Le grand bleu à Narbonne!

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Les F.R.A.C ont été créés par Jack Lang pour soutenir le  » marché de l’art contemporain  » . J’ai vu naître celui de la Région Languedoc-Roussillon. Quelques achats de toiles  et  installations à des artistes déjà passablement reconnus ( on se demande encore pourquoi un Pierre Soulages, qui l’était déjà grandement, figure dans ce catalogue! ) puis très rapidement du grand n’importe quoi. Un immense bazar où s’expose, comme le dit si bien Olivier Cena,   » le blanc souci du rien «  . Aujourd’hui, le problème posé est celui du stockage de ces 1200  oeuvres ! réalisées par 425  artistes !!! Des millions d’Euros d’impôts stérilisés. A multiplier par 22 régions! Une gabegie  » progressiste  » que seule la France s’offre encore . A Narbonne, cet été, pour faire moderne  et soulager la bonne conscience de nos élus soucieux de  culture , on a sorti quelques  » machins « ,  présentés par un nommé Latreille – ça ne s’invente pas! – dans un pathos à la mode vide de sens, sur le thème: du grand bleu. Un gros bluff et un grand  » Plouff! « . En témoigne le livre d’or, si on peut dire, où des visiteurs en colère ont consignés leur exaspération devant tant d’arrogance et de coupable légèreté quant à l’usage fait de leurs impôts. Comme cette dame, le nez collé au mur, j’ai pourtant, et désespérément, cherché le sens de cet invraisemblable déballage. Pour n’y  trouver que le signe de l’ omniprésente bêtise de nos commissaires politiques de la culture et le triomphe d’un relativisme esthétique qui marque la fin de l’art tout court…  

Refuser la pénombre de la Caverne.

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Après les réflexions d’après Banquet du Livre 2012 de Jacques Raynal, je ne pouvais pas ne pas rappeler ici la figure de Gérard Bobillier, fondateur des éditions Verdier et du Banquet de Lagrasse, décédé en octobre 2009. Je ne le peux d’autant moins que, ce dimanche matin, Victor Malka recevait sur France Culture, dans sa Maison d’Etudes, René Lévy , directeur, chez Verdier, de la collection: les 10 Paroles. C’est de Maimonide et de la réédition du Guide des Egarés dont il fut question. Magnifique conversation, au sens philosophique du terme, et claire introduction à la pensée de ce grand penseur juif marqué par Aristote. Il est des hasards nécessaires!…

Je ne connaissais de Gérard Bobillier que son itinéraire politico- philosophique qui le fit passer du maoïsme militant à l’édition du Zohar, mais ma bibliothèque est cependant pleine de ses livres. Quand Gil Jouanard et Anne Potié, des amis chers, dirigeaient le Centre Régional des Lettres de Montpellier, je me rendais en effet régulièrement dans leurs locaux pour me plonger dans les cartons remplis des nouvelles éditions que leur adressait fidèlement Gérard Bobillier.J’y passais des heures à feuilleter et  lire, seul, dans cette grande pièce à l’odeur prégnante de papier des auteurs découverts en ces occasions comme Bergougnioux, Michon, Delibes, Llamazares; et Erri de Luca , à présent édité chez Gallimard, que je ne quitte plus depuis. Cet écrivain désormais reconnu, après des années de prison, s’était fait maçon pour gagner sa vie. Un maçon qui, tout au long de ces années de vie d’ouvrier, et depuis, feuillete « les Saintes Ecritures et leur hébreu ancien une heure avant de partir au travail. » (Première heure. Rivages poche page 7) «  en homme qui ne croit pas », sans être pour autant athée… Une plongée dans cet univers textuel pour y constater que le métier de maçon est un titre honorifique, comme le prouve le prophète Isaïe lorsqu’il écrit à propos d’un homme juste : « Et je t’appellerai maçon de brèche, celui qui répare les chemins pour vivre. (Is 58,2) » (Page 18). Gérard Bobillier était lui aussi du métier, si je puis dire. Il lui en a fallu à lui aussi du courage et de l’obstination pour construire, au cœur des Corbières, loin des bavardages mondains et médiatiques, une «  Maison » qui «  refusait obstinément – et quoi qu’il lui en coûtât – la pénombre de la Caverne et le jeu des apparences trompeuses… pour s’approcher de la lumière des idées.» N’est ce pas Jacques?

Les mots ne sont jamais que des mots…

 

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Un peu de poésie ce matin: celle de Jaccottet!

 

« Qu’ils disent légèreté ou qu’ils disent douleur, les mots ne sont jamais que des mots. Faciles. »… « Néanmoins, même si les mots n’empêchent pas la mort qui me désarçonne et qui m’interdirait dès maintenant de vivre si j’acceptais sa fascination, j’ai le sentiment confus qu’il faut dépasser cette oppo­sition entre mots et choses, surmonter cette mau­vaise conscience et ce dégoût. Faute de quoi, d’ail­leurs, je lâcherais la plume une bonne fois. Si, tant bien que mal, ici, elle poursuit son travail, c’est conduite, plus que par ma main, par cette intuition d’un sens, ce très faible reste d’espoir. Par exemple, je ne puis m’empêcher d’éprouver que certains mots, dans des circonstances données, semblent plus «vrais» que d’autres, que je ne peux absolument pas en user indifféremment; je m’entête à les cher­cher, bien que je sois incapable de m’expliquer comment il se fait qu’un tel choix soit possible, et paraisse légitime. »

 

Philippe Jaccottet : «  A travers un verger »

 

Infinie bêtise !

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Vent violent, ciel clair et température basse. Il fait froid ! Les visages sont fermés et « fripés ». Un temps à courir chez sa boulangère, pour filer ensuite dans une brasserie. Au chaud ! Y lire son journal, observer son voisin et se laisser envelopper par un fond de paroles brouillées propre au lieu, qu’une odeur de café crème leste d’une délicate pointe de suavité. Chaude et bienheureuse bêtise… Plus tard, France Culture : «  le journal de la philosophie ». François Noudelmann reçoit Claude Coste pour son ouvrage « Bêtise de Barthes » paru chez Klincksieck, 2011. Son hypothèse : la bêtise et le stéréotype sont liés. Comme chez Flaubert ( son dictionnaire des idées  reçues ). Et personne n’y échappe. Barthes comme nous tous. Le Moi, suprême bêtise, est une illusion, et seule la littérature, l’écriture : la fragmentée, peut nous permettre d’en sortir. Peut-être ! Exemple de bêtise : celle du politique. Du militant, plus précisément, qui ne pense jamais par lui-même. Par nature, si je puis dire…

La force de l’hypocrisie sociale.

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Mes pages: 

Toujours! quotidiennement, et toujours avec le même étonnement et le même plaisir, ce cher Gustave.

* Correspondance, 4e série. 1854-1861 (French Edition) (Gustave Flaubert)- Surlignement Emplac. 2229-30 

 » Quelle force que l’hypocrisie sociale ! Par le temps qui court, tout portrait devient une satire et l’histoire est une accusation. »

* Correspondance, 4e série. 1854-1861 (French Edition) (Gustave Flaubert) – Surlignement Emplac. 2305-10  

  » Vous ne vous imaginez pas les infamies qui règnent et ce qu’est maintenant la petite presse. Tout cela du reste est fort légitime, car le public se trouve à la hauteur de toutes les canailleries dont on le régale. Mais ce qui m’attriste profondément, c’est la bêtise générale. L’Océan n’est pas plus profond ni plus large. Il faut avoir une fière santé morale, je vous assure, pour vivre à Paris, maintenant. Qu’importe, après tout  ! Il faut fermer sa porte et ses fenêtres, se ratatiner sur soi, comme un hérisson, allumer dans sa cheminée un large feu, puisqu’il fait froid, évoquer dans son coeur une grande idée (souvenir ou rêve) et remercier Dieu quand elle arrive. »

* Correspondance, 4e série. 1854-1861 (French Edition) (Gustave Flaubert) – Surlignement Emplac. 2312-13  

 » On dit que le présent est trop rapide.   Je trouve, moi, que c’est le passé qui nous dévore. « 

 

 

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