Que disent de notre rapport au monde ces nouveaux bénitiers à pompe…

 
 
 
 
 
 
 
J’ai lu, dans l’édition dominicale du quotidien l’Indépendant, que le président de l’Association des Amis de Notre-Dame de Marceille – une basilique de la Haute-Vallée de l’Aude – avait installé un distributeur d’eau bénite, afin que les fidèles puissent se signer sans risquer d’être contaminé par la Covid 19 ; ce qui serait un comble pour cet antique rituel de purification des âmes et des corps.
Il semble cependant que notre homme ne soit pas le seul à s’être ainsi engagé dans cette voie afin de parer aux conséquences dramatiques et souvent mortelles de cette diabolique pandémie – la grâce n’y suffisant pas !
Dans d’autres églises d’autres régions, les autorités cléricales ont aussi mis en place, en effet, genre de distributeurs à « pompe » dont certaines feuilles locales précisent qu’elles peuvent être à pied ou à main ; comme celui dont je me suis récemment servi dans l’entrée d’une grande surface pour m’enduire les mains de gel hydroalcoolique.
Une rapide recherche sur la « toile », m’a également permis de constater une très grande diversité de formes de ce tout récent mobilier ecclésiastique ; leurs fabricants, très inspirés, s’en étant donné , visiblement, si je puis dire, à coeur joie.
Je dois cependant confesser que cette normalisation technique – et sanitaire, que j’espère conjoncturelle – de nos ancestrales vasques sacrées, fait malheureusement paraître ce moment préparatoire au recueillement ou à la communion, semblable à nos ablutions profanes, notamment matinales ; je ne dirai rien des autres lavements de mains, en d’autres lieux, après que les impératifs « besoins » élégamment qualifiés de pressants, eussent été assouvis …
Bref ! S’il en fallait une, ces modernes distributeurs d’eau bénite à « pompe » sont l’exemplaire preuve de la « déconstruction » culturelle, rituelle et esthétique provoquée par l’envahissement de la technique dans tous les compartiments de la vie en société ; une « technique » qui applatit et appauvrit tout de notre rapport au monde et aux autres.
Quand j’entre dans une église, où que je sois, j’aime être saisi par le silence, la beauté, le mystère du lieu ; et j’ai souvent constaté – il n’est pas besoin d’être « croyant » pour cela – que le caractère, l’épaisseur, le grain,la couleur, le poli, la luisance des bénitiers en pierres hors d’âge devant lesquels je ne manque jamais de m’arrêter, en étaient les premiers et très évocateurs symboles…
Puissent-ils, très vite, retrouver leur noblesse et dignité d’avant…
 
Illustration : Bénitier de la Basilique Saint Paul Serge à Narbonne.

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