Contre-Regards

par Michel SANTO

Les grandes manoeuvres sont engagées sur le flanc gauche de LREM…

   

Dans le Midi Libre de ce jour, Bernard Cazeneuve, l’ancien Premier ministre de François Hollande, dit notamment ceci  : « La gauche a elle aussi été rongée par l’égotisme. Elle souffre plus que d’autres courants de pensées de la perte de sens de l’action collective, de ce solipsisme radical qui semble s’être emparé des appareils. Elle doit par ailleurs sortir des postures déconnectées des réalités de notre époque, qui la conduisent trop souvent à se parler à elle-même. Il faut en France un puissant courant social-écologiste, européen et humaniste, qui incarne à la fois la justice sociale, une ambition pour la planète et une préoccupation de l’efficacité économique.

Élections européennes ! Pour moi, dimanche, qu’y puis-je, ce sera donc un vote nécessairement utile…

 

     

À quelques jour des élections européennes la situation est désormais claire : l’objectif visé par les partis nationaux est moins de présenter un programme crédible  dans un cadre correspondant aux compétences de l’Union et aux pouvoirs de son Parlement, que de « continuer » l’élection présidentielle dernière par d’autres moyens électoraux  pour préparer la suivante. Ce qui les conduit à s’affranchir cyniquement du principe de réalité bruxellois et à faire de la surenchère programmatique tous azimuts.  Dans la protection de l’environnement, le social, la remise en cause  des accords de libre-échange, l’espace Schengen ; comme dans contestation du rôle et des pouvoirs de la Commission européenne… , alors que le pouvoir réel dans ces domaines, le centre décisionnel effectif, est tenu par le Conseil Européen et la Commission.

Narbonne ! Une si belle place aussi grossièrement fardée !

     

C’était je ne sais plus quel jour de la semaine passée où un froid soleil magnifiait la place de la Voie Domitienne. Un couple dont la langue signalait une origine manifestement espagnole s’émerveillait à haute voix de son caractère italien et de sa minérale beauté. Leurs paroles, leurs « images », venaient naturellement  à moi qui les côtoyais tous deux, assis à la même terrasse. Rien dans cet espace ne venait troubler son unité formelle et symbolique. Il y régnait aussi une atmosphère féconde à la contemplation et à la rêverie.  Bref, la place était dans un état qui la faisait admirable, jusqu’à ce qu’apparaisse, un matin, une disgracieuse fontaine de pétunias posée sur un misérable tapis herbeux qui, depuis, la rend parfaitement ridicule. Ridicule et disgracieuse. Comment peut-on encore oser une telle esthétique de jardin pavillonnaire, bêtasse et vulgaire, au coeur patrimonial et historique de notre cité ; faire subir cette offense à cet emblématique lieu ? Nue, cette place ne demande qu’une chose : le rester. Son élégance, sa mesure, sa simplicité suffisent à son éclat. Que l’on ôte donc vite ce grossier apprêt qui attente à sa dignité et blesse la nôtre à la voir aussi vilainement fardée…

Ce matin là, dans le cadre de ma fenêtre, très haut dans un ciel couleur d’acier…

 

 

 

Ce matin là, dans le cadre de ma fenêtre, très haut dans un ciel couleur d’acier, des martinets  signaient de noires arabesques. Plus bas, des hirondelles virevoltaient jusqu’au ras des toits, tandis qu’une tourterelle  plongeait dans le feuillage d’un arbre à l’odeur lilas. Il tombait une pluie fine qui courbait la cîme du cyprès où niche un couple de verdets. La ville était encore plus silencieuse qu’à son habitude, à cette heure et ce jour là. Sur mon bureau étaient une grande tasse de café et un petit livre de Régis Debray : « Un été avec Paul Valéry », ouvert à la page 124. « Que serions nous sans le secours de ce qui n’existe pas ? Peu de choses, et nos esprits bien inoccupés languirraient si les fables, les méprises, les abstractions, les croyances et les monstres, les hypothèses et les prétendus problèmes de la métaphysique ne peuplaient d’êtres et d’images sans objets nos profondeurs et nos ténèbres naturelles. » Rien ne résiste en effet à qui fait preuve d’une intransigeante lucidité sinon cette part de  nous-même qui s’accorde au réel pour le sublimer… 

 

 

 

Mais qui parle enfin d’Europe !

 

   

Finalement l’Europe n’est pas le sujet de cette campagne électorale. Partis et Médias rejouent vainement la présidentielle. Et la seule question posée est qui de Macron ou de Le Pen arrivera en tête. Ou plutôt aura gagné : ce qui est absurde ! Comme si le quinquennat ne durait que deux ans ! Ce pays aura donc encore une fois raté l’occasion d’ouvrir sérieusement ses frontières mentales pour mieux penser son rapport aux autres États européens. Demain, tout le monde attend, espère, impatiemment, la dernière bêtise d’une tête de liste ou d’un obscur suiveur pour lancer la machine à vendanger de l’audience. Il nous faut donc tenir 10 jours. Après, on pourra peut-être enfin parler d’Europe, de nous… Ce dont je doute !

PS : En attendant le 27 mai, lire le petit ouvrage de Laurent Gaudé, chez Actes Sud (en illustration de ce texte) : « Ce que nous partageons/C’est d’avoir traversé le feu,/D’avoir été, chacun,/Bourreau et victime,/Jeunesse bâillonnée et mains couvertes de sang. ». Avec ses vers libres, l’écrivain retrace l’histoire bouillonnante du continent et de ses peuples et dégage un héritage commun que nous semblont avoir oublié.

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