Contre-Regards

par Michel SANTO

Les Théâtres “Scène Nationale” bientôt libérés de leur label et de ses contraintes ?!

   
Le Monde a révélé, mercredi 15 novembre, un texte “secret” visant à réformer le ministère de la culture. Un document passionnant. Inédit, audacieux ! problématique. Pour la première fois, ce ministère ose l’introspection à vif : mettre à plat ses missions, chercher à mieux dépenser l’argent public. Un document de travail donc, mais qui déjà fait bondir les milieux culturels au nom évidemment d’un «service public qu’on assassine». Sur la trentaine de pages, il n’y en a que quatre sur l’audiovisuel public (ce sont celles qui ont fait le plus parler). Mais le plus intéressant sont les propositions dites culturelles. Et particulièrement celles concernant le financement des Théâtres “Scène Nationale” (comme celui de Narbonne.) En résumé, il est exposé que ce modèle économique et culturel serait dépassé. Je rappelle qu’en contrepartie de ce label “Scène Nationale” et des subventions de l’État, les élus sont exclus de la gestion de ces équipements (qu’ils financent pourtant) et que leur programmation doit obéir à un cahier des charges imposé par l’État*. Le non-dit de cette politique reposait (et repose toujours) sur deux postulats : le “public”  serait imperméable à des propositions culturelles exigeantes et contemporaines, et les élus dans le suivisme d’une demande sociale conservatrice, pour ne pas dire “vulgaire”. Or, à l’expérience, ces Théâtres “Scène Nationale”, ont plutôt fonctionné comme des “partenaires financiers” de fait (par le biais des subventions des collectivités locales “gestionnaires”) de “productions” culturelles réalisés sur d’autres territoires, que comme des outils favorisant l’insertion sociale de la création artistique dans leur propre aire d’implantation. (L’exemple du Théâtre de Narbonne est de ce point de vue particulièrement éclairant. Coupé de son territoire : son public, ses élus, ses acteurs artistiques et culturels”…, sa situation financière est aujourd’hui particulièrement dégradée.) Bref, parmi les propositions iconoclastes évoquées dans ce rapport “secret”, figure l’abandon pur et simple de ce modèle économique et de son label (établit en 1992). Une manière voilée d’inciter les collectivités gestionnaires de ces Théâtres à s’engager dans la voie de l’autonomie financière et programmatique. Ce qui, après tout, en regard des faibles subventions allouées par l’État et de la perte d’attractivité du label “Scène Nationale”, n’est plus qu’une question de volonté politique…    

*Les scènes nationales sont réunies autour de trois missions fondamentales, généralement reprises dans les statuts :
«s’affirmer comme un lieu de production artistique de référence nationale dans les domaines de la culture contemporaine»,
«organiser la diffusion et la confrontation des formes artistiques en privilégiant la création contemporaine»,
«participer dans leur aire d’implantation (voire dans le département et la région) à une action de développement culturel favorisant de nouveaux comportements à l’égard de la création artistique et une meilleure insertion sociale de celle-ci».
 
**L’exemple du Théâtre de Narbonne est de ce point de vue particulièrement éclairant. Coupé de son territoire (son public, ses élus, ses acteurs artistiques et culturels…), sa situation financière est très dégradée.

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Commentaires (1)

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    camus thierry

    |

    La gestion de la vie culturelle dans une cité est fort problématique car mise à part les financements qui proviennent de multiples horizons : état , région , département ou commune , il me semble qu’il faut une dynamique sincère et loyale au niveau local . Pour ma part je suis assez favorable à un état Jacobin qui contrôle le local . Narbonne est la ville natale de Charles Trenet , il serait judicieux de mettre en place un festival Trenet durant la saison estivale et de créer comme à Sète pour Georges Brassens un musée digne de ce nom . Nous avons eu droit à Patrick Sébastien cet été , chacun ses gouts et ses ambitions !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

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