Contre-Regards

par Michel SANTO

Chez mon coiffeur.

Sous des apparences bonhommes, mon coiffeur est un observateur avisé de la politique locale. En témoigne son ironique remarque, entre deux coups de ciseaux parfaitement ajustés, au lendemain d’une séance du conseil municipal qui, d’après la presse locale fut passablement agitée. « Ils s’amusent comme des gamins, n’est ce pas ? » me fit-il observer. « Comme des gamins dans une cour d’école » poursuivis-je. Que faisons nous de notre vie, en effet, sinon à nous la jouer dans le style épique et guerrier des « indiens contre les cow- boys ». Pour les mâles assurément ! Nous continuâmes ainsi dans une ambiance chargée d’odeurs de shampoings et d’ammoniaque. Juste avant de le quitter, il me fit aussi  part de sa passion pour la chasse (tiens donc !). Et du perdreau. Qu’il traque en Espagne. La chasse et la politique comme le prolongement, par d’autres moyens, de nos inoffensifs jeux d’enfants. On tire toujours profit de son coiffeur.

 

Notes sur le développement durable.

Sur le marché des valeurs conceptuelles, il en est une, le développement durable, dont la cote ne cesse de monter, au risque du cliché, et dont l’usage réunit dans un consensus paradoxal des patrons de multinationales et des militants paléo-marxistes, des libéraux et des altermondialistes. La droite et la gauche… Lula et Chirac. Bref, la notion fait l’unanimité.Les collectivités locales ne sont pas en reste. Surtout en Europe du Nord et Grande Bretagne où elles représentent plus de 60% de l’ensemble des collectivités locales du continent  porteuses d’une politique de développement durable.

En France, comme toujours, il a fallu attendre les années 2000 pour voir naître une cinquantaine de projets. Rien de bien original. Notre pays est un spécialiste du décalage entre les intentions annoncées et les prises de décisions concrètes. Il n’empêche que, pour la première fois, peut-être, dans l’histoire, des problèmes et des aspirations sont compris comme communs à l’humanité entière: crises et régulation de l’économie, destruction et protection des écosystèmes, accroissement et réduction des injustices socio-politiques.

Pour déchiffrer ce référentiel nouveau, on rappelle généralement la définition, devenue canonique, proposée en 1987 par une commission présidée par GroHarlem Brundtland dans son rapport aux Nations Unies «  Notre avenir à tous » : le développement durable y est présenté comme “ modèle de développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre à leurs propres besoins ”. Cet appel est d’importance : il invite l’humanité à se penser comme une à travers le temps.

En réalité, ce consensus linguistique masque de profondes divergences. Une version faible du “développement durable ” se concentre sur la gestion optimale des ressources naturelles en vue d’une croissance économique indéfinie ; une version plus forte met l’accent sur les droits politiques, économiques et sociaux de la personne humaine, la participation des populations aux décisions qui les concernent… ; d’autres versions encore rejettent sans complexe l’objectif de croissance au nom des droits de la nature.

Plutôt que de le déplorer, pourquoi ne pas s’en réjouir ? L’unanimité, le flou  et les contradiction que la notion recueille ne permet-elle pas, aussi, aux acteurs sociaux, politiques et économiques de dialoguer, d’échanger, de se retrouver autour des doutes et des questions du monde contemporain, en transcendant leurs identités et leurs oppositions passées ? Et cette nébuleuse discursive du “ développement durable ” ne crée-t elle pas un espace de dialogue, une écoute neuve et mutuelle autour d’enjeux fondamentaux.Ceux dont la gestion requiert une coopération du secteur privé, des autorités publiques et des sociétés civiles ? Une nouvelle manière de faire de la politique, à l’échelle du monde, des états et des collectivités locales: la gouvernance dans l’univers anglo-saxon. Une notion nouvelle introduite dans le champ politique français, et traduite, dans les années 80, par ce qui est devenu une antienne pour l’élu local à l’écoute de son territoire: la démocratie participative.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le prix de l’environnement.

La visite du site narbonnais de la Comurhex, qui nous est rapportée par la presse locale de ce jour, et les mesures annoncées par son porte parole en faveur d’une meilleure protection de l’environnement viennent confirmer la place prise par cette question dans le débat présidentiel. Débat dopé par la tournée d’Al Gore et  l’intervention médiatiquement réussie de Nicolas Hulot. Plus personne n’est à présent sensé ignorer les menaces qui pèsent sur notre planète. Et des chiffres commencent à sortir. Car la préservation de l’environnement a un prix, qu’il faudra bien payer. Le rapport Stern l’évalue à 5500 milliards d’euros. L’O.N.U à 1000 milliards de dollars par an (!!). Une paille ! Pour la Comurhex ce sera 9 chantiers et 29 millions d’euros. Ce qui n’a pas l’air de satisfaire tout le monde. Les associations et les riverains en veulent plus. Les salariés du site craignent eux sa fermeture. Quant aux dirigeants de l’entreprise, ils invoquent leurs difficultés à boucler leurs plans de financement. Cette situation est tout à fait révélatrice de ce que chacun, à son niveau, est prêt à consentir de sacrifices pour apporter son écot à la préservation de l’environnement. La taxe sur le recyclage des produits électroménagers, qui entre en vigueur aujourd’hui, en est aussi une illustration. Celle sur les activités polluantes en est une autre. Demain, l’interdiction de circulation des automobiles dans les villes. Aujourd’hui sa limitation dans le cœur de Narbonne.Tout cela, dira-t-on, ne représente qu’une goutte d’eau dans un océan. Oui, mais il faut bien commencer par quelque chose. Et arrêter de flatter démagogiquement tout nos petits lobbys narbonnais. Des commerçants du centre ville aux inconditionnels pétaradants de la bagnole.

 

 

 

CCI de Carcassonne et de Narbonne, une fusion utile ?

Dans l’Indépendant du jeudi 26 octobre 2006, page 4 de l’édition de Carcassonne, dans l’article titré : « Fusion des deux chambres de commerce : le chantier est lancé.», Laurent Spanghero nous précise qu’elle est nécessaire « pour améliorer l’efficacité des entreprises. »

Examinons donc les arguments avancés par les promoteurs de ce projet. Et tout d’abord celui de «  l’efficacité » présenté par L. Spanghero. Franchement, j’ai beau examiner la proposition dans tous les sens, je ne vois pas comment…Depuis quand, en effet, seules, à deux ou à trois les CCI améliorent-elles l’efficacité des entreprises. En quoi, et avec quels moyens contribuent-elles à leurs efforts dans la recherche d’une meilleure productivité et de nouveaux marchés, par exemple. Laurent Spanghero le sait mieux que quiconque, le pouvoir des organismes consulaires dans ces domaines est quasi nul. Il relève principalement de l’Etat pour la réglementation du marché du travail et de la fiscalité, des Régions pour les aides aux entreprises et des intercommunalités pour, notamment, la création et l’aménagement des zones d’activités. Concédons lui, néanmoins, un certain rôle dans la formation : l’apprentissage et la formation continue…elle aussi sous contrôle régional ! Mais enfin, de là  en tirer argument pour une fusion… Non ! La vraie raison est ailleurs.

Serait-elle alors, comme le disait J. P Heurley, le Vice-président de la CCI de Narbonne, dans le même journal, mais dans l’édition de Narbonne, dans le désir de « faire exploser (sic) la frontière entre les deux parties du département. » Mais lesquelles ? Celles du climat, des paysages, des cultures et des « bassins économiques » ? Impossible, bien sur. Soyons sérieux et demandons nous plutôt ce qu’il y a de commun, en effet, par exemple, entre les économies de la  Haute Vallée de L’Aude, du Lauragais, du Carcassonnais… et de la Narbonnaise ? Et quelles seraient les interactions à promouvoir entre Narbonne, Limoux et Castelnaudary ? La réponse est évidemment dans la question et ne mérite pas de plus amples développements. Les producteurs, les distributeurs de biens et de services, comme les consommateurs  du bassin d’emploi de Narbonne,  savent que ce bassin est structuré et animé par une dynamique littorale. Dynamique qui le place en situation de « coopération » avec le Biterrois sur l’axe qui le relie à Perpignan, et au-delà…

Serait-elle, peut-être, rendu nécessaire parce qu’elle anticiperait un regroupement voulu par l’Etat ? La réponse pour le moment est négative. Seules les CCI de moins de 3000 ressortissants  sont en effet concernées…pour la fin 2009…

Cette fusion se justifierait-elle, enfin, par le souci de mieux défendre les «  intérêts » des entreprises en regroupant les moyens consulaires au niveau départemental ? Pour mieux négocier aides et subventions alors que la compétence économique et les moyens financiers sont à la Région et dans les communautés d’agglomération? Je ne vois pas comment. Un seul président, d’une seule chambre de l’Aude, serait donc  plus fort que le président de la CCI de Narbonne  pour faire valoir  les « intérêts » des entreprises et du territoire de la Narbonnaise, par exemple, auprès de la Région, de la CAN et d’autres ? La question se posant de la même manière pour Carcassonne…Qui peut le croire ? En tout cas qu’on m’en fasse la démonstration. Et considérons, pour le moment, que la seule justification de cette fusion est qu’elle n’en a aucune…A l’exception du profit symbolique qu’en tirerait les élus du moment, et …Carcassonne du fait de son statut de préfecture.

Cela dit, pour conclure cette rapide analyse, si on se place dans une tout autre perspective, celle des territoires et de leur dynamique, le risque est grand pour la Narbonnaise, dans cette affaire, de se voir couper de son axe de développement associant le Biterrois et le Perpignanais. Il est vrai que la nouvelle direction de la CCI de Béziers a freiné le processus de rapprochement avec celle de Narbonne. Fallait-il pour autant  « couper le ponts » aussi vite et se lancer à toute vitesse dans un processus de fusion avec Carcassonne? Je ne le pense pas. Il y va de l’intérêt stratégique de la Narbonnaise, en effet, que de continuer à travailler en priorité, patiemment et continûment, à la promotion du Triangle d’Oc. Même si l’effet réel de l’action des CCI sur les territoires et leur structuration est négligeable, l’impact symbolique de leurs initiatives est bien réel. En ce sens elles contribuent à la formation de l’idée que se font les entreprises et les habitants d’un territoire et de son avenir. Ce qui n’est pas rien !

On comprendra donc à la lecture de ses quelques lignes que je ne suis pas du tout convaincu par la pertinence du projet de fusion qui nous est proposé.

 

La vieille taupe

Ces  dernières semaines, J.P Alduy et M Moynier, après G. Frèche, il y a quelques mois, ont pris des initiatives qui concourent à une plus grande lisibilité de notre région et de ses espaces à aménager. Pour bien les comprendre (ces initiatives) il est cependant nécessaire de prendre un peu de distance avec l’actualité. 

Un peu d’histoire pour commencer. Dans les années 80-90, Raymond Courrière, il n’était pas le seul, défendait l’idée d’une intégration de L’Aude et des P.O à la Région Midi Pyrénées. La faisabilité juridico-politique, à l’époque, d’un nouveau découpage des régions était impossible, et il le savait.

Les raisons d’une telle proposition sont toujours d’actualité. Mais la proposition elle même ne l’est pas.

Je m’explique.  

Ces raisons tiennent d’abord au fait, pour faire à présent un peu de géographie,  que l’Ouest du Languedoc-Roussillon : Carcassonne Narbonne Perpignan « décroche » de son versant oriental : Montpellier-Sète Nîmes Alès. La ligne de faille de ce décrochage se situant dans le Narbonnais Biterrois.

La conséquence logique est  qu’il faut inscrire l’Ouest régional dans un triangle d’aménagement et de développement constitué par Toulouse, le Narbonnais-Biterrois et Barcelone. Et l’ensemble oriental de la région dans celui constitué par  Lyon, Marseille et  Montpellier Sète. Le Narbonnais-Bitterois,lui, jouant un rôle charnière.

Pour ce faire, et pour faire un peu de politique aussi, il n’est pas nécessaire de réviser les périmètres des Régions françaises pour engager des actions prenant en  compte ces réalités comme on le prétendait à l’époque. Les « frontières » des régions françaises sont ouvertes, que je sache ; et les communes, les départements, ainsi que les communautés d’agglomérations… disposent d’une très grande liberté « de mouvement ».

Dans ce contexte, et ainsi mises en perspectives, les initiatives récentes de G. Frèche, sur l’axe Sète Nîmes (son projet de communauté urbaine…), et de M.Moynier et J.P Alduy, sur l’axe Narbonne Perpignan et au-delà vers Gérone, prennent tout leur sens. Elles s’appuient consciemment ou pas, et quelles qu’en soient les raisons d’ordre politique affichées, sur ces réalités géopolitiques. C’est très bien, et c’est tant mieux… « Bien travaillé vieille taupe ! »

Napoléon affirmait déjà, dans une formule ramassée, que « Les Etats font la politique de leur géographie. » Ça vaut aussi pour d’autres territoires organisés : régions,microrégions,villes etc.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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