Contre-Regards

par Michel SANTO

Petit résumé à mon usage personnel pour y voir un peu clair sur cette chloroquine et son buzz.

 

 

Depuis quelques jours, c’est l’emballement dans les médias et sur les réseaux sociaux. La chloroquine serait le remède miracle à la Covid — 19.

Les informations les plus contradictoires circulent dans tous les médias ;  comme les “fausses” – et les plus folles ! Elles ajoutent ainsi à la guerre sanitaire, et aux peurs qu’elle engendre, un climat de suspicion généralisé envers les “experts” : scientifiques,  administratifs, politiques etc… Aussi ai-je pris le temps et le recul nécessaire pour tenter de rationaliser tout cela. Le meilleur des remèdes finalement pour ne pas tomber dans la dépression ou l’hystérie, éviter aussi la participation inconsciente à toutes les manipulations politiques permises par cette angoissante situation dans laquelle nous nous trouvons. Voici donc ce petit résumé,  que j’ai voulu le plus distancié possible.

Que nous dit la science ?

La choroquine est une molécule ancienne, utilisée comme antipaludique. En France, elle est commercialisée sous le nom de Nivaquine®. Il existe un dérivé de la chloroquine, l’hydroxychloroquine (dont le nom commercial est Plaquenil®), utilisé de longue date dans certaines maladies auto-immunes telles que le lupus ou la polyarthrite rhumatoïde. Ces deux médicaments sont dits « à marge thérapeutique étroite », ce qui signifie que la dose efficace et la dose toxique sont relativement proches.

La maladie provoquée par ce coronavirus a été nommée COVID-19 par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). L’OMS qualifie la situation mondiale du COVID-19 de pandémie (épidémie mondiale). Une étude d’ampleur menée sur plus de 72 000 personnes atteint par le coronavirus en Chine  révèle que la maladie est bénigne dans 80,9% des cas, “grave” dans 13,8% des cas et “critique” dans 4,7% des cas ; que son taux de mortalité est estimé à 3,4%, selon l’OMS (04/03/2020); et que les personnes âgées de plus de 80 ans sont les plus à risque, avec un taux de mortalité de 14,8%.

Que montre L’étude du Pr Raoult sur 36 patients dépistés positifs au Coronavirus ?

Au bout de 6 jours, sur les 20 patients traités avec chloroquine, ils ne sont plus que 25% à être toujours porteurs du virus, et sur les 16 patients traités sans chloroquine, ils sont 90% à être toujours porteurs du virus. Mais, parce qu’il y a des mais, elle a de sérieuses limites. Sur 26 patients au  dans le groupe traité avec Chloroquine, 6 patients “ont été perdu dans le suivi” donc les résultats publiés ne tiennent compte que 20 patients. Sur ces 6 patients, 3 sont partis en réanimation, 1 est mort, 1 a quitté l’hôpital et le dernier a arrêté le traitement à cause de nausées.

Si les résultats tenaient compte de ces 6 patients, les résultats seraient  très différents. La publication mentionne elle-même que pour faire une comparaison statistique fiable avec ce protocole, il aurait fallu inclure 48 patients dans l’étude (2 groupes de 24.) De plus,  il est impossible de savoir à quels stades de la maladie sont les patients mis sous traitement, alors que 80% des cas guérissent sans traitement particulier. Je passe sur le protocole, qui n’est pas conforme aux standards scientifiques…

Quel est le point de vue d’autres acteurs du monde médical et de la Santé ?

“Ce traitement est prometteur mais ça demande que ces données soient confirmées sur un plus grand nombre de malades et dans de meilleures conditions” — Pr Karine Lacombe, infectiologue chef de service à l’Hopital Saint-Antoine

« La chloroquine marche très bien dans une éprouvette mais n’a jamais marché chez un être vivant » — Martin Hirsch, Président de l’APHP 

Quelle est la décision du Gouvernement ?

L’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale dans le cadre du consortium européen multidisciplinaire Reacting (Research and action targeting emerging infectious diseases) conduit une large étude baptisée “Discovery ”. Elle porte sur 4 traitements expérimentaux : la chloroquine, le remdesivir, le lopinavir en combinaison avec le ritonavir, associé ou non à l’interféron bêta. Elle inclut 3200 patients européens touchés par le coronavirus (Belgique, Pays-Bas, Luxembourg, Royaume uni, Allemagne et Espagne). Elle devrait être rendue d’ici 15 jours.

Est-ce du temps perdu ?

Non, un médecin, en effet, peut prescrire de la chloroquine ou son dérivé à un patient atteint de Covid-19. C’est “prescrire hors AMM”. Mais, ce faisant, il engage évidemment sa responsabilité.

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