à comprendre.
Voilà qui est instructif.
On croyait qu’un collège avait précisément pour mission de faire découvrir ce qui est difficile : une langue éloignée de la nôtre, une pensée étrangère à notre temps, des auteurs dont la vie ne ressemble pas à un manuel de bonnes manières.
Manifestement, les temps changent.
Après avoir simplifié les programmes,
voici venu le temps de simplifier les écrivains.
La logique ouvre d’ailleurs de vastes perspectives.
Verlaine a tiré sur Rimbaud.
Baudelaire fréquentait les paradis artificiels.
Céline était antisémite.
Rousseau abandonna ses enfants.
La littérature risque de manquer bientôt de plaques de rue.
Villon aurait sans doute souri. Lui qui fréquenta les tavernes, les ruelles sombres et les prisons découvre, plus de cinq siècles après sa mort, qu’il n’est finalement plus assez fréquentable pour donner son nom à un collège.