Contre-Regards

par Michel SANTO

Serais je homophobe?

 

manifestation_mariage_pour_tous_paris_8283_north_584x0.jpegL’homosexualité est dans la nature, soit ! De même que la filiation passe par la rencontre ( litote ) entre deux sexes. Quand la panne advient chez des couples stériles, il est permis de recourir à l’adoption ou à la PMA. Procédure et technique qui ne peuvent être invoquées dans les couples homosexuels que par l’aversion ou l’allergie pour l’autre sexe. Avec pour conséquence, si elles devaient être permises, l’instrumentalisation et la marchandisation d’êtres humains réduits aux rôles d’utérus de location et de pompes à sperme. Le dire et s’inquiéter des conséquences tant d’un point de vue moral et anthropologique, que sur le devenir des enfants qui en sont l’enjeu, seraient la preuve, si j’en crois les médias et les associations d’homosexuels, d’un esprit réactionnaire qui cacherait mal son homophobie.. He bien ! soit, j’assume ces procès en diabolisation ! Mais je le dis tout net : j’en ai ras le bol de cette arrogance et de ce déferlement d’agressivité ; et n’ai pas l’intention d’abdiquer ma liberté de conscience ni mon autonomie de jugement.

Ainsi va la confrontation d’idée dans ce pays où la tolérance et la vertu règnent. Paraît-il !

Le journaliste, un sujet sans pensée!

 

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Cet extrait d’un texte d’André Gorz publié dans le Nouvel Observateur du 9 novembre 2012. Il se passe de commentaires! :

« …. Car c’était ça, le journalisme en France, en cette époque: il fallait donner une apparence d’intériorité, une apparence d’unité personnelle (attestée par la signature et par le style soigné) un récit dont la qualité première devait être l’absence d’auteur. Bien sûr, il y avait des exceptions apparentes: les grands reporters avaient le droit de dire «je» et de décrire ce que prétendument ils avaient vu et pensé, en partant de leurs impressions propres – mais ce privilège était suspendu à la condition qu’ils ne pensent pas trop : qu’ils promènent leur regard comme l’œil d’une caméra, qu’ils soient dehors et non dedans, c’est-à-dire observateurs extérieurs et non pas partie, juge, agent de l’histoire en cours. Leur «jeu» n’était qu’une forme rhétorique: ils étaient sujets dans la stricte mesure ou ils avaient cinq sens (voyaient les couleurs et les mouvements, percevaient les bruits, les paroles, les odeurs) pour rendre les apparences extérieures, mais ils perdaient ce privilège dès qu’il fallait en venir au fond des choses. Et il en allait de même du journalisme dit personnel que Jeannot avait pratiqué avec brio pendant quelque temps: ça consistait à rapporter avec dérision les paroles et les gestes de grands personnages, selon la technique du valet de chambre: vous contestez les propos élevés du personnage par la description de leur cravate, du mouvement de leurs doigts et des ratés de leur parole: encore la caméra.

C’était ça qu’il trouvait pénible: mobiliser toutes les ressources de sa pensée pour produire une pensée dont sa pensée fût absente; forger avec les mots de tout le monde une micro-histoire qui ne devait être son produit que par la réussite technique plus ou moins grande de sa mise en forme. «Je n’existe pas», proclama un jour une pancarte collée avec du scotch sur la porte vitrée d’un bureau. La consigne, inconsciente de son ironie sinistre, résumait bien la condition de journaliste. «Ce que tu penses, on s’en fout, avait dit Phil. C’est pas pour ça qu’on te paie

 

 

Chronique du Comté de Narbonne.

Hôtel de Ville de Narbonne

Hôtel de Ville de Narbonne

Jeudi 13 décembre de l’an 2012

J’entends des binious et des tambours, mon oncle ! ne manquent que des cornemuses pour parfaire cette celte ambiance dans laquelle est processionnée une énorme grenouille d’un vert approximativement marécageux, ainsi que l’exotique chameau égyptien de nos voisins bitterois au demeurant d’un format curieusement minuscule; des messieurs chenus, colorés à la façon clownesque des confréries vineuses, les suivent, l’air bête (si je puis dire) et le pas hésitant (il fait froid et le sol est glissant). Tandis qu’une petite et maigre troupe de badauds fait escorte à cette drolatique ménagerie, des passants stupéfaits se pincent à la façon des ânes qui braient : « c’est Carnaval ? » s’étranglent-ils. Carnaval, à Noël, serait adoré, et l’enfant Dieu, le Mardi Gras, brûlé ?  Certains même, à Bugarach, voudraient dare-dare aller s’abriter, cette inversion saugrenue du calendrier présageant d’une fin du monde, par le peuple Maya annoncée. C’était mardi dernier, mon oncle ! et c’était de la  fête de Saint Paul-Serge , le saint patron du Comté, dont il s’agissait, en ce 11 décembre de cette année. Comme tu le sais, une des trois légendes prétend qu’à Narbonne, de Bages, il se rendit, après qu’une nacelle par une grenouille conduite l’ait déposé sur le rivage de la Nautique. Je n’ai rien contre ce vénérable apôtre et sa grenouille, mais naïvement je pensais que le 22 mars était la date où on devait l’honorer. Une date conforme aux mœurs de notre emblématique batracien qui, l’hiver, se vautre, au chaud, dans une visqueuse et voluptueuse vase. Qui donc a eu cette cruelle idée de la faire ainsi sortir de son léthargique sommeil en ce mois de décembre venteux et glacé ? Que nos édiles n’accordent aucune bienveillance symbolique, à défaut de charité chrétienne, à notre paisible bestiole passe l’entendement zoologique, mon oncle ! Ce qui après tout ne saurait m’étonner de la part de magistrats à la culture étriquée et bassement commerciale. Mais remplacer les rois Mages par Saint Paul, un de sept apôtres des Gaules, pour annoncer la naissance de l’enfant-Dieu ! Jusqu’où ira-t-on, mon oncle, pour amuser les chalands et bedonner les boutiquiers ? Oui, je le sais, mon indignation à des accents outranciers, l’époque et ses marchands n’ont que faire d’une fête qui, au cœur de la nuit hivernale, célèbre dans la plus grande simplicité d’une étable  la naissance d’une lumineuse Parole ; ou, pour d’autres, l’allongement des jours et la course du soleil vers celui de sa flambloyante apothéose. Quand la bêtise de nos édiles et la crédulité de nos contemporains se conjuguent dans le culte du festif permanent, l’absurde et la bouffonnerie sont de la noce. Qui tendent vers l’infini… Ainsi, ce matin, ai je reçu un poulet commercial d’une auberge au nom historiquement évocateur : « Le Cathare ». Pour le dîner de Noël, son propriétaire, à l’humour inconsciemment sinistre, me propose, entre autres charitables douceurs, de l’agneau grillé à l’authentique feu de bois et des bûches à la crème de marron. Oui, mon oncle ! le Cathare, de surcroît idéalement situé au pied de Montségur, fait des grillades !!! Les Parfaits se retournent dans leurs tombes (si à nouveau je puis dire ; j’espère qu’on me pardonnera !) ; ils en meurent une seconde fois. De rire ! Si on ne peut pas rire au Paradis, à quoi bon en effet y séjourner…

Affectueusement tien, cher parent !

 

Le mur de ma ville.

   

Juste derrière chez moi, sur le mur d’un bâtiment qui héberge notamment le Conservatoire de Musique de Narbonne, ce poème de Pierre Reverdy; que je lis sans me lasser, à mon retour de longues promenades le long du canal de la Robine.

Il faisait un beau soleil, ce jour là!

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Comme le dit joliment Gil Jouanard dans son introduction à une petite anthologie établie par C.M.Cluny:  » Reverdy voit l’autre côté du monde dans ce côté-ci. Comme les anciens Gaulois… « 

Chronique du Comté de Narbonne.

 

 

Jeudi 6 décembre de l’an 2012

Mon cher  parent !

C’est de « petites phrases » que je voudrais aujourd’hui te parler. De celles que Manuel Decuel, que je t’ai déjà présenté,  collectionne et  dépose méthodiquement dans la colonne  gauche du « Tirelire », à la page deux. Ironiques ou stupides, sérieuses ou banales, elles offrent des lignes de fuites – il m’en faut peu ! – pour m’échapper du tout venant d’articles sociétaux et de réclames ménagères présentement consacrées aux viandes, dindes, poulardes et autres mets qui seront avalés en grandes quantités pendant les fêtes d’une fin d’année, paraît-il en crise. Oui, mon oncle, en crise il paraît, malgré ce que tu peux en croire, et en voir surtout, des dispendieuses festivités programmées par notre Roi, ses comtes et petits ducs dans leurs différentes collectivités. Leurs cassettes sont vides, mais aux décaissements ils ne regardent guère ! Il est vrai que leur fortune personnelle n’en est point affectée. Ici, mon oncle, on vient d’installer, au beau milieu du mail toujours démembré, un ridicule petit marché de Noël constitué de petits cabanons stéréotypés, comme on en voit dans toutes les petites et grandes cités ; quelques girandoles aussi, sur de piteux platanes ratatinés. Tout cela, et si peu, finit par donner à cette enfilade de maisonnettes un air de baraques de chantier qui, finalement, s’accordent assez bien avec la physionomie du lieu toujours occupé par des grues, tracteurs et autres engins dédiés à cette interminable entreprise de rénovation. Mais je m’égare, mon oncle, alors que de petites phrases je voulais te parler. Celle ci a retenu mon attention, d’un quidam au sieur Labatout adressée , logé au dessus d’un bistrotier à la mode sis sur le mail dont je viens de discuter: « On ne peut plus dormir, on ne peut même plus regarder la télé ». La réponse du comte ! « Il n’est pas évident de concilier les critiques fondées des riverains et l’activité légitime des taverniers … » qui, prétend-il, «  font reculer l’insécurité. » Voilà comment nos mastroquets, par notre premier magistrat, se retrouvent enrôlés dans les troupes supplétives de sa maréchaussée ; peut-être même la verra-t-on demain, elle aussi, assurer le service aux clients des estaminets. Je connaissais le goût du comte pour cette engeance bistrotière, que j’affectionne aussi, tu le sais – enfin, modérément ! – , mais à la couvrir de cette pandoresque auréole, il fallait faire preuve d’une grande autorité! Tu me permettras cependant de douter de la voir servir un jour, ou une nuit, du petit lait à la place de jus alcoolisés afin d’éviter troubles et incivilités. Enfin, tout cela présage mal, mon oncle, de l’avenir du mail une fois les travaux achevés. Je crains, en effet, qu’il ne devienne une de ces gigantesques terrasses tavernières où se rassemblent bruyamment de festives et vespérales troupes aussi désoeuvrées qu’assoiffées. Ce qui dans le langage moderne est présenté comme l’acmée de l’animation « culturelle », alors qu’il ne s’agit, dans la promotion de ce raffut généralisé, que de la manifestation rampante d’une nouvelle et insidieuse forme de barbarie. A des degrés divers, l’espace public devient hélas une zone de non-droit, intégralement remplie par la jouissance des uns et l’impuissance des autres ; il n’y a plus que des bourreaux par insouciance et des victimes sans identité. Ah ! mon oncle, qui donc osera un jour proclamer le silence patrimoine immatériel de l’humanité !

Je t’embrasse à présent, et m’en vais me coucher. Il est tard, c’est le temps de rêver ! A bientôt, mon oncle…

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