Contre-Regards

par Michel SANTO

Le jardin d’Epicure.

 

 

Pour ouvrir cette nouvelle rubrique : « Mes pages », celle-ci, d’Anatole France, extraite du « Jardin d’Epicure », pages  20 et 21 en version numérique :

 

« C’est une grande erreur de croire que les vérités scientifiques diffèrent essentiellement des vérités vulgaires. Elles n’en diffèrent que par l’étendue et la précision. Au point de vue pratique, c’est là une différence considérable. Mais il ne faut pas oublier que l’observation du savant s’arrête à l’apparence et au phénomène, sans jamais pouvoir pénétrer la substance ni rien savoir de la véritable nature des choses. Un œil armé du microscope n’en est pas moins un oeil humain. Il voit plus que les autres yeux, il ne voit pas autrement. Le savant multiplie les rapports de l’homme avec la nature, mais il lui est impossible de modifier en rien le caractère essentiel de ces rapports. Il voit comment se produisent certains phénomènes qui nous échappent, mais il lui est interdit, aussi bien qu’à nous, de rechercher pourquoi ils se produisent. Demander une morale à la science, c’est s’exposer à de cruels mécomptes. On croyait, il y a trois cents ans, que la terre était le centre de la création. Nous savons aujourd’hui qu’elle n’est qu’une goutte figée du soleil. Nous savons quels gaz brûlent à la surface des plus lointaines étoiles. Nous savons que l’univers, dans lequel nous sommes une poussière errante, enfante et dévore dans un perpétuel travail; nous savons qu’il naît sans cesse et qu’il meurt des astres. Mais en quoi notre morale a-t-elle été changée par de si prodigieuses découvertes? centre de la création. Nous savons aujourd’hui qu’elle n’est qu’une goutte figée du soleil. Nous savons quels gaz brûlent à la surface des plus lointaines étoiles. Nous savons que l’univers, dans lequel nous sommes une poussière errante, enfante et dévore dans un perpétuel travail; nous savons qu’il naît sans cesse et qu’il meurt des astres. Mais en quoi notre morale a-t-elle été changée par de si prodigieuses découvertes? Les mères en ont-elles mieux ou moins bien aimé leurs petits enfants? En sentons-nous plus ou moins la beauté des femmes? Le cœur en bat-il autrement dans la poitrine des héros? Non! non! que la terre soit grande ou petite, il n’importe à l’homme. Elle est assez grande pourvu qu’on y souffre, pourvu qu’on y aime. La souffrance et l’amour, voilà les deux sources jumelles de son inépuisable beauté. La souffrance! quelle divine méconnue! Nous lui devons tout ce qu’il y a de bon en nous, tout ce qui donne du prix à la vie; nous lui devons la pitié, nous lui devons le courage, nous lui devons toutes les vertus. La terre n’est qu’un grain de sable dans le désert infini des mondes. Mais, si l’on ne souffre que sur la terre, elle est plus grande que tout le reste du monde. Que dis-je? elle est tout, et le reste n’est rien. Car, ailleurs, il n’y a ni vertu ni génie. »

Rétrolien depuis votre site.

Désormais, 3 façons de réagir !

Commentaires (2)

  • Avatar

    pierrehenri.thoreux

    |

    Merci de mettre en lumière cet écrit très intéressant dans lequel je retrouve avec joie un état d’esprit humaniste empreint d’humilité que j’affectionne, et sur lequel j’ai tenté de disserter à
    propos de Kant et dernièrement de Max Planck…

    Reply

  • Avatar

    Michel Santo

    |

    Pierre Henri!

    J’ai du déjà lire  une paire de fois votre commentaire sur le Kant que j’avais entendu exposé dans l’émission de R.E . Je m’étais promis d’acheter le petit bouquin qui en a résulté…
    Et je ne l’ai pas fait. Mais depuis que je vous lis, je sais pouvoir trouver chez vous de ces petits textes pleins d’humble érudition que j’affectionne.Et que je fais connaître autour de moi…

    Amicalement

    Reply

Laisser un commentaire

Articles récents

Pourquoi  cet acharnement sur le "cadavre politique" encore chaud de François de Rugy ?…

Pourquoi cet acharnement sur le "cadavre politique" encore chaud de François de Rugy ?…

  Je fais pourtant l'effort intellectuel et moral pour contrarier ma répugnance naturelle pour ce genre de chasse à l'homme savamment orchestrée par Médiapart, mais les meutes soulevées à [Lire la suite]
Une soirée au Café de la Paix, à Gruissan…

Une soirée au Café de la Paix, à Gruissan…

        C’est un café à l'ancienne en plein coeur du village. Son intérieur est celui d’un bateau. Sobre. Comme ceux qui naviguent au loin. Sa terrasse, à angle droit, s’étend s[Lire la suite]
Des "corbeaux", des amis et des hommes !

Des "corbeaux", des amis et des hommes !

        Notes : 1) Affaire" de Rugy. Vérifié dans ma vie professionnelle : on n’a pas d’amis en politique. Conséquemment la sagesse commande de ne jamais inviter à d[Lire la suite]
Je ne mange jamais de homard, mais fume parfois un bon "puro" !

Je ne mange jamais de homard, mais fume parfois un bon "puro" !

            En attendant la nomination de monsieur Edwy Plenel à la tête du ministère de La Vertu Publique, il serait judicieux de ne plus en nommer d[Lire la suite]
Municipales2020 à Narbonne : Garbay Sainte Cluque : drôle de paire !

Municipales2020 à Narbonne : Garbay Sainte Cluque : drôle de paire !

      Je mettais mon dernier billet en ligne – hier soir très tard – que le service abonnement de l’Indépendant me signalait la parution de l’édition du lendemain avec cette  éni[Lire la suite]
Municipales2020 à Narbonne : la REM entre dans la danse et le siècle (!)

Municipales2020 à Narbonne : la REM entre dans la danse et le siècle (!)

        Fin de l’insupportable attente. Sur la Place du Forum  (évidemment !) le voile a été enfin levé sur cet énigmatique code romain XXI placardé par les « marcheurs loc[Lire la suite]
  
2006-2016 © Contre-Regards
Conçu par OnEric Studio
 
%d blogueurs aiment cette page :