Le grand bleu à Narbonne!

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Les F.R.A.C ont été créés par Jack Lang pour soutenir le  » marché de l’art contemporain  » . J’ai vu naître celui de la Région Languedoc-Roussillon. Quelques achats de toiles  et  installations à des artistes déjà passablement reconnus ( on se demande encore pourquoi un Pierre Soulages, qui l’était déjà grandement, figure dans ce catalogue! ) puis très rapidement du grand n’importe quoi. Un immense bazar où s’expose, comme le dit si bien Olivier Cena,   » le blanc souci du rien «  . Aujourd’hui, le problème posé est celui du stockage de ces 1200  oeuvres ! réalisées par 425  artistes !!! Des millions d’Euros d’impôts stérilisés. A multiplier par 22 régions! Une gabegie  » progressiste  » que seule la France s’offre encore . A Narbonne, cet été, pour faire moderne  et soulager la bonne conscience de nos élus soucieux de  culture , on a sorti quelques  » machins « ,  présentés par un nommé Latreille – ça ne s’invente pas! – dans un pathos à la mode vide de sens, sur le thème: du grand bleu. Un gros bluff et un grand  » Plouff! « . En témoigne le livre d’or, si on peut dire, où des visiteurs en colère ont consignés leur exaspération devant tant d’arrogance et de coupable légèreté quant à l’usage fait de leurs impôts. Comme cette dame, le nez collé au mur, j’ai pourtant, et désespérément, cherché le sens de cet invraisemblable déballage. Pour n’y  trouver que le signe de l’ omniprésente bêtise de nos commissaires politiques de la culture et le triomphe d’un relativisme esthétique qui marque la fin de l’art tout court…  

Chronique du Comté de Narbonne.

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Hier enfin de tes nouvelles, mon oncle. Je connais la lenteur des malles- postes en ces temps où le Royaume grelotte sur les côtes normandes     et étouffe sur les plages languedociennes, mais j’étais loin de penser qu’il eût fallu 21 jours à l’administration des postes pour que j’apprenne ton arrivée prochaine dans notre cher Comté. Le rythme estival de François de Gouda, qui s’en revient du fort de Péperçon où il s’est  reposé trois semaines de trois mois à peine de ces premiers travaux royaux, deviendrait-il la règle dans le fonctionnement des services publics ? Je remarque incidemment qu’il n’est pas une  seule profession dans ce royaume où le nombre de jours de repos payés soit égal à ceux qui furent travaillés. Pour l’apôtre de la normalitude dans l’exercice du pouvoir, tu conviendras, mon oncle, que notre jeune Roi à de sérieux progrès à faire. Il est vrai, à sa décharge, que sa vie professionnelle fut anormalement courte et que la haute fonction publique dans laquelle il exerçât s’exonère de biens des contraintes du monde des entreprises. Intuitivement, j’ai le sentiment, mon oncle que cette façon d’être et de faire est en train de sérieusement énerver bon nombre de ses sujets : ceux là mêmes qu’excitait pourtant le comportement enlevé et baroque de son prédécesseur. Et je fais le pari que, dans peu de temps, la comparaison des tempéraments et des actions va bénéficier à ce dernier. La côte de Manolo Valsez, qui vient de procéder à l’évacuation musclée d’un camp de nomades roumains en utilisant des méthodes mises au point par l’ex-ministre Gaiement me semble le justifier. Tu auras aussi noté que les gazettes ne trouvent plus rien, ou presque, à redire à ce qui fut considéré du temps de feu Tarkoly comme proprement criminel. Ainsi vont les affaires du monde, mon oncle, quand le parti rosien les gouverne : il n’est  de vilenies qu’à droite, les mensonges et l’indignité, à gauche, n’étant que pour le bien de l’humanité. Combien de temps encore règnera dans les esprits d’une large partie de l’opinion cette présomption d’innocence? Espérons que les cinq ans qui viennent se chargeront d’en faire éclater l’arrogante mystification. Dans le Comté, c’est en partie fait depuis que le sieur Labatout a décidé d’armer sa police, de multiplier les lunettes de surveillance, et de mettre à pied un de ses employés qu’il soupçonne de « tauper » pour les gazettes locales. Le Tirelire s’en émoie et tous les nouvellistes du Royaume se font l’écho de cette tentative de museler la presse qui, chez nombre de beaux esprits, ne pouvait germer que dans les consciences d’un parti bleu, évidemment ! Et d’avancer des raisons pour la justifier que nos rosiens contestent dans leur principe même à leurs adversaires. Que je dise aussi, mon oncle, que ton ami,  l’ex-journaliste Patrick de la Natte, dans le passé si sourcilleux sur la liberté d’informer, n’a pas encore démissionné de sa charge de propagandiste en chef que lui a confié tantôt en grandes pompes le Comte de Labatout. Ne lui reste plus désormais qu’à couper sa petite queue de cheval pour symboliquement entrer dans une normalité répressive qu’il présentait jadis du temps du sieur Lemonyais, qui ne fit jamais rien de la sorte, comme une démoniaque pathologie. Exemple contemporain et comtal d’une éternelle loi qui fait de la transgression d’une norme une vertu dans l’opposition à tout pouvoir et un vice pour ceux qui l’exercent.

Demain commence le « Festival Charles Trenet », mon oncle ! Je ne t’en dirai mots ce soir, il se fait tard. Quelques paroles seulement d’une de ses amusantes chansonnettes pour terminer cette lettre et te souhaiter le bonjour quand elles te viendront aux lèvres sur un air que tu connais bien : «  Que s’est-il donc passé depuis l’an dernier ? Vous m’aviez vu bien habillé Et d’puis c’temps-là, si je n’suis plus aussi chic, C’est qu’voyez-vous, il y a un hic…  

 

 

 

Refuser la pénombre de la Caverne.

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Après les réflexions d’après Banquet du Livre 2012 de Jacques Raynal, je ne pouvais pas ne pas rappeler ici la figure de Gérard Bobillier, fondateur des éditions Verdier et du Banquet de Lagrasse, décédé en octobre 2009. Je ne le peux d’autant moins que, ce dimanche matin, Victor Malka recevait sur France Culture, dans sa Maison d’Etudes, René Lévy , directeur, chez Verdier, de la collection: les 10 Paroles. C’est de Maimonide et de la réédition du Guide des Egarés dont il fut question. Magnifique conversation, au sens philosophique du terme, et claire introduction à la pensée de ce grand penseur juif marqué par Aristote. Il est des hasards nécessaires!…

Je ne connaissais de Gérard Bobillier que son itinéraire politico- philosophique qui le fit passer du maoïsme militant à l’édition du Zohar, mais ma bibliothèque est cependant pleine de ses livres. Quand Gil Jouanard et Anne Potié, des amis chers, dirigeaient le Centre Régional des Lettres de Montpellier, je me rendais en effet régulièrement dans leurs locaux pour me plonger dans les cartons remplis des nouvelles éditions que leur adressait fidèlement Gérard Bobillier.J’y passais des heures à feuilleter et  lire, seul, dans cette grande pièce à l’odeur prégnante de papier des auteurs découverts en ces occasions comme Bergougnioux, Michon, Delibes, Llamazares; et Erri de Luca , à présent édité chez Gallimard, que je ne quitte plus depuis. Cet écrivain désormais reconnu, après des années de prison, s’était fait maçon pour gagner sa vie. Un maçon qui, tout au long de ces années de vie d’ouvrier, et depuis, feuillete « les Saintes Ecritures et leur hébreu ancien une heure avant de partir au travail. » (Première heure. Rivages poche page 7) «  en homme qui ne croit pas », sans être pour autant athée… Une plongée dans cet univers textuel pour y constater que le métier de maçon est un titre honorifique, comme le prouve le prophète Isaïe lorsqu’il écrit à propos d’un homme juste : « Et je t’appellerai maçon de brèche, celui qui répare les chemins pour vivre. (Is 58,2) » (Page 18). Gérard Bobillier était lui aussi du métier, si je puis dire. Il lui en a fallu à lui aussi du courage et de l’obstination pour construire, au cœur des Corbières, loin des bavardages mondains et médiatiques, une «  Maison » qui «  refusait obstinément – et quoi qu’il lui en coûtât – la pénombre de la Caverne et le jeu des apparences trompeuses… pour s’approcher de la lumière des idées.» N’est ce pas Jacques?

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