Moments de vie. Un été, deux belles rencontres…

       

Ma.16.8.2022

Moments de vie.

Ce soir-là, il était 19 heures, environ. Nous étions seuls, assis côte à côte, sur une plage enfin déserte. La mer s’étendait au loin, immense et agitée au-dessus d’abîmes sans clarté. Une image insaisissable de la vie sous un ciel infini et serein. À cette heure, la mer change de caractère. Les dernières vagues s’étalent loin sur le sable. Leur souffle ralenti et s’affirme, devient plus mélancolique. Et l’attente du crépuscule plus pressante. Nelly est venue vers nous pour échanger quelques mots, des mots avantageux à notre égard qu’elle énonce de sa voix toujours douce et fraîche. Nous voir lui donne du plaisir, nous dit-elle, et son plaisir en retour nous fait oublier nos âges. Comme Laurence, qui, cet été, pour la première fois, vint, elle aussi, vers nous, avec les mêmes mots bienveillants. Toutes deux sont belles. Elles sont jeunes, élégantes, et pourraient être nos filles. Dans son dernier roman « Place de la Trinité », Alain Monnier fait dire à son héros qu’on passe sa vie à attendre. Un train, une lettre, un enfant, le lendemain, que la nuit tombe, l’année prochaine… Alors qu’il n’y a rien à attendre, et qu’il faut juste s’accommoder de nous-mêmes. Sans espérance démesurée, sans lendemain qui chante… Mais à la condition cependant de rester ouvert et disponible à l’inattendu d’un beau geste, d’une belle rencontre… Nelly, qui était à genoux dans le sable à nos côtés, s’est levé tout en nous demandant la permission de prendre une photo. Elle s’est placée derrière nous et a tiré ce cliché. Je l’avais en tête avant même qu’elle me l’envoie. Il dit tout précisément de l’attente. Vaine, infinie ! Comme la mer. Pourtant chaque vague est différente. Chacune a son propre miroitement. Comme on peut le saisir aux hasards du temps et de la vie, un été, dans une silhouette en mouvement, un regard, une voix…

 

Photo Nelly Vivancos

   

Montaigne fait du bien ! Il libère, rend plus léger.

 
 
 
 
 
 
 
 
Me.25.5.202
Debout à 7 heures.
Dehors, ciel gris et vent. Café. Trois grandes tasses. L’esprit s’éveille. Mots à mots. Je pense à cette notation de Frédéric Schiffter lue hier soir. Sur la Sagesse. Une remarque de Montaigne.
Pourquoi ? Et pourquoi ce matin. Je n’en sais rien. Une feinte. En vérité, je sais.
J’attends un peu, rêveur, devant la fenêtre du salon. Rues désertes. Silence dans la ville. Puis m’installe devant mon bureau.
J’ouvre le livre III des Essais, sur ma Kindle, tape « sagesse » sur recherche et retiens le texte du Chapitre 5 : Sur des vers de Virgile »
Je lis :
« J’avais besoin dans ma jeunesse de me contraindre et de me solliciter pour me tenir en réflexion, l’allégresse et la santé ne conviennent pas si bien, dit-on, avec ces pensées sérieuses et sages. Je suis à présent dans un autre état, les conditions de la vieillesse ne me donnent que trop d’avertissements, elles m’assagissent et me sermonnent.[…]
Je me défends contre la tempérance comme je l’ai fait autrefois contre la volupté. Elle me tire trop en arrière, et jusqu’à la stupidité. Or je veux être maître de moi, toujours. La sagesse a ses excès, et n’a pas moins besoin de modération que la folie. Ainsi, de peur que je ne sèche, ne me tarisse et n’abuse de prudence, dans les intervalles où mes maux me laissent tranquille, je détourne tout doucement, et dérobe ma vue de ce ciel orageux et obscur que j’ai devant moi.
[…] Dieu merci, je considère cela sans effroi, mais non pas sans effort et sans étude, et je vais en m’amusant au souvenir de ma jeunesse passée. »
Montaigne fait du bien ! Il libère, rend plus léger. Il est temps à présent de me mettre en mouvement… La journée commence à peine !
 
 
 
 
 
 
 

Quand je la quitte, mon corps souffre !

 
 
 
 
 
 
 
 
Jeudi 19 mai !
 

Elle est toujours assise sur la même chaise. Toujours correctement vêtue. Comme « avant ». Ses mains jointes reposent sur ses cuisses serrées. Légèrement penchée, le regard vague, toute enclose dans son corps. Un corps si léger, si fragile. « Ah ! Voilà mon fils. » Ces mots seuls, elle les prononce d’un trait.

Quelques mots sur une carte postale du 28 juillet 1907, mais que d’histoires…

     
Cette vieille carte postale a été écrite le 28 juillet à la gare de Narbonne par un nommé Armand. Il disposait d’une heure avant de prendre l’express de Toulouse. Il devait se rendre à Foix. Il faisait « beau temps », précise-t-il à ses « chers parents ». Son écriture est précise et soignée. Notamment, l’adresse du destinataire, remarquablement calligraphiée. Surtout les majuscules F et P. Magnifiques ! Dans ses courbes, ses pleins et ses déliés, sans doute Armand tenait-il à montrer aussi à ses « proches » son profond respect et la noblesse de ses sentiments.
Cela fait bien longtemps que cette carte postale me sert de marque page et passe ainsi d’un livre à l’autre. Comme pour cet « anonyme » qui l’avait insérée dans ce « pavé » des éditions « Bouquins » rassemblant les grands romans de Graham Greene ; livre que j’ai trouvé au pied d’une poubelle publique et qui figure désormais en bonne place dans ma bibliothèque.
Je me suis toujours demandé ce qui, ce jour-là, dans cette gare de Narbonne, avait traversé l’esprit d’Armand après qu’il eut posté cette carte. Se remémorait-il les évènements dramatiques survenus dans cette ville un mois plus tôt : la troupe tirant sur des viticulteurs et faisant quatre morts dont une jeune fille de vingt ans, Julie Bourrel ? Et quel âge avait-il et qu’allait-il faire à Foix, le 28 juillet 1907 ? (Une semaine plus tard, le croiseur cuirassé « Gloire », bombardait la ville de Casablanca…)
Cent quinze ans me séparent d’Armand. Je ne connais rien de lui que cette modeste carte postale. Quelques mots assez banals finalement. Quand je l’ai retirée d’entre les pages de la « Puissance et la Gloire », précisément, j’aurais pu m’en débarrasser. Mais voilà, quelques traits de plume m’ont retenu. Ceux, indiscutables, j’aime à le croire, d’un jeune homme au caractère vif, à l’éducation sûre et au style affuté. Depuis, quand je l’ai sous les yeux, je me raconte, au milieu de la grande, la sienne et la mienne aussi, de petites histoires.
 
 
 
 
 
 

Que prépare Carole Delga en Occitanie pour les élections législatives 2022 ?

       

« Ce n’est un secret pour personne : Carole Delga veut prendre la direction du PS après la présidentielle et les législatives qui suivront. Prendre est d’ailleurs un bien grand mot tant la séquence électorale à venir devrait être la pire jamais subie par ce parti depuis sa naissance à Épinay-sur-Seine. Disons alors cueillir ce qu’il en restera. Il lui faut donc, après avoir conservé la Région, sans LFI et EELV, en 2021, doper son image dans sa stratégie de prise de contrôle de la direction du PS en présentant aux militants et cadres du parti un bon bilan électoral à la présidentielle et aux législatives. »

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