9h 30 chez E… Je m’installe dans un coin de la salle, face au comptoir, et commande un café – la spécialité de la maison ! Seul à ma table, l’autre déserte, j’occupe toutce petit espace avec un léger sentiment de béatitude – à 8h 30, j’étais dans le fauteuil d’un dentiste ! Arrive un couple de « retraités ». Ils s’installent à ma droite. Lui sur la banquette, elle sur une chaise. Les effluves agressifs d’un parfum bon marché cassent aussitôt les goûteux arômes des graines ici torréfiées, plombent son apaisante ambiance.
« Lui », manifestement taiseux, se tait. « Elle », indubitablement bavarde, commente un journal: « Aujourd’hui en France » ! On dirait qu’elle parle dans unvieux micro déréglé. Les aigus montent et descendent sur un rythme syncopé. Un véritable supplice !
« Ils ont joué à huis clos. Tu as vu ? Ça veut dire quoi… La femme qui a misle feu. Tu as vu ? Ça veut dire quoi… Le petit-fils d’Alain Delon. Tu as vu ça ? C’estson fils… Il l’a eu à quel âge son fils Alain ? Tu as vu ça ?… La banque, elle bloque la carte…èèèhhh ! Tu as vu ?… C’est ça qu’ils sont allés voir… èèèhhh !… J’aime pas rester assise. Ça ne m’intéresse pas… èèèhhh ! C’est calme ici… Tu as vu ça ? èèèhhh ! »Lui : « Oui, c’est calme… »
Je sors à cet instant précis. Quel ciel ! Quelle beauté ! Les amandiers sont certainement en fleurs…
Tous les matins, je prends connaissance de la presse locale la peur au ventre. Tous les jours ou presque, elle m’informe, et m’effraie, sur les menaces que j’encours à vivre ici sous l’invisible faux d’une monstrueuse camarde.
Alain Perea, le député de la deuxième circonscription de l’Aude, a présenté ses vœux, hier, « devant un parterre confidentiel » d’élus et de représentants de divers « corps constitués ». Je n’y étais pas et ne peux donc me référer, pour en rendre compte, qu’à ce qu’en rapporte, ce matin, la journaliste invitée du quotidien régional l’Indépendant. Une observation d’Alain Perea a particulièrement retenu mon attention :
Une consistance délégation conduite par la vice-présidente de la Région Occitanie en charge de l’économie et de l’innovation, madame Nadia Pellefigue et le directeur d’Ad’Occ, sa filiale, monsieur Thomas Bascaules, s’est rendue à Las Vegas, au salon mondial (CES 2019) des jeunes entreprises innovantes. Dans cette délégation figuraient 28 entreprises régionales, desjournalistes, des élus et des agents de la collectivité régionale aussi !
Samedi matin, entre Halles et rue du Pont des Marchand. Le ciel est encore gris de hauts nuages. Un léger vent marin les pousse vers l’intérieur des terres. Au-dessus de ma tête, des goélands tournoient en altitude. Ils crient, raillent – pleurent ? On dirait des vautours réclamant leur pitance. Et l’image de l’un de cette espèce, lors d’une de mes balades sur l’ancien chemin de halage bordant la Robine, à peu près au même endroit, fondant sur une bergeronnette pour la massacrer à coups de bec redoublés, féroces, s’impose brutalement à mon esprit. Plus tard, revenant sur mes pas, elle gisait là, au même endroit, le reste de ses entrailles exposées au soleil…
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