Contre-Regards

par Michel SANTO

La France a  » les Experts  » qu’elle mérite.

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La France a « les Experts » qu’elle mérite. Médaille d’or olympique de handball  et Oscar de platine de la bêtise; et de la vulgarité pour son entraîneur. Invités dimanche 12 août de l’émission de Gaëlle Millon, de L’Equipe, les Experts ont démoli son plateau.Lundi, ils paradaient sur les Champs Elysées! Comme pour Zidane et son « coup de boule », l’impunité morale leur est déjà accordée ; comme elle l’est aussi pour les casseurs d’Amiens. Quand nos élites se comportent comme des voyous, les voyous leur ressemblent. La violence est le dernier refuge des imbéciles. Restons polis!

 

   

Chronique du Comté de Narbonne.

 

 

 

 

 

 

Dimanche 12 août de l’an 2012.

 

Mon très cher oncle,

 

Les loups ne sont pas encore entrés dans la ville, mon oncle, mais les sansonnets oui, qui y lâchent tous les soirs un épais tapis de fientes. A ces puantes déjections, une autre espèce de  prédateurs y adjoint, plus tard et jusqu’à l’aube,  d’épouvantables orgies sonores auxquelles se mêlent parfois les criailleries hystériques de tribus avinées. Ces autochtones barbares, peu nombreux mais sans scrupules, tiennent estaminets et troquets ; ils dégorgent leurs tables et leurs chaises sur les places et trottoirs autour desquelles s’amassent des êtres fatigués et vaseux qu’achèvent d’abrutir des tempêtes de décibels déversés par de monstrueux amplificateurs. Sous couvert d’animation, ces gaveurs de chairs et de gosiers assoiffés infligent des nuits blanches aux résidents souvent âgés du centre de la cité ; des personnes modestes pour la plupart d’entre elles,  bombardées d’aubades éructées par de sauvages et incultes tâcherons estivaux au généreux statut d’intermittents du spectacle. La palme de cette vulgarité citadine officieusement agréée  par le Comté revenant au si mal nommé  « Ramblas café ». Loin des odeurs de jasmin des jardins de Séville et des sons de guitares flamencas, samedi soir jusqu’à l’aube, c’est une ambiance d’usine sidérurgique qui fut infligée à tout un voisinage par les tenanciers de cette cauchemardesque taverne. L’impunité lui serait assurée, me dit-on, le Comte ayant quelque empathie pour cette influente et festive corporation. J’y vois là, mon oncle, ici comme ailleurs, un des aspects les plus avilissants de notre époque. Ton ami Murray, hélas trop tôt disparu, le dit mieux que quiconque en faisant cet affligeant constat : « Notre monde est le premier à avoir inventé des instruments de persécution ou de destruction sonores assez puissants pour qu’il ne soit même plus nécessaire d’aller physiquement fracasser les vitres ou les portes des maisons dans lesquelles se terrent ceux qui cherchent à s’exclure de lui, et sont donc ses ennemis. » Un monde où on ne se contente plus de ce viol protégé et moralisé qu’est la fête annuelle de la musique, mais qui entend désormais l’enjoindre dans notre quotidien comme l’immuable norme du Bien et du Bonheur.

 

Ce matin là, pourtant, il faisait bon entendre d’élégants et discrets jeunes gens sur la place du Château. Deux guitaristes et un « violon » s’étaient installés devant le « Soloprix » ; de vrais musiciens que personne n’attendait. Le talent et la joie réunis. L’air semblait plus léger, et leurs notes étaient bleues; une grâce inattendue, comme un parfum de manzanilla un soir d’été dans une rue de Triana

 

Bonne nuit, mon oncle !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’âme et le corps.

 

 

 

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Pierre-Henri Thoreux est un ami blogueur. Il me fait la gentillesse de m’offrir le texte qui suit : sa lecture d’une des œuvres maîtresse de Bergson « L’âme et le corps ». Dans le même temps où il publiait ce « travail », je lisais, comme en miroir, « Et Nietzsche a pleuré » d’Irvin Yalom. Entre autres notes prises, celle ci : «  Ce qui est immortel, c’est la vie, c’est cet instant. Il n’y a pas d’au-delà, ni de but vers lequel tendrait la vie, ni de Jugement dernier, ni d’Apocalypse ! L’instant présent existe pour toujours, et vous êtes votre seul et unique public. »

 

                                   ***

                       Body and soul (P.H Thoreux)

 

A l’origine de la conception dualiste dont Henri Bergson (1859-1941) s’est fait l’ardent défenseur, il y a la ferme conviction que ce qu’on nomme l’âme n’a pas plus de raison objective d’être consubstantielle à la chair que de relever d’une autre nature. Vieux débat. Certes, à l’évidence dans l’être humain, l’esprit et la matière sont liés. Mais sont-ils indissociables au point d’être anéantis ensemble, lorsque la vie s’en va ?

Pour tenter de répondre à la question, Bergson commence par prendre l’exemple d’un vêtement accroché à un clou : « il est solidaire du clou auquel il est accroché ; il tombe si l’on arrache le clou ; il oscille si le clou remue ; il se troue, il se déchire, si la tête du clou est trop pointue ; il ne s’ensuit pas que chaque détail du clou corresponde à un détail du vêtement, ni que le clou soit l’équivalent du vêtement ; encore moins s’ensuit-il que le clou et le vêtement soient la même chose… »

Autre argument mis en avant par l’auteur de l’Évolution Créatrice : le constat que « la vie mentale déborde la vie cérébrale », et qu’en matière d’activité, « le cerveau se borne à traduire en mouvements une petite partie de ce qui se passe dans la conscience… »

Pour étayer cette assertion Bergson, encore une fois fournit un exemple : « l’activité cérébrale est à l’activité mentale ce que les mouvements du bâton du chef d’orchestre sont à la symphonie. La symphonie dépasse de tous côtés les mouvements qui la scandent ; la vie de l’esprit déborde de même la vie cérébrale… »

En définitive, « le rôle du cerveau serait simplement de mimer la vie de l’esprit, de mimer aussi les situations extérieures auxquelles l’esprit doit s’adapter. »

Dans ces conditions, il devient logique pour le philosophe de considérer que la survivance de l’âme est si vraisemblable, que « l’obligation de la preuve incombe à celui qui nie, bien plutôt qu’à celui qui affirme… »

Loin de définir une position dogmatique, ce qui importe pour Bergson, c’est surtout de réfuter la conception matérialiste, selon laquelle il y aurait équivalence entre le mental et le cérébral. Il juge en effet cette hypothèse contradictoire avec elle même, et l’attribue à un « cartésianisme étriqué ».

L’approche bergsonienne n’apporte évidement aucune preuve à l’existence d’un prolongement spirituel à la vie terrestre. Elle propose toutefois un champ de réflexion très ouvert, dont l’essence reste envers et contre tout, pragmatique. L’exemple du clou et du vêtement paraît simpliste, mais invite à dépasser les simples apparences. Sans rien connaître de la nature des ondes électromagnétiques, que pourrait imaginer une personne en face d’un émetteur-récepteur radiophonique ? Sans doute aurait-elle du mal à accepter l’idée que la voix entendue par le haut parleur soit émise à des centaines ou à des millions de kilomètres, et puisse être transmise aussi parfaitement, même en traversant le vide. Sans doute cette personne aurait autant de difficulté à comprendre devant le même poste cassé, que la voix puisse continuer à parler quelque part …

L’idée que le cerveau puisse n’être qu’un intermédiaire entre la réalité sensible et une autre immatérielle n’a en définitive rien de saugrenu, même si depuis Descartes on sait qu’on ne peut penser la relation qui lie les deux, mais seulement la vivre. 

Bergson fait remarquer que bon nombre de dysfonctionnements cérébraux se traduisent par une incapacité à mettre en cohérence la pensée avec la réalité. Le tort d’un cerveau dérangé « n’est pas nécessairement de raisonner mal mais de raisonner à côté de la réalité, en dehors de la réalité, comme un homme qui rêve… » Si l’art de raisonner doit nécessairement tenir compte du monde dans lequel il s’applique, pourquoi en déduire que la pensée se réduise exclusivement à ce mécanisme, sous tendu avant tout par l’expérience, les sensations et la logique ? A contrario, un ordinateur, véritable machine à raisonner, n’est pas pour autant capable de penser.

Autrement dit, dans nombre de perturbations mentales « est-ce l’esprit même qui est dérangé, ou ne serait-ce pas plutôt le mécanisme de l’insertion de l’esprit dans les choses ? »

La question mérite d’être posée, car elle invite à bien distinguer dans l’activité humaine et dans chaque action, dans chaque comportement, ce qui relève du choix, de ce qui relève de la mise en œuvre du choix. Ainsi un dément est incapable de mettre en cohérence sa pensée, avec le monde qui l’entoure. Une personne frappée d’accident vasculaire cérébral est dans l’impossibilité de faire bouger son bras en dépit de sa volonté. Dans les deux cas la pensée pure est sans doute intacte mais l’effecteur est lésé. Un chef de gare verra de la même manière sa volonté contrecarrée par une grève des aiguilleurs ou bien par un dysfonctionnement dans le mécanisme faisant fonctionner les aiguillages…

A titre d’exercice, je me suis amusé à tenter d’imaginer les relations entre l’esprit et la matière comme si elles résultaient de l’interaction étroite d’un substrat immatériel et d’une substance palpable : une sorte de main invisible à l’intérieur d’un gant palpable et préhensile. Ce dernier, véritable interface entre ce qu’il contient et ce qu’il appréhende physiquement, pourrait représenter de manière simpliste l’être humain. A la lisière entre l’indicible et le réel…

Cette image rend compte du fait qu’il est indispensable pour la main de s’insérer dans le gant pour avoir prise sur la réalité physique. Elle rend également compte du fait que les mouvements de la main sont d’autant plus fidèlement et efficacement transmis que le gant est souple et léger, capable de se faire le vecteur de la moindre pulsation. Elle n’interdit pas de penser que le contenu puisse souffrir des imperfections et des vicissitudes propres au contenant. Et si elle suppose une étroite association des deux entités, elle n’est pas incompatible enfin avec l’idée que la main puisse avoir une existence indépendante de celle de l’enveloppe artificielle qui la recouvre. La fin du corps ne serait pas la fin de tout. A l’instar de la chrysalide libérant l’imago, l’enveloppe charnelle serait le support d’un rite de passage entre deux états…

Dans un tel schéma, l’intrication subtile entre l’esprit et le corps, entre le contenu et le contenant, qualifie l’essence de l’être humain. Elle peut être parfois si profonde, qu’elle permet l’expression des émotions indicibles qui constituent l’art. A l’inverse, la perversion diabolique de cette relation peut aboutir aux pires horreurs, en toute conscience.

Par ce média, représenté par un gant, l’esprit ne fait que s’adapter et faire corps avec la réalité. Et l’être humain est bien ce point où convergent cette dernière et la conscience.

Ainsi la réalité tangible serait animée au delà des simples conjonctures relevant des lois physiques. En l’occurrence, le mouvement de l’esprit n’a évidemment rien à voir avec celui du vent qui fait bruisser les feuilles dans les arbres, avec les séismes ou les éruptions volcaniques qui font craindre la fin du monde, ou simplement avec la respiration de l’être vivant. En l’occurrence, la ligne de partage ne passe pas entre le vivant et l’inanimé, mais entre le conscient et le non conscient, sachant que rien n’interdit une continuité, une progressivité, entre ces deux états. Il y a quelque chose qui au travers des êtres, est peut-être l’expression plus ou moins achevée, de l’Être. « Il faut que la Nature soit l’Esprit visible, l’Esprit la Nature invisible » écrivait Schelling…

La métaphysique kantienne s’inscrit étonnamment bien dans cette métaphore ontologique. Situé à l’interface de deux mondes qui s’effleurent, le philosophe et plus généralement l’être humain, est enclin à s’émerveiller autant de la beauté sublime de la voûte céleste au dessus de sa tête, que de la force ineffable de la loi morale qui réside à l’intérieur…

 

L’âme et le corps. Henri Bergson. PUF 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Fais-moi mal !

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C’est le merveilleux apanage des sots que d’idolâtrer leurs contempteurs…

Cela reste en vérité un mystère pour l’observateur attentif.

Sans offenser la mémoire de notre défunt président de région, on peut écrire que, outre le fait de ne pas se prendre pour une bouse de vache (ce, en quoi il avait sans doute raison ), il semblait aussi avoir une prédisposition naturelle a considérer le reste de l’humanité et notamment le corps électoral comme roupie de sansonnet et ramassis de demeurés dont on pouvait obtenir le vote avec un colifichet ou une boite de chocolat…Un peu comme les premiers explorateurs se gagnaient l’amitié des sauvages avec quelques brillantes pacotilles (Si ma mémoire est bonne, il l’avait d’ailleurs clairement dit, ainsi que cela fut rapporté sans susciter de démentis par ses adversaires politiques lors des combats électoraux)

Les épithètes fleuris dont il qualifiait les malheureux opposants qui osaient émettre quelques réserves sur ses proclamations péremptoires et ses projets quelquefois mégalomaniaques demeurent dans toutes les mémoires…

Bref, considérer ses semblables comme un troupeau de lémuriens plus ou moins décérébrés, n’a surement, en soi,  rien de répréhensible (et pourrait même susciter un débat passionnant et fort argumenté ou les opinions négatives et positives devraient s’équilibrer), mais le dire, le montrer, voire le clamer avec autant d’ostentation et néanmoins faire un triomphe a chaque consultation électorale ouvre des perspectives très intéressantes pour l’étude du quotient intellectuel de l’électeur moyen.

Cela pourrait faire penser a ces partenaires amoureux qu’un macho velu fouette avant de violenter et qui, pâmé, crie encore…encore…

Mais c’est vrai que la sottise est aussi inébranlable que le génie, c’est sa multiplication qui fait sa supériorité…C’est pour cela que les génies gagnent rarement les élections, d’ailleurs la plupart ne s’y présente jamais, la politique étant une des rares choses dont les gens de qualité évitent de se préoccuper.

Je repense, en souriant à Rimbaud, immortalisé a Charleville par les mêmes gens qu’il avait jadis écrasé de son flamboyant mépris.

«   Sur la place taillée en mesquines pelouses,

     Square ou tout est correct, les arbres et les fleurs,

     Tous les bourgeois poussifs qu’étranglent les chaleurs,

     Portent le jeudi soir, leur bêtise jalouse… »

En conséquence, les susnommés lui érigèrent un buste sur la place en question…C’est ce qui s’appelle n’avoir pas de rancune, non ?

Je repense aussi aux cohortes de communistes, prolétaires et apparatchiks de tous les pays unis dans la même démonstrative affliction devant la dépouille d’un des monstres les plus achevés (avec Hitler) que l’humanité eut jamais engendré…Joseph Dougatchvili dit Staline, lequel expédia vingt millions d’entre eux au paradis des travailleurs…

Mêmes scènes de douleur poignante aux funérailles du cinglé Nord Coréen aux babines sanglantes…Kim Jong Hil…

Nul doute que nous verrons bientôt s’étaler un peu partout l’intolérable souffrance des adorateurs de Castro, ce grand humaniste a la barbe fleurie, lorsque celui-ci aura rendu ce qui lui tenait lieu d’âme a sa destination naturelle…L’enfer (non, pas l’enfer capitaliste, Mr Mélenchon, l’autre)

Lider maximo…Cadaver minimo…Nous avons d’ailleurs en France plusieurs sectateurs de ce personnage dont je vois et j’entends déjà les panégyriques enflammés…Ces gens pour qui il n’est d’assassin que de droite, étant entendu qu’ à gauche, si on tue les gens ça ne peut être que pour leur bien !

Mais voilà, c’est ainsi, le con moyen a besoin d’icones…Cela peut être, indifféremment et suivant les époques Staline, l’abbé Pierre, Zidane, Mickael Jackson ou Lady Di…L’essentiel est d’avoir une image sainte a adorer, la génuflexion est le propre du con !

Revel l’avait écrit « l’idéologie c’est ce qui pense a notre place ».

Dès lors, mon cher Michel, pourquoi s’étonner d’une statue géante de Mao ?...D’accord c’est avec notre pognon, oui, d’accord, on ne nous a pas demandé notre avis…Mais ou est le problème ? Depuis quand est ce un problème pour ces roitelets de province, ces petits seigneurs d’improbables royaumes, que d’agir a leur guise en se foutant du tiers comme du quart de ce que peuvent penser leurs concitoyens ?

Cela dit, Mao après Lénine, c’est fort, fallait oser…Mais Mr Frêche, ce n’était pas Mao…C’était Moa…Et, de toute façon, s’il l’a dit, s’il a donné ses péremptoires et définitives raisons, toute la petite armée de ses séides, ses sicaires, ses thuriféraires empressés et zélés, tout ce que la région peut compter de paillassons et de bouffons pathétiques peinturlurés en rose ou vert,  ces petits poissons qui collent aux grands squales dans l’espoir d’une miette tombée des puissantes mâchoires….Tout ce petit monde le reprend.

« Tout ce que je fais, mon âne, mon âne,

   Tout ce que je fais, mon âne le refait… »

C’est beau les comptines d’enfance…

Eh oui, voici venu le temps ou l’on statufie les assassins…

Mais  attention ! Des assassins de gauche, ce qui, de toujours, fut une circonstance atténuante !

Tu te souviens de ces abrutis soixantuitards qui brandissaient un petit carnet rouge ou pouvait se lire un ramassis d’affligeantes banalités, en hurlant leur enthousiasme et leur dévotion au bandit rouge qui saignait la Chine à blanc sous les regards extasiés de l’intelligentsia de gauche ?

Les mêmes (ou leurs héritiers) brandissent maintenant une petite fleur rose qui n’en demandait pas tant et qui s’excuserait presque si elle pouvait s’exprimer dans son langage de rose…Oui, les mêmes âneries prétentieuses dans les mêmes bouches a peine un peu plus édentées, la même certitude de représenter le camp du bien malgré tant et tant de décennies d’erreurs tragiques…

Mais, bah…L’essentiel, c’est de brandir au dessus de soi une pensée qui remplace la sienne, quand on a si peur de sa propre vacuité.

Oui, Don Quichotte est mort, le monde appartient à des notables replets et desséchés, pontifiants et persuadés d’eux-mêmes…Se sont perdus les condottières, les orgueilleux paladins, les âmes contemplatives…Par terre les funambules dans un grand roulement d’illusions fracassées.

Nous restent les petits matadors fatigués de l’arène publique, restent ces chefaillons de clownesques troupeaux a cheval sur des sigles qui, depuis longtemps, ne veulent plus rien dire !

Et bien heureusement nous reste le poète… « Le dernier oiseau qui chante au dessus de la foret calcinée. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chronique du Comté de Narbonne.

 

 

 

 

Dimanche 5 Août de l’an 2012,

 

Qu’il fait chaud, Dieu qu’il fait chaud, mon oncle ! Les narbonnais s’allongent à l’ombre de leurs volets clos tandis que les touristes s’étalent au soleil sous leurs parasols publicitaires. Ceux là virent au rose pendant que les premiers rêvassent dans la pénombre. Enfin ! pour ceux qui se laissent aller à leurs lascives contemplations ou leurs oniriques chimères. Quant aux autres, mon oncle… Ainsi, l’été, en ces terres comtales, vivent deux mondes étrangers l’un à l’autre. D’un côté, les autochtones, pas tous, évidemment, qui fuient la foule, le bruit, le soleil, les glaces et les pizzas ; de l’autre, les estivants, pas tous, heureusement, qui frénétiquement les recherchent. Toutefois, une heure rapproche certains d’entre eux, sans pourtant les confondre : celle de l’apéritif. A la fraîche, vers les 20 heures ! Mêmes « marcels » et culottes fanés ; et mêmes boules de pétanques rouillées semblablement préparées. C’est l’heure où l’on commente aussi, entre deux verres de vin rosé, les Olympiades de Londres. Ainsi, supputent-on, avachis dans des chaises en plastique, les yeux mouillés et l’esprit brumeux, comme un ciel de la sombre Angleterre, des performances d’athlètes aux physiques enviés. Un hommage inouï rendu par des corps bien souvent flasques et disgracieux à la perfection plastique de superbes compétiteurs ; une étrange inversion du culte de la paresse par ceux là même qui s’y abandonnent. N’y a-t-il pas là, mon oncle, dans ces triviales manifestations du désir de ces « héros » des temps modernes, quelque chose de brutal et d’obscène, comme une négation de ce qu’ils incarnent d’énergie, de souffrance et d’efforts pour devenir ce qu’ils sont ? C’est dans ces moments relâchés que l’essence pornographique de nos mœurs s’exprime, si je puis dire, dans toute sa nudité. A la rentrée, quand la « flamme » olympique quittera Londres et la « normalité » reprendra ses droits, on ne louera plus les vertus de l’effort les pieds palmés à l’ombre d’un parasol. Elles seront niées et castrées. Le soleil, la mer et le temps du farniente, en ce mois d’août de l’an 2012, apparaîtront alors pour ce qu’ils furent : le cadre idéal d’une étrange et perverse transformation. Celle des valeurs de compétition et de performance en leur caricature estivale et apéritive…Normal !

A ce propos, mon oncle, je veux dire à propos des « vacances normales » de François de Gouda et de sa dame, les images que tu as eu la gentillesse de m’envoyer, sont particulièrement suggestives. Tous les deux grassouillets, et fagotés comme des sacs, ne leur manquent que l’épuisette et le seau à pâté pour ressembler à des beaufs de Reiser. Après le « bling, bling » du feu roi précédent, serions nous à présent entrés dans l’ère du « bla, bla » et du « plouf, plouf » ? Le rêve français ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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