Contre-Regards

par Michel SANTO

Chronique de Narbonne, et d’ailleurs: RCNM, relégation, et « monde professionnel »…

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Dans l’Indépendant, toujours bien informé, « hier », le trou financier du RCNM était de 700 000€ et la relégation quasi certifiée, aujourd’hui, il n’avoisinerait, selon ses sources, que 300 000€, et la descente en Fédérale moins assurée. Pour ne pas dire improbable – la relégation! Ce qui est plus sérieux. Un « proche du dossier », auquel se réfère le rédacteur de cet article, n’affirme -t-il pas en effet que : « Certains clubs affichent en fin de saison des pertes bien plus importantes mais ces clubs ont à leur tête des présidents capables d’apporter des garanties et de rassurer le DNACG« . Ce  qui laisse néanmoins entendre que R.Elsom ne pourrait pas les apporter. Ah bon! Mais de quelles garanties parle-t-on ici? Financières, pour combler ce trou de 300 000€ (1) ? Un trou qui correspondrait à peu près à la dette de la SASP à l’Association du RCNM, et qui, selon un mode de calcul simpliste, si le solde de la subvention de la Ville lui était intégralement versée (à la SASP): 170 000€, ramènerait le « trou » à 130 000€. En réalité, les chiffres réellement sur le tapis sont un peu différents, plus élevés… et très en dessous de ceux de Biarritz et Bourgoin, voir ma note en (1).  Mais peut-être sous-entend on des garanties d’une autre nature: morales, politiques, que sais-je encore. Ce qui serait tout de même curieux, pour ne pas dire plus, de la part d’un organisme qui ne doit s’intéresser qu’aux aspects juridique et financiers de la question. Et qui mériterait quelques explications. Mais bon, patientons encore un peu, avant d’en tirer de hâtives conclusions!

En attendant, mon attention a été appelée par une amie, sur un brillant, et nostalgique, article écrit par Laurent Baluc – Rittener: « Amour, gloire et rétrogradation ». J’y note, entre autres observations, ceci: « Alors bien sûr ce métier fait rêver, et nous sommes là pour donner du rêve… Mais à quel prix ? Aujourd’hui Narbonne, Bourgoin, Tarbes, Biarritz, sans oublier les clubs de fédérale qui vivent sous perfusion depuis un moment… quelles seront les prochains sur la liste des clubs en voie d’extinction ? De toute évidence, le modèle économique choisi rencontre aujourd’hui ses limites et notre sport doit pouvoir prendre du recul, écouter et voir ses erreurs pour remonter dans son petit train, au lieu de se laisser aveugler par les TGV des entrepreneurs aux poches pleines des grandes métropoles du Top 14 ! » Et il poursuit en répondant à la seule question qui vaille : les modèles économiques sont-ils les bons pour ces villes moyennes ?: « Si l’on en juge par les rétrogradations et problèmes financiers en ProD2, la réponse est non ! Si l’on en juge par le mépris du joueur pro et de la famille qui va avec, la réponse est la même. »

Un constat clairement formulé et d’une parfaite lucidité. Combien de club de Pro2 et même de Fédérale, en effet, vivent de bricolages financiers et de détournements de fonds de toute nature.  Comme un de ceux de ma connaissance, et pas le seul, de notre grande région, qui finance ses joueurs à coups de frais de déplacement « bidons », ou tel autre qui aligne une vingtaine « d’auto-entrepreneurs » dans son effectif, ou de ce président qui en aparté vous dit que son principal sponsor est la Sécurité Sociale, quand ce n’est pas l’URSSAF pour un autre…

Au delà, c’est donc toute l’organisation et la gestion de notre rugby national qui est à revoir. Elle passe, me semble-t-il, d’abord, par une claire distinction entre un monde professionnel, limité en nombre de clubs, aux moyens économiques et financiers puissants, adossé à de grandes métropoles, ou de grandes entreprises (comme Castres) et un monde « amateur », pour le reste, qui ne soit pas contraint par des modes de gestion, des règles et des critères d’évaluation hors de leur portée (2). Un débat, évidemment, qui n’aura  pas lieu. Dans ce contexte de campagne pour la conquête de la présidence de la FFR, c’est le genre de question qui passe vite sous la table des grands banquets qu’affectionnent ses dirigeants; et ceux qui, un jour prochain, espèrent, les remplacer…


(1) N’ayant pas d’accès à la source à laquelle s’alimente nos journalistes sportifs, on peut aussi supposer, ce qu’un commentaire récent d’un ami vient de me préciser, à savoir que le « trou » financier s’établirait bien à 700 000€: 300 000€ à régler à l’Association, 100.000€ d’augmentation de capital non reçue et 300.000€ à divers créanciers. Et c’est évidemment la cassure entre la société commerciale et l’Association, qui inquiète le plus le DNACG. Sans règlement de ce contentieux, en effet, la crise ne peut que perdurer, et si ne n’est pas cette année la chute pourrait bien avoir lieu l’an prochain.

(2) Autre exemple d’un mélange des « genres » et d’inadaptation des règles qui régissent le monde du rugby, et qui pénalisent, pour le coup, les grands clubs professionnels: 10 joueurs étrangers qui devraient être réquisitionnés par leur équipe nationale à partir de la semaine prochaine ne pourront pas participer aux phases finales du Top 14 . En cause, la primauté de l’article 9 du règlement de World Rugby , pensé du temps où le rugby était amateur. Aucune compensation, en effet, n’est payée aux clubs par les fédérations qui récupèrent les joueurs. Comment ne pas comprendre que Mourad Boudjellal, qui risque de perdre son meilleur avant, le numéro 8 sud africain Duane Vermeulen, jusqu’au mois de novembre (tournée de juin, Four Nations, tournée d’automne), tempête contre cet article.

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