Contre-Regards

par Michel SANTO

Le carnet de campagne de Marin de Viry.

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« Le débat sur la dette de la Nation a une vertu générale : rappeler que les projets de société ont un coût. Quel beau projet de société fut le nôtre, en vérité, auquel nous nous devons d’entamer une période d’au moins dix ans de baisse du pouvoir d’achat, d’érosion du patrimoine privé et collectif, de probables épisodes de contraction de la production nationale, de crédit cher et difficilement accessible, de renforcement du prélèvement économique de l’État sur la moindre ressource privée, d’accélération de notre déclin relatif au niveau européen et mondial, et de gâchis des chances de la génération montante. Trouvez-vous que ce lien entre projet de société et dette soit discuté pendant cette pré-campagne ? Moi pas. Pourtant à titre personnel je fais un rapport assez clair entre d’une part mon capital emprunté ou possédé et d’autre part mon style de vie, mes anticipations, mes priorités. »

Rêver et comprendre…

       

Ce conseil de Chestov : «  intéressez-vous moins à ce qu’un écrivain dit qu’à ce qu’il aurait pu dire, à ce qu’il cache qu’à qu’il dévoile. » Que vous suivrez dès que vous entendrez  discourir un homme politique. Et que vous compléterez par cette remarque de GK Chesterton : « Tout homme politique est, au sens fort du terme, un homme politique qui promet. ». Ou celle que M. Yourcenar fait dire à Hadrien: « Les lieux communs nous encagent » .

 

Un navet !

   

 

L’euro menacé et l’Europe aussi. Les bourses qui plongent et les banques avec, notamment les françaises. La croissance ? en panne. Et la crise toujours et pour longtemps devant nous. Comme notre montagne de dettes accumulées depuis 30 ans que les Etats, dirigés par la gauche ou par la droite, devront un jour purger. Mais qui, pour l’heure, butent sur le bon équilibre à trouver entre réduction des dépenses publiques, augmentation des rentrées fiscales et soutien de la croissance. A l’inverse, le PS, lui, sait exactement ce qu’il faut faire. Très simple : changer le régime fiscal, réduire les déficits et… solution miracle : créer des euro-obligations. Que l’Allemagne d’Angela n’en veuille pas et la faute en revient à Nicolas ! CQFD ! C’est Pierre Moscovici qui le dit, sans rire : « Les socialistes sont capables de convaincre Mme Merkel là où Sarkozy a baissé pavillon » (Marianne du 20 août). Allez, faisons un peu de politique fiction. Imaginons Martine ou François aux manettes d’une République devenue enfin vertueuse et décidé(e) à faire plier l’intransigeante Angela Merkel. Pas besoin d’être sorti de Polytechnique pour prévoir la suite du film et en saisir tout son poids d’imposture. Un navet ! Un navet démagogique et ridicule.

Tout est si simple!

 

 

 

Tout est si simple ! Réduire les déficits publics et échapper à l’abaissement de notre triple A ? Il suffit de supprimer les niches fiscales ! Ouah, ouah ! Sauf que (sauve que !), les niches en question sont aussi nombreuses que les contribuables qui y résident. Tous étant d’accord pour la suppression de la niche du voisin. Les restaurateurs en ont une de plus de 3 milliards d’euros avec la TVA à 5,5 % et la supprimer les mettrait dans la rue. Il en est de même aujourd’hui avec la suppression demandée par l’Europe de la TVA réduite pour les centres équestres. D’autres, comme les fraudes aux prestations sociales, sont plus sournoises, et à voir le tollé suscité par toute proposition afin de les limiter, on imagine les réactions de la «  classe politique » en cette période pré électorale : « Touche pas à ma clientèle ! ». Reste la solution de les raboter petitement toutes selon le bon principe égalitarisme et républicain. Pas sur du tout que cela suffise ! Il est même à craindre que les agences de notations se fâchent dur. Ah ! J’oubliais le courage politique et le pari que nous pourrions prendre d’un sursaut de lucidité au service de l’intérêt général. Rêvons ! Un peu…

Contraindre la volonté politique.

   

 

 

 

Politiques et médias nous le rabâchent sans cesse : la crise des finances publiques de pays de la zone euro (Grèce, Portugal, Irlande, Espagne, Italie…), crise qui n’épargne pas la France, serait une fiction orchestrée par les agences de notation et les « marchés » ! C’est évidemment fort simple et conséquemment faux ! Comme si un thermomètre pouvait être à l’origine d’un accès de fièvre et les cotisants à la Sécu responsables de l’état clinique des français, par exemple. En réalité, si les détenteurs de capitaux : fonds souverains et établissements financiers et bancaires ne veulent plus de « papiers » émis par des Etats surendettés, ou alors au prix fort, c’est qu’ils doutent fortement de leurs capacités à les rembourser. Et on ne peut leur reprocher à la fois leur tiédeur (ils ne veulent prendre aucun risque) et leur irresponsabilité (ils ont prêté sans discernement), pour les présenter ensuite, face à l’opinion, comme les seuls responsables de budgets publics perclus de dettes depuis plus de trente ans par des gouvernements et des majorités de gauche comme de droite. Des responsables politiques qui, aujourd’hui, jouent la défausse pour n’avoir pas à rendre des comptes sur la démagogie de leurs engagements électoraux et des politiques mises en œuvre. Une démagogie de surcroît protégée par une impunité qui les absout de toute poursuite et de toute sanction même dans le cas de situation de quasi faillite comme en Grèce. Un pays, et d’autres demain, où le peuple paye au prix fort la gabegie de ses dirigeants pendant que ses derniers continuent de jouir de leurs privilèges. Il y a là quelque chose de scandaleux d’autant qu’on imagine aisément ce qu’il adviendrait d’un ménage ou d’une entreprise gérés de manière tout aussi irresponsable. Pour ces raisons, il est impératif que la volonté politique soit contrainte, et qu’elle le soit par la plus haute des normes juridiques : la Constitution, afin de l’obliger à l’équilibre budgétaire. Il en va de l’intérêt public et de la crédibilité de nos dirigeants…Comme de la simple morale !

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